Mercredi 16 avril 2014

Messe chrismale du 15 avril 2014, Homélie de Mgr Denis Moutel

C’est dans une cathédrale de Tréguier pleine que Mgr Denis Moutel a célébré la messe chrismale en compagnie de nombreux prêtres de tout le diocèse.

Homélie pour la messe chrismale
Mardi Saint 15 avril 2014 en la cathédrale de Tréguier

Isaïe 61, 1 - 9
Psaume 88
Apoc 1, 5-8
Luc 4, 16-21

Dimanche dernier, dans la célébration des Rameaux, nous sommes entrés dans la grande Semaine Sainte. Tous ces jours, nous suivrons Jésus :

  • nous voyons l’enfouissement dans la mort, mais nous croyons en la fécondité de l’Amour divin livré pour la multitude ;
  • nous voyons le juste isolé, abandonné, mais nous croyons en la force d’un lien nouveau, car il est le Premier-né d’une multitude de frères ;
  • nous voyons la violence, l’injustice et la lâcheté qui semblent parfois dominer dans notre monde, comme est fort également en nous la nuisance du péché ; mais nous croyons à la communion de Jésus, uni à son Père, uni à tous les hommes pour les conduire au-delà de la peur, par-delà la mort.

Etre avec le Christ

Nous suivrons ainsi Jésus, dans nos paroisses. Nous lui demanderons de nous expliquer l’Ecriture, nous lui demanderons la grâce de demeurer avec lui. Mais dès aujourd’hui, dans la messe chrismale, c’est Lui qui fait notre unité, qui nous appelle à nous aimer en demeurant en Lui.

« Le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Cette parole d’Isaïe, reprise par Jésus, elle se comprend d’abord pour Lui bien sûr : Celui qui est totalement investi de l’amour du Père, celui est envoyé par le Père pour guérir et pour sauver … c’est Lui qui annonce les temps nouveaux pour les pauvres, pour que les prisonniers soient libres, pour que les aveugles voient la lumière.

Mais, nous le croyons, comme pour les disciples et les apôtres qu’il a appelés, Jésus veut bien nous unir à lui ; il nous saisit dans son offrande, il nous associe à sa mission. Avec vous, frères et sœurs, avec les catéchumènes de notre diocèse, je veux me poser cette question : « voulons-nous être avec le Christ ? Voulons-nous être du Christ ?

A Lourdes, avec les évêques réunis la semaine dernière, j’ai entendu les paroles très fortes de Jean Vanier. Il est venu témoigner à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de la première communauté de l’Arche. Partageant la vie quotidienne de personnes handicapées, il nous résumait ainsi sa mission : « On ne veut pas de ces personnes, souvent ils gênent ; alors moi je leur dis qu’ils sont plus beaux qu’ils ne le croient. C’est fou comme l’on change quand on devient l’ami de celui qui est exclu ». Et Jean Vanier raconte alors la rencontre d’une personne de la communauté, malade du cœur, avec le cardiologue.
Le médecin lui dit : « alors qu’est-ce qu’il y a avec ton cœur ? » Eric : « Il y a Jésus ». « Et qu’est-ce qu’il fait, Jésus ? » - « Il se repose ! ». Voila que celui qui semblait ne pas pouvoir faire grand-chose pour les autres laisse Jésus se reposer en lui : mystère d’une présence vivifiante cachée aux yeux du monde, puissance de l’amour qui se déploie dans la faiblesse.

Célébrer les sacrements du Christ avec l’Eglise

Dans cette messe chrismale, nous nous rappelons que le Christ se rend présent et qu’il agit dans les sacrements. Les huiles saintes qui seront bénites, le Saint-Chrême qui sera consacré, sont les signes visibles qui porteront la présence du Christ à tous ceux qui célébreront ces sacrements :

  • La vie nouvelle dans le Christ pour les catéchumènes, pour les enfants baptisés, pour les jeunes confirmés.
  • La force du Christ pour les malades qui sont visités et réconfortés par l’onction des malades.
  • La charité du Christ pour les prêtres et les diacres appelés à servir leurs frères.

Nous sommes heureux que de plus en plus de personnes soient associées à la préparation et à la célébration des sacrements de l’Eglise. Les personnes qui accueillent et qui préparent, les équipes d’accompagnement, les prêtres et les diacres bien sûr, nous tous qui sommes, d’une certaine manière, des « aînés dans la foi ». Il nous faut accueillir largement et proposer en même temps une vraie rencontre avec le Christ. Nous ne disposons pas de la réponse des gens, mais nous pouvons toujours être cette Eglise, petite et pauvre, qui est appelée à se réunir pour former le corps du Christ.

Soyons attentifs à ces moments majeurs de la constitution visible du corps du Christ. Nous ne pouvons pas vivre l’Eglise seulement sous le mode de l’enfouissement, de la dispersion ou du « chacun chez soi ». Il y a des moments où il faut savoir se rassembler, au prix de quelques kilomètres, pour entourer des catéchumènes ou pour nous réjouir de la confirmation des jeunes.

Servir au nom du Christ.

Je veux vous parler enfin de vos frères, prêtres et diacres, mes coopérateurs et mes amis, des séminaristes aussi, pour les confier et me confier avec eux à votre attention bienveillante et à votre prière.
Avec vous, nous avons toujours à apprendre. Par le témoignage de votre foi, par votre amitié et votre engagement dans la mission de l’Eglise, vous nous aidez. Nous avons toujours à apprendre à aimer à la manière du Christ. Nous n’avons pas à tout faire mais à être auprès de vous les témoins et les porteurs « sacramentels » du don de Dieu.
Merci, frères prêtres, pour votre disponibilité à servir malgré les incertitudes sur les formes de la mission. Notre joie s’appuie sur la fidélité du Christ et sur le don total qu’il fait de lui-même : vous en êtes les témoins particuliers dans la célébration de l’Eucharistie.
Et vous frères diacres, vous nous rappelez qu’on ne perd pas son temps ni sa vie quand on met les personnes les plus fragiles au centre de ses préoccupations. Merci de nous inviter à ne pas oublier Celui qui est venu pour servir !

Et à vous tous, frères et sœurs, j’adresse la salutation de Saint Jean dans le livre de l’Apocalypse : que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts.

+ Denis MOUTEL
Evêque de Saint-Brieuc et Tréguier

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