Lundi 1er octobre 2012 — Dernier ajout vendredi 28 septembre 2012

Nostra Aetate, n°4 : la religion juive

Issu de la Déclaration sur « l’Église et les religions non-chrétiennes » du Concile de Vatican II, promulguée le 28 octobre 1965.

4. Scrutant le mystère de l’Église, le Concile se souvient du lien qui unit spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la descendance d’Abraham.

En effet, l’Église du Christ reconnaît que l’origine de sa foi et de son élection se trouve, selon le dessein de salut de Dieu, chez les Patriarches, Moïse et les Prophètes. Elle affirme que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi (Épître aux Galates 3, 7), sont inclus dans la vocation de ce patriarche et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple hors de la terre de servitude. L’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure l’Antique Alliance, et qu’elle se nourrit de l’olivier franc sur lequel sont greffés les rameaux de l’olivier sauvage, que sont les nations (Épître aux Romains 11, 17-24).

L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les nations par sa croix et qu’en lui-même, des deux, il a fait un (Épître aux Éphésiens 2, 14-16). L’Église a toujours également devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul au sujet des siens “à qui appartiennent l’adoption finale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses faites aux Patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ” (Épître aux Romains 9, 4-5), le fils de la Vierge Marie. Elle se rappelle que, du peuple juif, sont nés les apôtres, fondements et colonnes de l’Église, et elle se rappelle aussi le grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Evangile du Christ. Au témoignage de l’Écriture, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle a été visitée (Évangile de Luc 19, 44) et les Juifs, en grande partie, n’ont pas accepté l’Évangile ; nombreux même furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion (Épître aux Romains 11, 28). Néanmoins, selon saint Paul, les Juifs restent très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance (Romains 11, 28-29). Avec les prophètes et ce même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et “le serviront d’un commun accord” (Sophonie 3, 9 ; cf. Isaïe 66, 23 ; Psaume 65, 4 ; Épître aux Romains 11, 11-32).

Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux Chrétiens et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que de dialogues fraternels. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (Évangile de Jean 19, 6), cependant ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé, ni indistinctement à tous les Juifs d’alors, ni aux Juifs de notre temps.

S’il est vrai que l’Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits, comme si cela découlait de l’Écriture. Que tous aient donc soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de ne rien enseigner qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ. En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions exercées contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non par des considérations politiques, mais par la charité évangélique, déplore la haine, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, quels que soient leur époque et leurs auteurs, qui ont été exercées contre les Juifs.

D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et le tient toujours, c’est à cause des péchés de tous les hommes et volontairement que le Christ, dans son immense amour, s’est soumis à sa passion et à sa mort, pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

Rome, près Saint-Pierre, le 28 octobre 1965.
Moi, Paul,
évêque de l’Église Catholique.

Suivent les signatures des Pères.

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