Mardi 24 octobre 2017

Ordination diaconale de Benoît RAULT

En l’église Saint Jean du Baly à Lannion, le 22 octobre 2017

Benoît RAULT et Mgr Denis MOUTEL -  voir en grand cette image
Benoît RAULT et Mgr Denis MOUTEL

Isaïe 45,1.4-6
Psaume 95
1 Thess 1, 1-5b
Matthieu 22, 15-21

Homélie de Mgr Denis Moutel

Cher Benoît,
Chers frères et Sœurs dans le Christ,

Nous venons d’entendre la question qui est posée à Jésus par ses adversaires : « est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? ». En fait ce n’est pas une question, c’est un piège. Ils ont déjà résolu la question. Ils utilisent largement la monnaie marquée à l’effigie de César ; d’ailleurs ils ont bien un sou en poche ! Et pour contourner l’interdiction, par la loi de Moïse, des images sculptées, ils avaient même mis en place les fameux changeurs du temple qui permettaient de ne pas faire entrer l’image de l’empereur dans l’enceinte du temple.
La réponse de Jésus est donnée, comme c’est souvent le cas, en forme d’énigme, qui invite à une réflexion plus approfondie : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Cher Benoît, vous connaissez bien César, en tous cas son représentant Ponce Pilate, quand ce n’était pas Caïphe ou Hérode, que vous avez largement fait connaître dans la Passion de Loudéac. Mais plus profondément bien sûr, nous connaissons vos engagements professionnels, dans un passé récent, associatifs ou culturels, sans oublier votre famille, votre présence à votre épouse Claire et à vos enfants, présence au monde donc.
Alors … le nouveau diacre devra-t-il quitter définitivement le domaine de César pour s’occuper strictement des choses de Dieu. On a largement théorisé, en politique, cette séparation des domaines et des pouvoirs, en s’appuyant sur la réponse de Jésus. Cela donne, tout particulièrement dans notre pays, le principe républicain de laïcité. Heureusement, les chrétiens n’ont pas de prétention, et cela depuis longtemps, à exercer un pouvoir politique. Et c’est bien ainsi.
Mais à force de distinguer on peut aussi opposer, voire exclure, et renvoyer dans les cordes, ou dans la sacristie, les chrétiens et ce qu’ils pourraient utilement apporter à la société. Autrement dit, « ciao Benoît, Kenavo ! », tu es passé de l’autre côté et tu n’aurais donc plus grand-chose à nous dire ?
Non, chers amis, il ne faudrait pas ordonner de diacres, ni de prêtres d’ailleurs, s’il s’agissait de rester dans la sacristie ou de s’en tenir à des dévotions privée.
Cher Benoît, vous n’aurez pas à quitter votre maison, vos relations ni bien évidement votre famille. Mais le don sacramentel de l’ordination diaconale apportera une couleur nouvelle à tout ce que vous vivez. Votre baptême vous unit au Christ et à chacun d’entre nous : vous vivrez votre baptême avec la couleur particulière du diacre : celle du service. Votre mariage aussi reste votre premier devoir mais il sera enrichi encore par cette couleur particulière du service. Vous ne quittez pas le monde, vous êtes appelé et envoyé comme diacre pour l’habiter avec plus de présence encore, plus de force, plus d’espérance, plus de charité.

Comment « rendre à Dieu ce qui est à Dieu » ? Je crois qu’il faut repartir de l’effigie de César. Sûrement Jésus veut dénoncer au passage la déification de César, autrement dit la soumission à des idoles, César ou bien d’autres choses qui peuvent nous détourner de l’essentiel et du sens ultime de notre existence.
La pièce de monnaie porte l’image de César ; et l’image de Dieu où est-elle ? Sur aucune monnaie ni sur aucun monument. C’est l’humanité qui porte l’image de Dieu, car il nous a faits, hommes et femmes, « à son image et à sa ressemblance ». Ceux qui sont à Dieu, ceux qui sont aimés de Dieu, ceux qui sont appelés par Dieu, ce sont les hommes et les femmes vers qui vous serez envoyés.
Au fond le ministère d’un diacre consiste à rappeler à temps et à contretemps cette ressemblance de l’homme avec Dieu : retrouver cette image dans la louange et la supplication, servir la dignité de chaque personne et sa ressemblance avec le créateur, redonner courage à tous ceux qui pensent avoir perdu cette ressemblance.
C’est en Jésus que nous pouvons vivre cette ressemblance, car Il est le Fils du Très Haut, parfaite image de Dieu. Depuis que Jésus s’est identifié, sur la croix, au plus perdu et au plus abandonné, personne ne lui est étranger. Et il nous vite à comprendre que c’est peut-être le plus petit, le plus pauvre, le plus défiguré, qui lui ressemble le plus.
Oui, Benoit, je vous invite à servir la ressemblance des hommes avec Dieu, à aider les personnes rencontrées à retrouver cette image et à les conduire ainsi au Christ.

Comment s’y prendre ?
Tout à l’heure, une lettre de mission en dira un peu plus sur la forme du ministère qui vous est confiée. Mais plus qu’aux choses à faire, nous devons penser au signe posé par le ministère, à l’être, être avec les autres, être pour les autres, aux attitudes profondes qui seront les vôtres.
Nous sommes dans le temps particulier de la réception de notre synode diocésain et je trouve que ce qui nous est demandé est encouragé par ce que l’apôtre Paul dit aux chrétiens de Thessalonique : « Que votre foi soit active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tienne bon ».
Dans un instant, je vous demanderai si vous voulez « accomplir votre fonction de diacre avec charité et simplicité de cœur pour aider l’évêque et ses prêtres, et faire progresser le peuple chrétien". C’est donc ensemble, avec tous les baptisés, évêque, prêtres et diacres, qu’il nous faut sortir suivant le mot du pape François, en recherchant de nouvelles formes de mission, y compris dans le service paroissial, notamment auprès des personnes qui se sentent oubliées de nos communautés humaines. Pourquoi ne pas rechercher la place que pourront prendre les diacres dans des semaines missionnaires, visitations, dans des lieux où l’Eglise est moins présente ?

Au terme de la semaine de prière pour la mission, nous nous rappelons que, dans notre pays et ailleurs, chacun a une place à prendre pour « oser la mission ». Vous y êtes prêts, Benoît, avec le soutien de Claire. Je vous confie les mots que j’ai chantés, ce midi, dans la prière du milieu du jour, en priant particulièrement pour vous :

Esprit très Saint,
Que notre langue et notre cœur,
Que notre vie, que notre force,
S’enflamment de ta charité
Pour tous les hommes que tu aimes.

Amen

__+ Denis Moutel
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier