Vendredi 2 avril 2004 — Dernier ajout jeudi 30 novembre 2006

Paul-Marie Prud’homme

1812-1882
Chanoine-Doyen du Chapitre
de la Cathédrale de Saint-Brieuc
Fondateur et Directeur
de l’Archiconfrérie
de N.-D. d’Espérance

L’Apôtre de la Très Sainte Vierge

Paul-Marie-Matthieu Prud’homme naquit à Saint-Brieuc le 27 mars 1812. Sa mère, Marie Coëssurel-Villenizant, était une femme de grande intelligence et de haute vertu. Son père, littérateur distingué, dirigeait une importante imprimerie qui comptait déjà près de deux siècles de gloire.

Education - vocation - le séminaire

Paul fut d’abord élève des Frères des Ecoles Chrétiennes, à Saint-Brieuc, puis des Jésuites au Petit Séminaire de Ste Anne d’Auray. A cause de la politique restrictive de Charles X envers les Petits Séminaires, il termina ses études au Collège royal de Saint-Brieuc. Vint le moment de choisir une carrière ; il hésita : serait-il prêtre, comme il y avait souvent pensé, ou bien resterait-il dans le monde qui semblait lui tendre les bras ? Il résolut de s’éprouver, et, pendant six mois, il aida son père dans la direction de l’imprimerie. Mais le 19 octobre 1830, surmontant toute crainte, il frappa à la porte du Séminaire diocésain.Dès le début, il se signala par sa tendre dévotion à la Très Sainte Vierge. Il obtint même du Supérieur l’autorisation d’inaugurer au Séminaire les pieux exercices du mois de Marie, dont la dévotion commençait à se répandre.

Ordination - la Congrégation

Ce fut le 18 février 1837 que Paul Prud’homme reçut l’onction sacerdotale, des mains de Mgr Le Groing-La Romagère.La même année, l’évêque confia au nouvel abbé la direction de la Congrégation des hommes qui se réunissaient dans la chapelle de l’Immaculée-Conception (alors propriété de la famille Prud’homme). En même temps, il le chargea de l’administration et de l’entretien de sa cathédrale, en le nommant prêtre-custode. Au contact de son ardente jeunesse, la chapelle de l’Immaculé-Conception (vulgairement appelée : de Saint-Pierre, à cause de son premier patron), reprit une nouvelle vie. Le Directeur s’appliqua d’abord à restaurer la Congrégation des hommes, qui avait beaucoup souffert pendant et depuis la Révolution.Mais il ne put limiter ses soins à cette pieuse association. Son rêve était d’assurer le salut des âmes par la dévotion à la Mère de Dieu :

3il voulut être l’Apôtre de la Très Sainte Vierge.3

Dès l’année 1838, il établit à la chapelle de l’Immaculée-Conception les pieux exercices du mois de Marie, qui ne se faisaient dans aucune église de la ville.L’année suivante, il inaugura, pour la clôture de ces pieux exercices, cette magnifique procession aux flambeaux qui, le soir du 31 mai, attire à Saint-Brieuc un si grand nombre de pèlerins.

Notre-Dame d’Espérance et l’Archiconfrérie pour le Salut de la France

Depuis longtemps, mais surtout depuis l’établissement des exercices du mois de Marie, on avait remarqué que bien des grâces avaient été obtenues aux fidèles qui venaient prier à la chapelle de l’Immaculée-Conception. Or, à la fin de l’année 1847, un enfant appartenant à l’une des principales familles de la ville tomba dangereusement malade. En quelques jours, la fièvre dont il souffrait le conduisit aux portes du tombeau. Devant la mort imminente, les parents recoururent à la bonne Vierge de Saint-Pierre, tandis que l’abbé Prud’homme, ami de la famille, promit, en cas de guérison du jeune garçon, d’honorer la Vierge sous le vocable de NOTRE-DAME d’ESPERANCE.La guérison eut lieu. Le 1er février 1848, fidèle à sa promesse, l’abbé Prud’homme inscrivit donc le nom béni de Notre-Dame d’Espérance sur le socle de la statue de Marie.

Sur ces entrefaites, éclata la révolution du 25 février 1848. Le trône de Louis-Philippe était renversé ; Paris, couvert de barricades, présentait une nouvelle fois le spectacle des journées révolutionnaires. A nouveau le pays divisé se retrouvait dans la plus grande inquiétude.L’écho de cette fureur retentit jusqu’en Bretagne et y porta l’effroi. Les habitants de Saint-Brieuc accoururent en foule vers l’humble chapelle dont Notre-Dame d’Espérance avait pris possession. Une prière incessante s’organisa ; pendant un mois entier de nombreux groupes de fidèles demandèrent à Marie le salut de la France. C’est alors que le zélé gardien du sanctuaire, comprenant que la plaie faite au cœur de notre nation était profonde et ne pouvait disparaître en quelques jours, conçut le projet de donner à ces prières un caractère de permanence.De son côté, l’Evêque, justement ému du mouvement extraordinaire qui se produisait autour de la chapelle de l’Immaculée-Conception, résolut d’assurer la continuation de ces pieuses réunions, et après s’être concerté avec l’abbé Prud’homme, il érigea canoniquement une association de prières et de bonnes œuvres pour le salut de la France, sous l’invocation et le patronage de Notre-Dame d’Espérance. Le 8 août 1848, c’est-à-dire moins de cinq mois après sa fondation, l’Union de prières pour le salut de la France devenait l’Archiconfrérie de N.D. d’Espérance. L’abbé Prud’homme en fut nommé le directeur.

Le sanctuaire de Notre-Dame d’Espérance

L’extension si rapide et si imprévue de l’Archiconfrérie ne tarda pas à faire sentir l’insuffisance de la chapelle de l’Immaculée-Conception.En 1854, l’abbé Prud’homme en entreprit donc la reconstruction sur un plan beaucoup plus vaste.En moins de vingt mois, grâce aux aumônes qui abondaient de toute la France, l’édifice était terminé ; il ouvrit au public en mai 1856.Voici la description qu’en a fait René Prud’homme dans son ouvrage La famille Prud’homme. Trois siècles de souvenirs intimes :« Une grâcieuse flèche de 37 mètres d’élévation porte dans les nues l’image de Marie, qui, les bras étendus, protège la ville assise à ses pieds. L’édifice lui-même affecte la forme d’une croix latine terminée par une abside polygonale. On ne peut y entrer sans admirer ses heureuses proportions, la correction de ses lignes, la riche décoration de ses autels, sa chaîne monumentale, son bel orgue, le trône brillant où apparaît dans toute sa grâce la statue de N.D. d’Espérance. Enfin, de splendides vitraux retracent les principales scènes évangéliques et les pieuses légendes des grands pèlerinages bretons ».La construction de cette chapelle ne pouvait faire oublier à l’abbé Prud’homme l’œuvre spirituelle dont la Providence l’avait chargé. Véritable missionnaire de Marie, il allait de ville en ville prêchant la ligue de prières pour le salut de la France, et établissant partout où il le pouvait des confréries de N.D. d’Espérance.

Pie IX et Notre-Dame d’Espérance - l’Archiconfrérie à Rome et en Italie

Depuis la fondation de l’Archiconfrérie, l’abbé Prud’homme avait le plus vif désir de voir Pie IX, le glorieux Pontife qui, à différentes reprises, avait montré une grande bienveillance pour Notre-Dame d’Espérance.Il partit donc pour Rome dans le courant de décembre 1862. Trois fois, il eut l’avantage d’être admis en audience privée.Le Pape voulut immédiatement étendre les avantages de l’Association à toutes les nations en recommandant aux associés de ne plus prier exclusivement pour la France, mais pour la paix de tout l’univers catholique.Il s’inscrivit aussi en tête de tout le Sacré Collège sur le registre de l’Archiconfrérie, concéda de nouvelles indulgences à l’œuvre et au sanctuaire de Notre-Dame d’Espérance, et décerna la couronne d’or à la statue vénérée à Saint-Brieuc. Enfin, il désira que Notre-Dame d’Espérance eut à Rome sa chapelle et son lieu de réunion.

Dernières années - les pélerinages - les œuvres

Depuis la fondation de l’Archiconfrérie, et surtout depuis le couronnement de la statue vénérée, le sanctuaire de Notre-Dame d’Espérance était devenu un centre de pèlerinage. Après la guerre de 1870, les foules y accoururent avec un plus grand empressement. Le 23 mai 1871, la ville de Morlaix envoyait une députation de 968 pèlerins pour remercier Marie de la protection dont elle avait couvert la Bretagne.L’année 1873 ramenait le 25e anniversaire de la fondation de l’Archiconfrérie. A cette occasion et en actions de grâces des encouragements célestes reçus à Pontmain, Mgr David organisa un grand pèlerinage qui ne réunit pas moins de 30 000 personnes

Ce fut l’une des dernières joies du chanoine Prud’homme. Si Notre-Dame d’Espérance était sa vie, elle n’absorbait pas cependant tout son dévouement et toute son activité. Son zèle n’avait rien d’étroit ; il savait se donner au bien sous ses formes multiples. Son amour immense pour Marie le porta à entreprendre, au prix de mille difficultés, l’organisation du premier pèlerinage du diocèse de Saint-Brieuc à la grotte de Lourdes. Enfin, pendant plus de 30 ans, il fut le Directeur de l’Association des Enfants de Marie et de la Confrérie des Mères Chrétiennes. L’ancienne Congrégation des hommes eut toujours ses préférences. Comme elle se recrutait péniblement depuis la guerre, il lui adjoignit une œuvre plus moderne, en établissant dans sa propre demeure un cercle pour les ouvriers. La décoration des églises fut toujours une œuvre chère à son cœur. Aussi, avec quel soin assidû dirigea-t-il pendant longtemps l’Association des Tabernacles qui venait en aide aux églises indigentes. Enfin, un grand nombre de communautés religieuses recherchèrent sa direction ou eurent recours à ses conseils.

Derniers moments - sa mort

Depuis plus de deux ans, le chanoine Prud’homme était miné par une contraction nerveuse qui résistait à tous les traitements. A la suite d’une chute qu’il fit le mercredi de Pâques de l’année 1881, le mal s’accrut considérablement et épuisa en quelques mois sa robuste constitution.Malgré sa souffrance, il se faisait traîner à la chapelle pour assister au saint Sacrifice de la Messe et recevoir la Communion. A la fin de l’année, il fut cloué sur son lit et n’en bougea plus jusqu’à sa mort. L’abbé Prud’homme mourut le 1er février 1882, au jour anniversaire de la fondation de l’œuvre de N.D. d’Espérance. Les obsèques eurent lieu à la cathédrale le samedi 4 février. Son tombeau fut placé à l’intérieur de la chapelle Notre-Dame d’Espérance, derrière le trône de la Sainte-Vierge. A demi étendu sur sa couche, le chanoine Prud’homme, les yeux levés vers Notre-Dame qui lui apparaît dans les nues, lui présente ses œuvres : d’une main la chapelle et de l’autre le manuel de l’Archiconfrérie.