Lundi 8 mai 2017

Ploubezre : la chapelle de Kerfons (ou Kerfaouez)

Blottie dans la vallée du Léguer sur la commune de Ploubezre, la chapelle de Kerfons, ou, mieux, de Kervaouez n’est guère éloignée du château de Tonquédec. C’est une des perles de l’architecture bretonne.
(Cliquer sur les photos pour les agrandir)

Chapelle de Kerfons vue du sud-ouest -  voir en grand cette image
Chapelle de Kerfons vue du sud-ouest
Kerfons : le clocher  -  voir en grand cette image
Kerfons : le clocher

Étymologie : Kerfons n’est pas Le Faouet…

La plupart des documents qui parlent de Kerfons supposent que ce toponyme signifierait « village des hêtres » ou « lieu planté de hêtres » (ou hêtraie), car en breton « hêtre » se dit « faou » ou « fav ». Le « village des hêtres » ou de la hêtraie existe ; c’est Le Faouet (Ar Faved, ou Faoued). On trouve ailleurs le Faouédic (de « Faouedig », petite hêtraie… Il n’y a aucune raison linguistique pour que « -faoued » devienne « -fons ».

Kerfaouez (ou mieux : Kervaouez) : le village de la Femme

La pancarte -  voir en grand cette image
La pancarte

Situé au village de Kerfaouès cet édifice s’appelait, au moins jusqu’à la Révolution, « chapelle de Kerfaouès », en breton « chapel Kerfaouez » ou, en breton moderne, « kervaouez ». Et là nous avons « kêr (ar) vaouez », « le village de la femme », du breton « maouez », femme (avec mutation après l’article : ar vaouez, la femme). Certes dans le breton du Trégor la femme se dit « plac’h », ou « gwreg » (= épouse), mais dans les temps anciens le vocable « maouez » était également connu ; il est encore en usage dans d’autres régions de Bretagne… Albert Deshayes (voir en bibliographie) à la page 198 de son Dictionnaire des noms de lieux bretons donne, dans un autre contexte, une piste lexicale à explorer, à partir du mot morvawes (autre orthographe possible : morvaouez, mor-maouez) = "sirène", littéralement « femme de mer », vient expliquer Keranfaouis en Pleyben (29), [qui s’écrivait] Keramorvaues en 1610. Là, on côtoie la mythologie…
L’intérêt est que ce village et sa chapelle doivent leur nom à « la femme », ce qui renvoie à une origine pré-chrétienne du site, sans doute en rapport avec un culte de la femme, ou de la fécondité.

Notre Dame de Kerfons / Itron Varia Gerfonz -  voir en grand cette image
Notre Dame de Kerfons / Itron Varia Gerfonz

La chapelle est dédiée à la Vierge : le commanditaire a pu transposer à la Vierge Marie un culte plus ancien peut-être resté vivace. Le cas n’est pas rare ! Venait-on à Kerfaouez depuis des temps immémoriaux pour demander la grâce d’une maternité heureuse ? Qui le dira ? Y avait-il un culte lié à la fontaine de dévotion, dont une réhabilitation liée à des recherches serait peut-être source de découvertes ? Quant à la Vierge Marie, n’est-elle pas la Femme par excellence, elle que l’on appelle encore la Nouvelle Ève ?

Chapelle de Kerfons vue du sud -  voir en grand cette image
Chapelle de Kerfons vue du sud

Bref historique

(d’apès Barbier et G. Le Louarn, voir en bibliographie).
La chapelle de Kerfons, dédiée à la Vierge Marie, fut bâtie au XVe siècle par les seigneurs de Coatfrec (famille de Goulaine), en gardant des parties plus anciennes d’un édifice XIVe qui fut détruit au cours des guerres de succession de Bretagne. De style ogival flamboyant, la nef et et la chapelle nord ’’sont du début XVe.

1485-1490 : jubé en bois sculpté polychrome, élément des plus remarquables.

S’il subsiste encore une douzaine de jubés de bois en Bretagne, celui de la chapelle de Kerfons est sans doute l’un des plus remarquables dans le travail du bois ajouré et de la polychromie. Quinze niches abritent des bas-reliefs qui représentent le Christ, les douze apôtres, sainte Barbe et sainte Madeleine encore dominés par la Vierge et sainte Barbe. Un petit escalier en vis donne accès à la tribune placée en encorbellement. Ce jubé réalisé dans les années 1485-1490 est vraisemblablement l’œuvre d’un atelier morlaisien ; il est classé Monument Historique depuis 1899. 
(G. Le Louarn).

chapelle de Kerfons : le jubé côté nef -  voir en grand cette image
chapelle de Kerfons : le jubé côté nef
Jubé (côté nef) : galerie des Apôtres  -  voir en grand cette image
Jubé (côté nef) : galerie des Apôtres
Chapelle de Kerfons le jubé côté chœur -  voir en grand cette image
Chapelle de Kerfons le jubé côté chœur

1612 : retable de la chapelle latérale sud. Celle-ci (1559), dédiée à saint Yves, est exemplaire de la première Renaissance bretonne (1553-1559). Elle est surmontée d’un campanile carré, orné de figures figures féminines et masculines évoquant les statues hiératiques de l’Antiquité romaine (style Renaissance).

Tableau : saint Yves entre le riche et le pauvre -  voir en grand cette image
Tableau : saint Yves entre le riche et le pauvre
Assemblage St Yves -  voir en grand cette image
Assemblage St Yves
Statues de style antique (campanile de la chapelle sud) -  voir en grand cette image
Statues de style antique (campanile de la chapelle sud)
Campanile de la chapelle sud -  voir en grand cette image
Campanile de la chapelle sud

1681 : la chaire (faite par Ives Briand).
1686 : le maître-autel (par I. Briand)

Chapelle de Kerfons : le maître-autel -  voir en grand cette image
Chapelle de Kerfons : le maître-autel

1633 : une des tombes de la famille de Coatfrec.

La chapelle de Kerfons est inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1910.

Kerfons fenêtre au sud (A) -  voir en grand cette image
Kerfons fenêtre au sud (A)
Kerfons fenêtre (B : détail) -  voir en grand cette image
Kerfons fenêtre (B : détail)
fenêtre au sud vue de la nef -  voir en grand cette image
fenêtre au sud vue de la nef
Kerfons : porte Renaissance -  voir en grand cette image
Kerfons : porte Renaissance
Kerfons : porte Renaissance (détail ! l'Annonciation) -  voir en grand cette image
Kerfons : porte Renaissance (détail ! l’Annonciation)

Un calvaire

est bâti sur le muret situé au sud de la chapelle.

Kerfons : le calvaire vu de l'ouest. -  voir en grand cette image
Kerfons : le calvaire vu de l’ouest.
Kerfons : le calvaire vu de l'est. -  voir en grand cette image
Kerfons : le calvaire vu de l’est.


Petite bibliographie et articles web

  • Barbier, Pierre : Le Trégor historique et monumental. Saint-Brieuc, 1960.
  • Deshayes, Albert : Dictionnaire des noms de lieux bretons, Le Chasse-Marée/Ar Men, 1999.
  • Le Louarn, Geneviève : La chapelle Notre-Dame de Kerfons, Rennes, Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t. 60, 1983, p. 301-305.

Voir les liens :

Kerfons dans le paysage -  voir en grand cette image
Kerfons dans le paysage