Lundi 10 novembre 2014 — Dernier ajout vendredi 7 novembre 2014

« Pour vous, qui suis-je ? » - 13e émission

Le témoignage d’un musicien

Jean-Sébastien Bach n’est pas que le génie musical universellement reconnu. Il est aussi, et essentiellement, le croyant, au point que l’on peut dire que toute son œuvre est inspirée et fécondée par sa foi religieuse et chrétienne.
Dans le maître-livre qu’il lui consacre, Albert Schweitzer a tout un chapitre sur « la piété de Bach », qui se traduit non seulement dans les sujets religieux qu’il traite (Cantates, Motets, Oratorios, Passions), mais par le fait que toute son œuvre est dédiée, selon ses propres termes, « au Dieu puissant pour l’honorer ; à autrui pour l’instruire ». Selon Schweitzer, Bach avait une solide formation théologique, comme en témoignent les livres de théologie mentionnés dans le catalogue de l’inventaire.

A cette époque (début du 18e s.), un courant spirituel traversait l’Église luthérienne, le Piétisme, qui se souciait peu de rectitude doctrinale et privilégiait le subjectivisme et la sensibilité. Bach n’y adhéra pas ; il s’y opposa même explicitement. Nous avons plusieurs témoignages de son attachement à l’orthodoxie luthérienne.
Un exemple suffira. Le recueil de chorals pour orgue composé en 1739 reçoit en Français le titre de « Dogme en musique ». Il contient 21 chorals illustrant les différents articles du Credo, le tout encadré par un Prélude et une triple fugue rappelant que le dogme fondamental est celui de la Ste Trinité.
Malgré tout, Schweitzer conclut son analyse en disant : « Au fond, Bach n’était ni piétiste, ni orthodoxe : c’était un penseur mystique ». Et c’est sans doute ce qui apparaîtra au travers des exemples retenus pour la présente émission, centrée – rappelons-le – sur la personne du Christ et la réponse à la question « Pour vous, qui suis-je ? »

Le chœur d’ouverture de la cantate 147 exprime une foi ferme et robuste, qui se traduit par ces termes : « Le cœur et la bouche et les actes et la vie doivent, du Christ, porter témoignage, sans crainte ni feinte, qu’il est Dieu et Sauveur ».

  • Chœur d’ouverture de la Cantate 147, par un ensemble dirigé par Ton Koopman.

La ferveur exprimée par le Motet « O Jesu Christ, meines Lebens Licht » est manifeste. En entendant cette musique, écrite à l’occasion des funérailles d’un personnage important de la cité, on pense spontanément que c’est la foi personnelle du compositeur qui s’y exprime.

O Jésus Christ, lumière de ma vie, mon refuge, ma consolation, mon espoir, je ne fais qu’un court séjour sur terre et le poids de mes péchés m’oppresse. En quittant ce monde, Seigneur, j’ai confiance, car je sais que tu guideras mon dernier voyage. Ouvre-moi grand les portes du paradis quand s’arrêtera le cours de ma vie.

Un simple commentaire à l’orgue, une paraphrase sur le thème d’un choral, suffit à lui seul pour créer une ambiance, suggérer une attitude, entrer dans un espace de recueillement et de prière.

  • Choral n°40 du « Petit Livre d’Orgue » (Orgelbüchlein) « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » « Je crie vers toi, Seigneur Jésus Christ. Je t’en supplie, entends mes plaintes. Accorde-moi ta grâce en ce jour. Ne me laisse pas sombrer dans le découragement. Donne-moi de vivre pour toi, d’être utile au prochain, d’observer toujours ta parole ».

La piété personnelle transparaît, dans les Cantates et les Passions, par le biais de commentaires (paroles et musique) qui expriment l’attitude du croyant devant l’événement raconté (Passions) ou le mystère évoqué (dans la Liturgie du jour)…
Il existe dans plusieurs cantates un dialogue entre Jésus et l’âme, inspiré plus ou moins explicitement du Cantique des Cantiques. Cette attitude était courante chez les grands auteurs mystiques, tels S. Bernard, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et tant d’autres. Elle reçoit ici une forme originale : le rôle de l’âme est confié au soprano, celui du Christ à la basse. Ainsi dans la Cantate 140, où se trouve le fameux choral dit « du Veilleur », et dont l’argument est l’évangile des vierges folles et des vierges sages.

  • Le Christ « Viens donc à moi, ô toi, ma fiancée élue… » L’âme «  Mon ami est à moi » Le Christ «  et je suis à toi » Ensemble : « L’amour ne doit rien rompre… Je veux avec toi/Tu dois avec moi me/te repaître des roses des cieux… Là sera la plénitude de la joie, là sera la félicité. »

Un thème récurrent dans les œuvres de Jean-Sébastien Bach est celui de la mort, plus précisément de la douce mort, de la mort qui n’est plus redoutée parce qu’elle consiste à s’endormir dans les bras de Jésus. Ce thème est souvent associé au Cantique de Siméon, le Nunc dimittis, ou encore aux paroles du Christ au Larron « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »

Chœur et choral final de la cantate 161 « Viens, ô douce heure de la mort »
Chœur  : « Si telle est la volonté de mon Dieu, je souhaite que ma dépouille mortelle soit dès aujourd’hui mise en terre, et que mon esprit, hôte de mon corps, se vête de l’immortalité dans la douce joie du ciel. Jésus, viens et emmène-moi ! Que cela soit mon dernier mot. »
Choral  : « Certes mon corps, rendu à la terre, sera rongé par les vers, mais il doit ressusciter, transfiguré par le Christ. Il brillera comme le soleil et vivra sans détresse dans la joie et la félicité céleste. Que m’importe donc la mort ? »