Merc’her 6 a viz Genver 2016 — Ouzhpennadenn ziwezhañ Gwener 13 a viz Genver 2017

Quelques croix et calvaires remarquables du Trégor et des environs

Un certain nombre de croix et de calvaires du Trégor sont érigés sur des socles dont les angles sont ornés de statues. En voici une petite présentation, apportant au passage quelques précisions, quand c’est possible, au sujet du sens de ces sculptures et ornements divers. Ces monuments seront nommés “croix” ou “calvaires” selon les appellations locales courantes, sans distinction spécifique.

En fin d’article, on trouvera un exposé sur le sens et le symbolisme de quelques éléments, et une bibliographie succincte. Cliquer sur les photos pour les agrandir.

Quelques calvaires dont les socles comportent des angles sculptés.

Il y a plus de 25 ans je me suis mis à photographier les croix et calvaires que je rencontrais au cours de balades à vélo, à pied, voire en voiture. Alors que je réunissais un ensemble de photos des croix de Kérien (22), au village de Kerlouet m’apparut un calvaire dont la croix, de type Hernot, était récente, alors que le socle, bien plus ancien, possédait des coins sculptés représentant des personnages qui à l’époque me semblaient énigmatiques. Par la suite j’en trouvai d’autres ornés de figures du même type. Il m’a fallu l’aide du père Castel, auteur de l’Atlas des Croix et Calvaires du Finistère, pour identifier une partie des personnages, d’autres gardant leur mystère malgré les recherches. Nous en savons assez cependant pour consacrer un article à ces socles particuliers. On en profitera pour donner quelques détails sur ces sentinelles qui tout au long de nos chemins témoignent de la foi de nos ancêtres. Si d’aventure nos lecteurs en connaissaient d’autres, c’est avec plaisir que leurs suggestions seront prises en compte. De nombreux socles sont ornés de sculptures, parfois très élaborées, sur leurs différentes faces : scènes de la Passion du Christ ou autres, tels qu’on peut en voir notamment auprès de l’église de Plumaugat. Là n’est pas l’objet de ce reportage, qui se limite aux coins des socles, sauf quelques exceptions. Les monuments sont présentés dans l’ordre alphabétique des communes auxquelles ils appartiennent, car dans de nombreux cas la date d’érection est inconnue.

Boquého : la croix des Botmiliau, ou croix de Kermédret.

Boquého, Kermedret : le calvaire vu du nord  -  voir en grand cette image
Boquého, Kermedret : le calvaire vu du nord

Il faut la trouver, cette croix ! Située au bord de la départementale R.D. 24, à droite dans le sens Boquého-Lanrodec, elle est presque cachée à l’entrée du chemin de Kermédret (encore nommé Kermedrey, V.C. 5). Elle fut édifiée par les seigneurs de Kermedret (maison de Botmiliau). Les six écussons ornant les faces du socle évoquent cette famille noble et ses alliances.

Boquého, calvaire de Kermedret : les faces du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Boquého, calvaire de Kermedret : les faces du socle (assemblage)

Au sommet du fût, d’un côté, une crucifixion dont les bras de la croix sont en partie cassés ; de l’autre, une Vierge à l’Enfant, couronnée. Ces deux figures surmontent deux têtes énigmatiques, celle qui se trouve sous la Vierge à l’Enfant permettant d’identifier de probables têtes diaboliques l’une rappelle une tête de chat), le démon étant vaincu par l’Incarnation et par la Croix.

Boquého, Kermedret : Christ en croix (Sud) -  voir en grand cette image
Boquého, Kermedret : Christ en croix (Sud)
Boquého, Kermedret : Vierge à l'Enfant  -  voir en grand cette image
Boquého, Kermedret : Vierge à l’Enfant

Cette croix du XVIe ou du XVIIe siècle repose sur un socle orné en chacun de ses angles de têtes sculptées elles aussi mystérieuses. Ce socle comporte une brève inscription que nous n’avons pu déchiffrer, car, comme l’ensemble du monument, elle est passablement érodée. Il repose sur un autre plus récent, daté de 1826.

Kermedret, dessin du vicomte Frotier de la Messelière ( avec autorisation des Archives 22 sous-rubrique 60 J) -  voir en grand cette image
Kermedret, dessin du vicomte Frotier de la Messelière ( avec autorisation des Archives 22 sous-rubrique 60 J)

Étables-sur-Mer : calvaire de la Rue Louais

Etables-sur-mer, calvaire de la rue de Louais -  voir en grand cette image
Etables-sur-mer, calvaire de la rue de Louais

Ce calvaire semble dater du XV-XVIe. Il est placé au carrefour de cinq voies non loin d’une ferme qui fut anciennement une demeure noble : les deux écus apparaissant sur des côtés du socle indiquent une fondation noble, sans doute en lien avec le manoir. Inscrit aux Monuments Historiques le 25 janvier 1918.

La croix sommitale est ornée d’angelots recueillant le sang du Christ dans quatre calices.

Etables (rue de Louais, vers l'est) : le Christ -  voir en grand cette image
Etables (rue de Louais, vers l’est) : le Christ
Etables (rue de Louais, vers l'ouest) : Vierge à l'Enfant -  voir en grand cette image
Etables (rue de Louais, vers l’ouest) : Vierge à l’Enfant

Au revers du Christ, une Vierge à l’Enfant ; un ange lui pose une couronne sur la tête. Au-dessous on note l’inhabituelle présence d’une statue de Sainte Catherine d’Alexandrie reconnaissable à la roue dentée de son supplice. O. Pagès, qui a consacré un chapitre à ce calvaire, suppose qu’il s’agit de la sainte patronne de la donatrice. À son opposé, du côté du Christ crucifié, il y a une pietà dont la Vierge a le regard tourné vers le haut.

Etables : Pietà -  voir en grand cette image
Etables : Pietà

Quant aux coins du socle, il est bien difficile d’en identifier les statues. Quatre évangélistes ? Celui dont la tête est en ciment (comme d’ailleurs celle de Sainte Catherine) pourrait être Saint Paul. Ils étaient primitivement identifiables par les inscriptions sur leurs phylactères, hélas on ne peut plus rien lire !

Etables : sculptures des coins du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Etables : sculptures des coins du socle (assemblage)

L’Inventaire Général date ce calvaire de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle. Les éléments abîmés sont dus au fait qu’il a été “démonté et caché pendant la période révolutionnaire, puis remonté à son emplacement d’origine et restauré en 1863 par les soins de l’abbé Gicquel (le fût date de cette campagne de restauration).” Référence : http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/etables/Geoviewer/Data/html/IA22008286.html

Hengoat : Calvaire de Kéringant

Hengoat, calvaire de Kéringant (ouest) -  voir en grand cette image
Hengoat, calvaire de Kéringant (ouest)

Il est émouvant, ce calvaire, avec son Christ tourné vers l’ouest, et des personnages mutilés comme par un retour de la Passion, sous les coups des révolutionnaires. On identifie la Vierge, certes, mais l’autre personnage (Jean ?) a été décapité.

Hengoat, Keringant, le Christ en croix -  voir en grand cette image
Hengoat, Keringant, le Christ en croix

Il porte la date de 1691, et, aux angles de son socle, des personnages si érodés que l’on peine à distinguer les saints Paul, Pierre et André.

Hengoat, Kéringant : trois saints du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Hengoat, Kéringant : trois saints du socle (assemblage)

À l’est, la partie sommitale offre une Pietà abîmée (ici c’est la Vierge qui a été décapitée) et recouverte d’un linceul de lichen. La femme à gauche sur la photo pourrait être Marie de Magdala, toujours proche de l’Aimé.

Hengoat, Kéringant : Pietà  -  voir en grand cette image
Hengoat, Kéringant : Pietà

Kérien : calvaire du village de Kerlouet.

C’est le socle de ce calvaire qui est à l’origine de cet article, comme écrit en introduction. Les Monuments Historiques datent le socle inférieur du XVIe siècle, par chance il est bien conservé. La croix est moderne, probablement d’Hernot. Une inscription, elle aussi moderne, comporte le nom de J. Lautout (nom d’une famille de ce village), qui pourrait avoir commandé cette croix et le socle supérieur.

Kérien, Kerlouet : calvaire -  voir en grand cette image
Kérien, Kerlouet : calvaire

Deux saints de la partie ancienne du socle nous sont familiers : Jacques et Paul, un autre pourrait être Saint Yves (il met la main au gousset en vue d’une aumône). Quant au troisième, très expressif, il semble être un moine de l’ordre de Saint François (ceinture de corde), tenant en mains un cœur qui rayonne. Saint Antoine de Padoue (ordre de Saint François) fut un propagateur de la dévotion au Sacré Cœur, il est populaire… Un Antoine serait-il l’un des commanditaires du calvaire ? Simple hypothèse en vérité, le hic étant que cette représentation n’est pas traditionnelle. Notons que ce monument est le seul de notre enquête qui soit dans l’ancien diocèse de Cornouaille, et même, avec celui de Kermédret en Boquého, les deux seuls situés au sud de la RN 12.

Kérien (22), Kerlouet 4 saints du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Kérien (22), Kerlouet 4 saints du socle (assemblage)

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Kermoroc’h - Calvaire de Langoërat (ou Langoérat, Langouérat)

Kermoroc'h, Langoérat, le calvaire (ensemble vu du S-E) -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat, le calvaire (ensemble vu du S-E)

Ce monument, actuellement au sud de la chapelle du même nom, a été déplacé chez un particulier, puis remis à sa place. Son orientation actuelle (Christ tourné vers le nord, Pietà vers le sud) n’est certes pas celle de son origine, d’autant plus qu’avant son déplacement récent elle était à l’inverse de l’actuelle. Il porte la date de 1585, et non celle de 1595 comme on l’écrit parfois. Ce beau calvaire est attaché à la chapelle Notre-Dame de Langoërat, datant du XIVe siècle.

Kermoroc'h : chapelle et calvaire de Langoérat -  voir en grand cette image
Kermoroc’h : chapelle et calvaire de Langoérat
Kermoroc'h, Langoérat : sur le fût, calice, hostie; mains, pieds et cœur transpercés -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat : sur le fût, calice, hostie; mains, pieds et cœur transpercés

Son fût octogonal porte la sculpture d’un calice, surmonté d’une hostie, puis d’un écu représentant les cinq plaies du Christ (mains, pieds, le cœur étant au centre), le tout surmonté d’une croix.

La croix sommitale présente côté nord le Christ entouré de la vierge et de saint Jean, et deux angelots dont l’un recueille le sang de la plaie du cœur. Au sud, une Pietà entre deux saintes femmes ; l’une, peut-être Marie-Madeleine, porte un flacon d’aromates. Je ne pense pas qu’il s’agisse de saint Jean, déjà présent au revers…

Kermoroc'h, Langoérat : Pietà  -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat : Pietà
Kermoroc'h, Langoérat : Christ en croix -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat : Christ en croix

Tout au sommet de la croix, une tête : on a pu y voir un figure du Père (ce qui donnerait un calvaire trinitaire à condition qu’il y ait aussi un symbole de l’Esprit Saint telle une colombe), mais cela ne correspond pas à sa représentation traditionnelle. Cette tête a-telle été rajoutée tardivement ? Mystère…

Aux angles du socle du calvaire on remarque les sculptures représentant les saints Pierre, Paul, Jacques et Yves.

Kermoroc'h, Langoérat : les 4 saints du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat : les 4 saints du socle (assemblage)
Kermoroc'h, Langoérat : date 1585 -  voir en grand cette image
Kermoroc’h, Langoérat : date 1585

Outre la date, des inscriptions sont gravées sur les faces du socle. Notons la présence d’une fontaine à proximité (1732). L’Association de la Chapelle de Langouérat entretient vaillamment cet ensemble remarquable. …………………………………………………………………………………………………

Langoat : calvaire de Kervot

Hengoat, Kervot : le calvaire -  voir en grand cette image
Hengoat, Kervot : le calvaire

Située près de la route départementale D. 33, entre La Roche-Derrien et Quemperven, cette croix serait liée à l’histoire du prêtre Dom Maudez Le Cozannet qui naquit le 8 décembre 1666 au village de Kervot (dans la paroisse de Langoat) et mourut en odeur de sainteté le 25 juillet 1720 au Convenant Blanc, dans la paroisse de Quemperven. Il exerça son ministère à Langoat de 1693 à 1698, puis, après Lanmérin, Cavan et Gurunhuel, à Quemperven. Maudez Le Cozannet a connu ce monument. Le père mariste F-M Henry écrit dans sa vie de Le Cozannet (p.8) : “Au centre du village, une croix de granit fort ancienne, au socle décoré de lettres archaïques, semblables à des hiéroglyphes…”

Langoat, Kervot : inscription ancienne (humectée) -  voir en grand cette image
Langoat, Kervot : inscription ancienne (humectée)
Langoat, Kervot : le socle (N-O) -  voir en grand cette image
Langoat, Kervot : le socle (N-O)

Nous n’avons pu déchiffrer le sens de ces lettres gothiques, dont les dernières pourraient être le début du nom Ollivier, commun dans le pays. Le socle en granit roux est plus ancien que la croix : il pourrait dater de la fin du Moyen-Âge (XVe ou début XVIe siècles), alors que le fût et la croix seraient du XVIIe. Ce socle est orné en ses coins de quatre têtes fort expressives qui rappellent les grotesques ou les mascarons ornant les édifices religieux anciens. Leur donner un sens autre que décoratif semble illusoire, à moins qu’elles ne représentent des formes du mal, vaincues par la croix du Christ, voire des visages sidérés par la mort de Jésus… Pour ma part, j’avoue ici mes limites ! On peut consulter : http://www.bretagne.bzh/upload/docs/application/pdf/2015-04/synthese_langoat.pdf

Langoat, Kervot : Christ en croix -  voir en grand cette image
Langoat, Kervot : Christ en croix
Langoat, Kervot : Vierge à l'Enfant (est) -  voir en grand cette image
Langoat, Kervot : Vierge à l’Enfant (est)
Langoat, Kervot : les figures des quatre angles (assemblages) -  voir en grand cette image
Langoat, Kervot : les figures des quatre angles (assemblages)

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Lanmodez - Croix du cimetière

Lanmodez : calvaire du cimetière (vu du sud) -  voir en grand cette image
Lanmodez : calvaire du cimetière (vu du sud)

Cette croix porte la date de 1776 (face nord du socle). Au sommet de son fût écoté, un Christ en croix (nord), et, au revers, un Christ souffrant, sorte d’Ecce Homo en position assise. Les personnages sculptés aux angles du socle ne sont plus reconnaissables à cause de l’érosion. http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/lanmodez/Geoviewer/Data/html/IA22013871.html

Lanmodez, calvaire : Christ souffrant (sud) -  voir en grand cette image
Lanmodez, calvaire : Christ souffrant (sud)
Lanmodez, calvaire : Christ en croix (nord) -  voir en grand cette image
Lanmodez, calvaire : Christ en croix (nord)
Lanmodez, calvaire, vue du socle 1 -  voir en grand cette image
Lanmodez, calvaire, vue du socle 1
Lanmodez, calvaire, vue du socle 2 -  voir en grand cette image
Lanmodez, calvaire, vue du socle 2

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Le Faouet (Côtes d’Armor) : calvaire de la chapelle de Kergrist.

Le Faouet (22) : chapelle et calvaire de Kergrist -  voir en grand cette image
Le Faouet (22) : chapelle et calvaire de Kergrist

Dans la commune du Faouët (22) se trouve la chapelle Notre-Dame de Kergrist construite fin XVe - début XVIe siècle par les seigneurs de Coatmen. elle fut restaurée entre 1976 et 1982. En 1648 le pignon ouest fut refait. La tour date de 1772. Bien que sise au village de Kergrist (“village du Christ”, nom qui suggère un lien avec l’ordre du Temple), elle est dédiée à la Vierge Marie, sous le nom de Notre-Dame de la Merci.

Le Faouet, calvaire de Kergrist vu de l'est. -  voir en grand cette image
Le Faouet, calvaire de Kergrist vu de l’est.

Son calvaire fut détérioré pendant la Révolution. Le haut du Christ en croix (orienté à l’est) a disparu. Du côté ouest, on a une descente de croix : vu que les bras de Jésus sont écartés et tenus par les autres personnages, il ne s’agit probablement pas d’un Christ aux liens comme on en voit sur le calvaire de la chapelle Saint-Yves de Plésidy (cf : http://www.paroisse-bourbriac.catholique.fr/Le-patrimoine-sacre-de-Plesidy ). Le corps du Christ est tenu par deux personnages (Joseph d’Arimathie et Nicodème ?). Les angles du socle sont ornés de saints difficilement identifiables. L’ensemble est, selon les auteurs, du XVIe ou du XVIIe siècle.

Le Faouet, calvaire de Kergrist : descente de croix (est) -  voir en grand cette image
Le Faouet, calvaire de Kergrist : descente de croix (est)
Le Faouet, calvaire de Kergrist : la croix (ouest) -  voir en grand cette image
Le Faouet, calvaire de Kergrist : la croix (ouest)
Le Faouet (22), calvaire de Kergrist : saints aux angles du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Le Faouet (22), calvaire de Kergrist : saints aux angles du socle (assemblage)

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Pédernec, croix de Kérrouan (ou Kéranhouant, ou Kérarouant)

Pédernec, croix de Kérrouan (est) -  voir en grand cette image
Pédernec, croix de Kérrouan (est)

Située dans un carrefour sur la D 20 à quelques dizaines de mètres de la N 12, ce monument serait du XVIe siècle. Son socle comporte des sculptures aux quatre angles. Il ne semble pas que ces personnages soient vraiment différenciés. Alors, qui sont-ils ? Les quatre évangélistes (Marc, Matthieu, Luc et Jean) ? Mystère.

Pédernec, Kérrouan : sculptures des angles du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Pédernec, Kérrouan : sculptures des angles du socle (assemblage)

La face nord du socle comprend deux éléments en relief, l’un est un calice, l’autre n’est pas encore identifié pour l’instant. Le calice est le signe d’une commande par un ecclésiastique. Au sommet du fût écoté, un Christ en croix tourné vers l’est. Au revers, un cœur circonscrit dans une couronne tressée. Cette croix paraît plus récente que le reste du monument.

Pédernec, Kérrouan, croix avec cœur couronné (ouest) -  voir en grand cette image
Pédernec, Kérrouan, croix avec cœur couronné (ouest)
Pédernec, Kérrouan : Christ en croix -  voir en grand cette image
Pédernec, Kérrouan : Christ en croix
Pédernec, Kérrouan, socle vu du N-O  -  voir en grand cette image
Pédernec, Kérrouan, socle vu du N-O
Pédernec, Kérrouan, face du socle avec motifs sculptés -  voir en grand cette image
Pédernec, Kérrouan, face du socle avec motifs sculptés


Pleumeur-Gautier (Kéruel, Kroaz Gwenn, la Croix blanche) : un calvaire sacerdotal.

Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn, ensemble (ouest) -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn, ensemble (ouest)
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn, ensemble (Est) -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn, ensemble (Est)

La présence de deux calices sur le socle puis sur le fût, des hosties, le Christ crucifié et ressuscité : on peut dire que ce calvaire est un mémorial du sacrifice de la messe, qui actualise la passion, la mort et la résurrection du Christ. C’est là le signe qu’un prêtre a pu être le commanditaire de ce monument situé à l’intersection de la Rue de l’Ancienne gare et de la D 33, du côté droit en allant vers Pleudaniel.

Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : la Résurrection  -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : la Résurrection
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : le Christ en croix -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : le Christ en croix

La présence d’une Résurrection, (face ouest) constitue une originalité : on en trouve peu sur les petits calvaires, généralement dédiés à la Passion du Christ et à sa mort. c’est peut-être le signe de la volonté du commanditaire de ne pas se contenter du caractère doloriste du drame de la Croix, et d’accentuer la foi en la Résurrection en un temps où la foi religieuse vacille sous les coups de la philosophie des Lumières. Sous le Christ jaillissant du tombeau, un corps de soldat romain(deux autres encadrent la scène) ; sa position est celle du mal vaincu par le Christ.

Côté crucifixion, on remarque les habituels angelots chargés de recueillir le sang du Christ, celui de gauche ayant une coupe dans chaque main et recueillant ainsi le sang d’une main de Jésus et celui qui jaillit du cœur transpercé à coup de lance (évangile de Jean, 19, 34-37). Le seul saint situé en angle du socle et identifiable est justement Saint Jean, avec son calice.

Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : Saint Jean (coin S-O du socle) -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : Saint Jean (coin S-O du socle)

Ce calvaire fut construit du XVIe au XVIIIe siècle ; il porte la date de 1755. Je n’ai pu lire la date de 1559, mentionnée par un document.

Pleumeur-Gautier, socle Est -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, socle Est
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : socle ouest  -  voir en grand cette image
Pleumeur-Gautier, Kroaz-Gwenn : socle ouest

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Plouaret : Calvaire ou Croix Maudez, 1633.

Plouaret, calvaire de Maudez  -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Maudez

Situé au village du même nom, où se trouvait une chapelle dédiée à Saint Maudez. Celle-ci fut démolie en 1904, faute de ressources pour la restaurer. Les pierres servirent “à la restauration et à l’embellissement de l’église paroissiale.” (abbé Quenven). Une fontaine se trouve en contrebas. Ce calvaire porte la date de 1633. Le dernier étage du socle et la croix sommitale sont plus récents. Une inscription à l’arrière de la partie d’origine nous donne le nom de celui qui fut sans doute le commanditaire de l’œuvre : YVES LE MANACH / RECTEUR : ET

Plouaret, calvaire de Maudez, date 1633 -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Maudez, date 1633
Plouaret, calvaire de Maudez, inscription à l'arrière du socle -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Maudez, inscription à l’arrière du socle

L’abbé Louis Quenven, recteur dans les années 1960, a laissé des articles de bulletin paroissial très documentés sur le patrimoine de Plouaret. Il note que “Yves le Manach, prêtre et recteur de Plouaret” était présent à “l’érection de la Confrérie du Rosaire en Plouaret, en 1644”.

Calvaire et peste

Le fût est écoté, c’est-à-dire orné de bosses qui parfois sont en lien avec les bubons de la peste que l’érection d’une croix a pour but de conjurer. En breton, “peste” se dit “bosenn” (ar vosenn, mot issu du français « bosse, ou bubon »). L’histoire nous dit que c’est ici le cas, comme on le lit sur un panneau explicatif : “En 1631 et 1632, une épidémie de peste provoqua 450 décès à Plouaret, presque 10 % de la population. En hommage, un calvaire fut érigé à Maudez, hélas ensuite abattu pendant la Révolution le 28 fructidor de l’an 2 (août 1794), ainsi que six autres croix autour du bourg. Le calvaire actuel, fortement remanié, est remarquable par le fût à bubons de la croix, symbolisant la peste bubonique.” Sous ce socle plus récent se trouve la “mace” d’origine, dont la partie supérieure est ornée de saints décapités, rongés de lichen et indéterminables.

Plouaret, calvaire de Maudez, 4 statues décapitées (coins du socle) -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Maudez, 4 statues décapitées (coins du socle)

Plouaret : calvaire de la chapelle Sainte Barbe, 1612

(article ajouté le 13 janvier 2017)

Plouaret, chapelle Sainte Barbe et son calvaire. -  voir en grand cette image
Plouaret, chapelle Sainte Barbe et son calvaire.

Si l’église paroissiale de Plouaret, dédiée à Notre-Dame, date de fin XVe-début XVIe siècles, la chapelle de Sainte Barbe (sans doute Sant Barvet ou Barvoet à l’origine), fondation de la famille Kéramborgne, est du XVIe s.

Calvaire de la chapelle Sainte Barbe, Plouaret. -  voir en grand cette image
Calvaire de la chapelle Sainte Barbe, Plouaret.

Le calvaire attenant, qui portait les armoiries des Kéramborgne, porte sur son socle deux inscriptions anciennes. D’abord F. FOR.G.1660 (face est), puis sur la face nord : 1662.La croix sommitale est récente (XIXe s.?)

Plouaret, calvaire de Ste Barbe, inscription 1660 & 1662 -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Ste Barbe, inscription 1660 & 1662
Plouaret, calvaire de Ste Barbe, socle face nord -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Ste Barbe, socle face nord

Les angles du socle sont ornés de statues de saints impossibles à identifier, leurs têtes ayant été vandalisées, peut-être durant la période révolutionnaire ; les mêmes marteaux ont dû s’en prendre aux armoiries de la face nord, comme ils l’avaient fait également pour les saint du calvaire de Maudez.

Plouaret, calvaire de Ste Barbe, statues des angles du socle. -  voir en grand cette image
Plouaret, calvaire de Ste Barbe, statues des angles du socle.

Le fût à bubons porte deux mentions. La première : Jubilé du Concile et Mission 1870 présente l’intérêt d’être une des rares allusions à cet événement que fut le Concile œcuménique Vatican I (du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870). La seconde marque l’année d’une mission : 1952. Les années 1950 ont vu les dernières missions traditionnelle qui mobilisaient une paroisse pendant une quinzaine de jours, avec exercices de dévotion et enseignements, dans un climat de ferveur.

Plouaret, Ste Barbe, inscription 1870 -  voir en grand cette image
Plouaret, Ste Barbe, inscription 1870
Plouaret, Ste Barbe, inscription Mission 1952 -  voir en grand cette image
Plouaret, Ste Barbe, inscription Mission 1952

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Plouëc-du-Trieux: calvaire de Kéralcun.

Plouec-du-Trieux : Kéralcun : le calvaire -  voir en grand cette image
Plouec-du-Trieux : Kéralcun : le calvaire

Situé sur la D 65, entre Plouëc et Runan, ce calvaire, porte à son sommet un Christ en croix et, au revers, une pietà. Le fût de la croix n’est pas du même granit qu’elle, ni du même granit que le socle. À son sommet, sous le Crucifié, quatre petites niches vides ont pu accueillir jadis des statuettes.

Plouec-du-Trieux, Kéralcun : Christ en croix -  voir en grand cette image
Plouec-du-Trieux, Kéralcun : Christ en croix
Plouec Pietà -  voir en grand cette image
Plouec Pietà
Plouec-du-Trieux, Kéralcun : Inscription et date -  voir en grand cette image
Plouec-du-Trieux, Kéralcun : Inscription et date

Une inscription nous donne le nom du fondateur et l’année de l’érection du monument : Yves Lemerle enfant, 1789.

Dans les coins, les saints Pierre, Paul, André et Jacques.

Plouec-du-Trieux, Kéralcun : les saints du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Plouec-du-Trieux, Kéralcun : les saints du socle (assemblage)

Il ne semble pas que ce calvaire, pourtant remarquable, fasse l’objet d’une protection au titre des Monuments Historiques.

Plouec-du-Trieux, Kéralcun : socle, le cœur rayonnant. -  voir en grand cette image
Plouec-du-Trieux, Kéralcun : socle, le cœur rayonnant.

La face du socle qui se trouve du côté du Christ (à l’est) porte un cœur rayonnant (voir plus bas). Dans ce monument, la croix de Jésus est plantée en quelque sorte dans son cœur, comme pour signifier qu’elle est l’expression suprême de l’amour du Christ. …………………………………………………………………………………………………….

Pommerit-Jaudy : Kroaz Ruz (Croas Ru, à l’entrée de la rue du même nom, au bourg).

Pommerit-Jaudy, calvaire de Croas-Ru (Kroaz-Ruz) -  voir en grand cette image
Pommerit-Jaudy, calvaire de Croas-Ru (Kroaz-Ruz)
Pommerit-Jaudy, Croas Ru : le Christ en croix -  voir en grand cette image
Pommerit-Jaudy, Croas Ru : le Christ en croix

Oui, elle fut rouge autrefois, cette croix, et des traces de peinture subsistent encore sur son Christ.

La date de 1554 (et non 1545) apparaît sur un bandeau de la façade Est. Démantelé à la Révolution, restauré en 1820, il est en bon état malgré ces aventures.

Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : date 1554  -  voir en grand cette image
Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : date 1554
Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : saints aux angles du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : saints aux angles du socle (assemblage)

Les formes bien affirmées des personnages situés aux quatre coins du socle permettent de les identifier : on reconnaît Saint Pierre à sa clé monumentale, Saint Paul à son épée (repliée sur l’épaule par commodité), Saint André à sa croix, et Saint Jacques le Majeur à son bourdon et à sa coquille. Cette coquille qui est également représentée sur le fût écoté de la croix (côté est) indique une possible édification du monument par un pèlerin, ou en guise de pèlerinage votif. Les visages des saints sont expressifs.

Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : Monogramme du Christ (Christogramme) -  voir en grand cette image
Pommerit-Jaudy, Croas-Ru : Monogramme du Christ (Christogramme)

Un des trésors de cet ensemble est malheureusement peu visible car il est trop près du mur de la maison attenante. Il s’agit d’un original monogramme du Christ (ou christogramme) : IHS (ou JHS), sorte d’abréviation du nom grec de Jésus, ici tout en entrelacs. Superbe ! Voilà un monument à mieux faire connaître… ……………………………………………………………………………………………………..

Quemperven, Croix du Curé (Kerhoaden)

Quemperven, Croix du Curé vue de l'ouest -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé vue de l’ouest
Quemperven, Croix du Curé (vue de l'est) -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé (vue de l’est)

Il est difficile de dire quelle est l’origine de cette croix du Curé ; on la situe aux XVIIe ou XVIIIe siècles. Rappelons simplement qu’en breton “kure” signifie “vicaire”. Nous ignorons qui était ce vicaire.

Quemperven, Croix du Curé : Christ en croix  -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : Christ en croix

Ce calvaire présente, à l’est, un Christ en croix entre la Vierge et Saint Jean. Un animal, représentant les forces du mal, est maintenu sous les pieds du Christ. À l’ouest, une pietà. Dans la mesure où l’orientation de ce calvaire (Christ à l’est) ne correspond pas à la norme qui devrait l’orienter à l’Ouest, on suppose que ce monument a dû être démonté à une époque inconnue, et remonté sans tenir compte de l’orientation traditionnelle, cas fréquent, souvent lié aux travaux routiers.

Quemperven, Croix du Curé : Christ en croix  -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : Christ en croix
Quemperven, Croix du Curé : Pietà  -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : Pietà
Quemperven, Croix du Curé : Saint Yves (sur le fût) -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : Saint Yves (sur le fût)

Le clerc figurant sur son fût est Saint Yves, toujours populaire dans le Trégor. Les personnages des coins du socle sont bizarrement à peine esquissés : une tête, un attribut, un vague corps qui se fond avec le socle.

Quemperven, Croix du Curé : le socle  -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : le socle
Quemperven, Eglise Saint-Pierre, statue de Saint Pierre -  voir en grand cette image
Quemperven, Eglise Saint-Pierre, statue de Saint Pierre

La sculpture, plus achevée et plus expressive, qui représente saint Pierre au-dessus de la porte d’entrée sous la tour de l’église de Quemperven, pourrait être du même atelier, et alors on pourrait dater ce monument du dernier tiers du XVIIIe siècle, ce qui paraît plausible. Cette statue ne représente pas les jambes du saint, c’est ainsi également que sont représentés les saints du socle. Ces derniers sont Paul (épée sur l’épaule), Pierre (clé dans la main gauche, peu visible sur la photo), André et sa croix en X, et enfin, muni de son bourdon, Jacques le Majeur (et non le Mineur comme indiqué dans un document) dont je n’ai pu prendre de photo lisible. De même, je n’ai pas de photo satisfaisante du calice également sculpté sur le socle…

Quemperven, Croix du Curé : 3 des saints du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Quemperven, Croix du Curé : 3 des saints du socle (assemblage)

Quemperven : croix de Troguindy

Quemperven, croix de Troguindy  -  voir en grand cette image
Quemperven, croix de Troguindy

Située près de Pont-Min, sur une ancienne voie romaine, cette croix ne porte pas de date, ou du moins les traces érodées que j’ai cru y voir restent-elles énigmatiques. Au sommet de son fût écoté, d’un côté, un Christ en croix. Au revers, une descente de croix originale : le corps de Jésus est tenu par un personnage qui se tient plié sur la barre horizontale de la croix.

Quemperven, croix de Troguindy : Christ en croix  -  voir en grand cette image
Quemperven, croix de Troguindy : Christ en croix
Quemperven, croix de Troguindy : descente de croix  -  voir en grand cette image
Quemperven, croix de Troguindy : descente de croix
Quemperven, croix de Troguindy : sculptures aux angles du socle -  voir en grand cette image
Quemperven, croix de Troguindy : sculptures aux angles du socle

Trois des angles du socle seulement sont sculptés. L’un représente une tête d’homme doté d’oreilles animales : faut-il y voir encore une figure diabolique symboliquement placée sous la croix, comme vaincue ? Dans les contes bretons le diable est parfois affublé de pieds de vache, ici ce seraient plutôt des oreilles du même bovin. Deux saints sont représentés : saint Jacques avec son bourdon de pèlerin, et probablement Saint Yves cherchant dans son sac de quoi faire l’aumône. Bibliographie : voir Croix du Curé. …………………………………………………………………………………………………..

Squiffiec : la croix de la chapelle de Kermaria-Lan

La chapelle de Kermaria-al-Lann en Squiffiec est située à proximité de la D 8, à droite en allant vers Tréguier, à une dizaine de kilomètres de Guingamp. Dédiée à la Vierge Marie, ses parties anciennes sont des XVIe-XVIe siècles, complétées par des éléments des XVIIIe-XIXe.

Squiffiec, Chapelle de Kermaria-Lan et son calvaire -  voir en grand cette image
Squiffiec, Chapelle de Kermaria-Lan et son calvaire

Pratiquement en ruines en 1921, ellle fut restaurée à partir de 1982 par l’association des Amis de Kermaria-Lan, conseillée par Breizh Santel. Cette restauration doit beaucoup à Pierre Illien, cheville ouvrière de l’association. Le pardon a lieu le 15 août.

Squiffiec, Kermaria-Lan : le calvaire -  voir en grand cette image
Squiffiec, Kermaria-Lan : le calvaire

Sur le placître entouré d’un muret, on remarque une croix dont le socle et le fût écoté semblent dater du XVIe siècle. Le socle est orné en ses angles des effigies de saint André, saint Jacques, saint Pierre, et d’une sainte à ce jour non identifiée. Son attribut ici semble être une quenouille, que l’on retrouve chez les images de sainte Marthe notamment. Mais aucun indice n’est ici révélateur de son identité. Il s’agit sans doute de la sainte patronne d’une femme ayant contribué à l’édification du monument.

Squiffiec, calvaire de Kermaria : 4 saints du socle (Assemblage) -  voir en grand cette image
Squiffiec, calvaire de Kermaria : 4 saints du socle (Assemblage)

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Tressignaux : la Croix de Pierre

Tressignaux, Croix de Pierre (est) -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre (est)
Tressignaux, Croix de Pierre (ouest) -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre (ouest)

Cette croix est située au sud du bourg, au village du même nom (D.7). Olivier Pagès date la Croix de Pierre du XVIe siècle, comme l’atteste le nom gravé sur son socle : ISLENEP / DOMDEN. En commençant la lecture par le bas, cette inscription gothique signifie selon R. Couffon : “don de N.IS LENE.P.” Il s’agit du recteur Jehan Lesné, qui exerçait ses responsabilités à l’époque où fut refaite la chapelle Saint-Antoine, proche de cette croix : “le calvaire semble contemporain” écrit O. Pagès.

Tressignaux, Croix de Pierre, inscription Jean Lesné -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre, inscription Jean Lesné

Des anges en service Par chance, ce grand calvaire est bien conservé. Au sommet, orienté vers l’est comme il se doit, le Christ crucifié entre la Vierge (qui tient un phylactère) et Saint Jean.

Tressignaux, Croix de Pierre : Christ en croix  -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre : Christ en croix

Côté ouest, une Vierge à l’Enfant.

Croix de Pierre Face ouest red -  voir en grand cette image
Croix de Pierre Face ouest red

Des anges sont sculptés sous les consoles, l’un portant une couronne (celle du martyr de la Passion, celle du Roi), l’autre une clé. Celle-ci est symbole de puissance et de connaissance, et fait sans doute référence à la prophétie d’Isaïe (Is 22, 22) : “Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David: quand il ouvrira, nul ne fermera; quand il fermera, nul n’ouvrira.” Ce verset s’applique au Messie. Un troisième ange tient le calice, enfin un quatrième une banderole. L’ensemble manifeste le sacerdoce royal du Christ.

Tressignaux, Croix de Pierre : Anges avec couronne et clé -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre : Anges avec couronne et clé
Tressignaux, Croix de Pierre : Calice -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre : Calice

Un autre calice est sculpté sur le premier étage du socle, signe que le calvaire a été fondé par un prêtre. Le rapprochement entre les deux calices établit le lien entre le Christ et le prêtre par le sacrifice de la messe.

Le socle comporte deux étages. L’étage supérieur porte à ses quatre angles des anges portant des phylactères dont les inscriptions ont malheureusement disparu.

Tressignaux, Croix de pierre : anges du socle (assemblage) -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de pierre : anges du socle (assemblage)
Tressignaux, Croix de Pierre : Pietà (nord) -  voir en grand cette image
Tressignaux, Croix de Pierre : Pietà (nord)

Notons encore la présence, en corniche côté nord, d’une Vierge de Pitié (ou Pietà). Calvaire bien étudié par Olivier Pagès, voir en bibliographie. …………………………………………………………………………………………………..

Quelques réflexions sur le sens de ces sculptures…

Les personnages

Les personnages les plus fréquemment représentés aux angles des socles sont les saints apôtres Pierre (avec sa clé), André (avec sa croix en X), Jacques le Majeur (et son bourdon de pèlerin), enfin Paul (avec son épée portée de différentes manières).

Pierre est le chef des apôtres : sa présence fréquente fait référence à l’autorité de l’Église et des papes, à une époque où le Concile de Trente (1545-1553) avait réaffirmé son autorité en réaction aux thèses protestantes qui la récusaient. Les églises qui lui sont dédiées appartiennent généralement à des paroisses très anciennes.

André, frère de Pierre, est le premier disciple appelé par Jésus. Mort martyr selon la tradition, il demanda à être mis sur une croix en X afin de ne pas prétendre égaler son Maître. Il jouit d’un très grand prestige dans l’Église en général, surtout en Russie et en Écosse dont il est le saint patron.

Paul, bien que n’ayant pas connu personnellement Jésus, est considéré comme apôtre par son rayonnement : il fut l’un des principaux propagateurs du christianisme naissant, et organisateur hors pair de l’Église primitive. Il mourut décapité à Rome, d’où la présence de son épée comme attribut.

Jacques le Majeur (frère de Jean et fils de Zébédée) qu’Hérode fit exécuter, bénéficiait d’un grand prestige en tant que premier martyr chrétien. C’est lui qui est honoré à Compostelle, d’où son bâton (ou bourdon) qui symbolise le pèlerinage. Son autre attribut est évidemment la coquille. Pierre et Jacques partagent avec Jean le fait d’être appelés personnellement par Jésus qu’ils accompagnent lors de certains moments importants, telle la Transfiguration (voir par exemple en Matthieu 17, 1-13). Son frère Jean, évangéliste hautement prestigieux car traditionnellement assimilé au “disciple que Jésus aimait”, n’est habituellement pas à un angle de socle, mais dans la partie sommitale, au pied de la croix avec la Vierge Marie, conformément au récit évangélique.

Yves : on le voit, ce sont là des apôtres au prestige indiscutable. Cependant, comme nous sommes en Bretagne et singulièrement dans le Trégor, la présence de Saint Yves ne surprendra point ; son prestige était aussi grand que celui des apôtres : “n’en eus ket ur sant evel sant Erwann”, dit le cantique (“aucun saint n’égale saint Yves”). Habituellement représenté soit en tenue d’ecclésiastique, soit entre un riche et un pauvre, on le trouve ici seul pour des raisons de place, et sa vive charité est représentée par le fait qu’il met la main au gousset pour s’apprêter à faire l’aumône, geste qui par le fait même a valeur d’exemple pour le passant.

Plusieurs sculptures, même bien conservées, n’ont pu être identifiées. Sans doute faudrait-il connaître les prénoms des fondateurs et fondatrices de ces monuments, dont les saints patrons ont été représentés mais avec des attributs dont le sens nous échappe.

Les anges Certains calvaires assez développés (du type “bannière”) voient leur partie sommitale, côté Christ, habitée par des angelots, dont la tâche principale est de recueillir le Précieux Sang de Notre Seigneur dans des coupes qui évoquent évidemment le sacrifice de la Messe (“Ceci est mon corps… mon sang…”), mais aussi les légendes du Graal. Leur rôle est bien plus que décoratif ! En effet, le sang du Christ symbolise sa vie même, qu’il nous transmet par l’Eucharistie. Il est aussi l’expression de son amour, par le don total de sa vie. Le socle de la Croix de Pierre, à Tressignaux, n’a à ses angles que des anges. Le malheur est que nous ne savons pas ce qui était peint sur les phylactères qu’ils tiennent dans leurs mains. Il eût été intéressant de voir quel en était le message théologique : sans doute en lien avec la Passion, la Résurrection, le salut… La Lettre aux Hébreux dit au sujet des anges : “Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ?” (Hébreux, 1, 14). Ces créatures célestes manifestent donc la présence du Père auprès du Fils en agonie, tout en révélant au passant ou au fidèle venu prier au calvaire de son quartier le caractère divin de Jésus, le Sauveur.

Quelques éléments symboliques.

Animaux, têtes… Il arrive que sous la croix l’on trouve un animal ayant l’air d’être plus que coïncé : c’est l’image du démon vaincu. Parfois, comme à Kermedret en Boquého, c’est une tête inquiétante qui incarne ce rôle. À Kervot en Hengoat, les quatre têtes grotesques peuvent aussi accréditer ce sens.

Armoiries. Plusieurs calvaires comportent les écussons de leurs commanditaires nobles. Ils ont souvent été martelés lors de la Révolution.

Brisures. De fait, les révolutionnaires ont brisé, mutilé un nombre considérable de calvaires. D’autres fois, ce fut l’œuvre des travaux publics ou encore des camions de livraison. Récemment, à Tréglamus, c’est un groupe de jeunes gens qui ont brisé un calvaire, restauré depuis aux frais de la commune. L’effigie n’est pas mieux traitée que le Maître… Outre les brisures, il faut signaler l’usure des croix les plus anciennes, qui s’érodent petit à petit sous l’action des pluies, du gel, des vents. Ce phénomène pourrait rendre bien des figures méconnaissables, avec le temps. D’où l’urgence de lire et de publier les inscriptions encore lisibles!

Calice. Des calices, parfois surmontés d’une hostie, indiquent que le monument a été commandité par un ecclésiastique. Par ailleurs, ces signes eucharistiques rappellent le lien entre la Passion et la messe, mémorial de la mort et de la résurrection du Christ. Semblables aux calices, les ciboires sont parfois représentés également.

Cœur Un cœur rayonnant apparaît sur le socle du calvaire de Keralcun (Plouëc-du-Trieux). « Le cœur qui rayonne vaut mieux que l’esprit qui brille », écrivait Bernard de Clairvaux. Le cœur est l’image de l’amour infini du Christ, Fils de Dieu, dont le rayonnement symbolise l’ardeur, la communication au monde dans la Lumière. Initiée par les révélations de Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque vers 1647, la fête du Sacré Cœur fut décrétée en 1765. C’était sans doute un thème de dévotion chez les paroissiens (ou au moins chez leurs prêtres) à l’époque où fut érigé ce calvaire (1789). Il faut noter que la sainte de Paray-le-Monial avait associé le cœur du Christ au rayonnement du soleil, en partant de la position de l’hostie au centre de l’ostensoir (lui-même structuré comme un astre rayonnant autour de l’hostie). Cette mise en exergue de l’amour de Dieu est aussi une réplique aux thèses jansénistes qui faisaient de Dieu un censeur impitoyable. Un cas particulier est remarquable, celui du calvaire de Langoérat en Kermoroc’h (1585) dont le fût est orné des mains et des pieds percés du Christ, entourant son cœur. Le message est que, au sommet de la souffrance de Jésus, l’amour est central.

Fût de la croix Telle une hampe de bannière, le fût symbolise l’élan vers le Ciel, en même temps que le bois de l’arbre de Vie, donné pour arbre de mort… Il porte souvent des écots (on dit qu’il est écoté) qui sont comme les traces des branches coupées. Cependant, elles symbolisent parfois (pas toujours, soulignons-le) les bubons de la peste, et cela est pertinent par exemple à Plouaret (calvaire de Maudez) où une date d’érection coïncide avec l’épidémie : les fidèles ont érigé un calvaire comme une “barrière” contre le mal, une sorte de prière de pierre, pérenne donc, œuvre de la communauté paroissiale où chacun peut venir prier pour les siens. Dans bien des cas, les bosses ont simplement perpétué une tradition.

Orientation Traditionnellement, les Christ en croix sont tournés vers l’Occident. Les passants qui lèvent “les yeux vers Celui qu’ils ont transpercé” (Livre de Zacharie 12, 10) ont le regard tourné vers l’Orient. Bien souvent, hélas, au hasard des travaux routiers, cette orientation a été modifiée.

Socles. Parfois appelés “maces” ou “masses”, les socles sont les supports de la croix du calvaire, son assise. Ils symbolisent la colline du Crâne (ou Calvaire), lieu d’implantation de la croix du Christ. Parfois ils comportent deux étages, voire trois si l’on compte leur soubassement avec des marches. Dans certains cas, si le socle est assez large, il a pu servir de reposoir à l’occasion de processions, voire d’autel de plein air. Il y aurait un autre travail à consacrer aux socles dont les faces, et non plus les angles, sont historiés.

Conclusion : un triple Amour

Au moment de conclure, j’ai en mémoire tel modeste calvaire : un socle solide avec des sculptures de saints aux quatre angles, un fût qui rappelle une épidémie de peste, une croix se découpant sous la voûte du ciel. Un triple amour : celui des fidèles qui ont élevé ce monument en signe de foi, celui des saints qui nous ont transmis l’Évangile dans une exemplarité de vie plaçant Dieu à la portée des hommes ; enfin, au sommet, indiquant le chemin du Ciel : le Christ en croix, l’Amour crucifié, l’Amour vainqueur. Toute l’histoire du salut, en somme, dans cet élan de granit breton vers l’Esprit.

Bibliographie

Il s’agit uniquement des livres utilisés pour ce reportage. Dans les notices particulières, on trouvera des liens avec des articles en ligne.

BARBIER Pierre : Le Trégor historique et monumental, éd. Les Presses bretonnes, Saint-Brieuc, 1960, 546 pages.

CASTEL Pierre-Yves abbé, Altlas des Croix et Calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, 1980. Voir l’édition web : http://croixetcalvaires.dufinistere.org/

COUFFON René : Quelques notes sur Plouha, éd. Expressions, 1990, 137 pages.

DELESTRE Pierre : À la découverte des chapelles du Trégor, Lescuyer, Lyon, 1985, 136 pages.

FLOHIC-Éditions : Le Patrimoine des communes des Côtes-D’Armor, 1998, 2 tomes, 1344 pages.

HENRY François-Marie, missionnaire S.M.(mariste) : Dom Maudez le Cozannet, Le diocèse de Tréguier au début du XVIIIe siècle, Prud’homme, Saint-Brieuc, 1924, 302 pages;

LE BUHAN Jean-Paul : Les signes sur la pierre (les marques lapidaires des anciens tailleurs de pierre de Bretagne), Yoran Embanner, 2013, 358 pages.

LINTANF Jean-Baptiste et LÖRCHER Wolfgang : Les Calvaires de Quemperven, Neckar-Verlag, 2007, 64 pages.

PAGÈS Olivier : Croix et calvaires du Goëlo maritime, éd. Cercle culturel du Goëlo "Anjela Duval-Collège breton des Côtes du Nord, 1983, 288 pages.

PIRIOU Jean : Si Plouaret m’était conté, IMPRAM, Lannion, 1984.

QUENVEN Louis, ancien recteur de plouaret (signant parfois Kenven), articles du Bulletin Paroissial de Plouaret (années 1960), réunis en un même recueil.

SAUREL Jean : Croix en Trégor, éd. du Randonneur, Saint-Brieuc, vers 1985, 36 pages (beaucoup de dessins).