Mardi 20 novembre 2007

Reconnaissez l’œuvre de l’Esprit dans la vie des croyants

1 Jean 4, 2

Conférence prononcée dans le cadre du Congrès Ecclésia 2007.

Introduction

On nous l’a annoncé ; Ecclesia 2007 est à la fois un pèlerinage et un congrès. Cela confère à notre rassemblement une saveur particulière. Comme des pèlerins, nous acceptons de nous laisser déplacer géographiquement mais aussi plus intimement dans notre vie de croyant. Et comme des congressistes, nous devenons des interlocuteurs privilégiés les uns des autres. A moins que nous ne soyons des pèlerins fatigués par une longue nuit de trajet ou des pèlerins qui ont faim. A moins que nous ne soyons des congressistes condamnés à rester assis pour entendre d’autres parler. Mais non, nous sommes tous des pèlerins en congrès et c’est l’échange et la confrontation qui nous déplacent au delà de la fatigue et de la faim parce que nous avons soif de la parole de l’autre. Et au delà même du groupe, de la foule que nous formons, qui se forme elle-même dans ce bel échange, notamment dans le cadre des forums que nous venons de vivre, il est bon d’avoir pu également entendre la voix de ceux qui ne sont pas au milieu de nous et qui, à un moment de leur existence, ont pu considérer tel ou tel d’entre nous comme des interlocuteurs à qui adresser une parole, une demande, un service. Ils viennent d’être représentés par les témoignages que les organisateurs de Ecclésia 2007 nous ont fait entendre. Et c’est dans ce cadre que l’on m’a demandé de vous adresser une parole comme un participant que je suis de notre congrès pèlerinage, parce que chacun à notre niveau, chacun selon la responsabilité et la mission qui est la sienne mérite d’entendre une multitude de paroles et dans ce cadre je souhaite vous saluer comme des amis dans le Seigneur que nous sommes. Permettez alors de vous appeler ainsi : « Chers amis. »

Dans le Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France, nos évêques nous parlent de ceux qui frappent à la porte de l’Eglise, des personnes de tous âges, disent-ils, ayant souvent vécu des parcours fort différents. Ces personnes, nous les connaissons, parce que la part que nous prenons tous dans l’unique mission de l’Eglise nous les a déjà fait rencontrer. Ils s’adressent à nous pour des demandes plus ou moins précises ; mariage, baptême confirmation, obsèques, profession de foi etc. Ou pour nous partager une question sur la foi, sur la vie chrétienne, ou tout simplement sur la vie des hommes en ces temps qui sont les nôtres. Ces demandes, ces questions nous sont familières dans nos paroisses, dans nos aumôneries d’hôpitaux, de prisons, du monde scolaire, dans nos aumôneries d’étudiants, dans nos établissements d’enseignement catholique, dans nos mouvements, dans tous les champs de la mission dans laquelle et dans lesquels nous sommes engagés.

Je vous invite alors à prendre le temps de faire mémoire de ces personnes, de convoquer leurs visages, de vous souvenir de l’expression de leurs visages, de leurs regards, de leurs questions, de leurs angoisses et de leurs joies, du chemin parcouru avec eux. Ces personnes, nous les accueillons comme nous pouvons, tel que nous sommes au moment où il s viennent vers nous mais nous les accueillons. Et cet accueil est au cœur de notre mission. Il est pourtant difficile et les obstacles y sont nombreux qui engendrent des frustrations. Il y a un piège à éviter tout particulièrement. Celui que manifestent des expressions pourtant courantes : « Eux et nous ». Nous qui sommes dans l’Eglise, eux qui sont en dehors de l’Eglise, au seuil parfois. Ce piège risque de fausser la relation qui s’instaure en la plaçant dans une logique qui est presque marchande comme si nous avions un produit à leur vendre ; un mariage, des funérailles, une, deux, trois voire quatre années de caté, des années d’aumônerie à placer ou comme s’ils étaient des clients à fidéliser. Après la profession de foi, les tenir jusqu’à la confirmation, après le mariage, un engagement comme catéchiste, après le catéchuménat, une messe tous les dimanches. Cette logique marchande, bien sûr caricaturée ici, représente un vrai danger car elle fausse l’accueil auquel nous sommes invités, car elle dénature la relation qui existe entre des chercheurs de Dieu.

Il nous faut prendre conscience des enjeux de cet accueil, de la mission qui est la nôtre d’entrer avec ceux qui frappent à la porte de l’Eglise dans l’expérience chrétienne de se tenir debout dans la foi. Pour cela c’est peut-être la notion de porte de l’Eglise qu’il faut interroger. C’est aussi le regard que nous portons sur la démarche de ceux qui frappent à cette porte. Car dans ce regard se joue quelque chose de déterminant pour la mission de l’Eglise dans la société actuelle. Dans cette rencontre et dans cet accueil se joue l’essentiel qui nous engage en tant que croyant et qui engage toute l’Eglise. Alors pour éviter de croire que l’Eglise possèderait en propre un bien qu’elle aurait à distribuer, pour éviter de croire qu’elle pourrait choisir de le distribuer ou pas et à qui, il est fondamental de reconnaître celui qui frappe à la porte. Reconnaître, car c’est bien à une démarche de reconnaissance que nous sommes invités dans cette relation et ce dialogue. Et c’est de cette reconnaissance que je veux vous entretenir ce soir.

La reconnaissance dont je veux vous parler n’est pas avant tout un travail de mémoire. Il faut ici se méfier de l’étymologie trop rapide qui consiste à penser que le disgracieux « re » de reconnaissance implique une répétition. Prenons un exemple ; deux personnes se croisent dans la rue et se reconnaissent. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le fait qu’elles se soient connues avant. C’est le lien et la relation qui les unit. C’est ainsi que la reconnaissance n’est pas un travail de mémoire mais d’identification d’un lien. D’ailleurs celui qui va être reconnu, ne pensera pas qu’il est connu, ni célèbre, mais il se dira : « Je suis quelqu’un pour celui qui m’a reconnu ». Nous sommes bien loin ici d’une logique marchande. Nous sommes dans une logique du don gratuit, de la vérité d’une relation. Alors comment allons nous reconnaître ceux qui frappent à la porte de l’Eglise ou plus précisément, qui sont-ils pour nous ?

Pour répondre à cette question je vous invite à partir en reconnaissance ensemble, à découvrir

  • comment la reconnaissance est au cœur de foi qui est la nôtre, (1)
  • à considérer que cette reconnaissance nous fait entrer dans l’expérience chrétienne (2)
  • et enfin à en recueillir les fruits. (3)

1. Première étape : comprendre que la reconnaissance est en jeu dans l’accueil de l’autre est une reconnaissance qui est au cœur de l’acte de la foi.

Car dans la foi, celui que nous avons à reconnaître, nul ne l’a jamais vu, nous dit saint Jean, c’est un Dieu inconnaissable. Et la première étape de cette reconnaissance dans la foi consiste à reconnaître Jésus comme Christ et Seigneur. C’est tout l’enjeu de l’Evangile. Marc, par exemple, commence son évangile ainsi. « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » Mais dans l’évangile de Marc il faudra attendre quinze longs chapitres, avant que Jésus ne soit reconnu comme Fils de Dieu. Et ce sera au pied de la croix par un centurion de l’armée romaine : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » Bien sûr, au milieu de cet itinéraire que nous propose Marc, il y a cette question de Jésus : « Pour vous qui suis-je ? » Et la spontanéité de la réponse de Pierre : « Tu es le Christ ! » Mais, Jésus leur demande de n’en parler à personne. Pas avant la révélation de la croix et du tombeau vide. Car, tout de suite après, Jésus annonce sa mort, sa passion, sa résurrection. Il annonce ce qui va le manifester comme Christ et comme Seigneur, mais là plus personne n’y comprend rien. Et Pierre se met à morigéner, nous dit Marc. Il se voit alors interpellé par Jésus : « Arrière Satan, car tes pensées ne sont celles de Dieu mais celle des hommes. » Il semble bien difficile de reconnaître Jésus pour ce qu’il est. C’est la remarque qu’il fait à Philippe au début de l’évangile de Jean. « Je suis avec vous depuis si longtemps et cependant tu ne m’as pas reconnu. » Car connaître Jésus en vérité, c’est le reconnaître comme Christ et Seigneur.

Le passage de l’évangile le plus parlant pour comprendre ce qui est en jeu ici est sans doute celui dans lequel Luc nous raconte la rencontre entre le Ressuscité et deux disciples qui font route vers Emmaüs. Ces deux hommes avaient placé leur espoir en Jésus et cet espoir est déçu. Ils parlent de cela en chemin jusqu’à ce que Jésus les rejoigne, mais, nous dit Luc, leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Pour parvenir à la reconnaissance, il va falloir faire un bout de chemin, sur la route des hommes, dans la Loi et dans les prophètes. Mais si les deux disciples qui marchaient vers Emmaüs reconnaissent Jésus, c’est parce que Jésus, constatant que leur esprit est sans intelligence, que leur cœur est lent à croire, ne leur apporte pas d’explication mais se donne lui-même à eux. Jésus rompt le pain et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnaissent. Les yeux s’ouvrent, les esprits sans intelligence, les cœurs lents à croire mais déjà tout brûlants reconnaissent enfin celui qui les accompagne, celui qui disparaît dans l’acte de se donner. Sur la route d’Emmaüs, nous comprenons ainsi que la reconnaissance de Jésus comme Christ n’est pas l’œuvre de l’esprit des hommes. Elle est l’œuvre de Dieu qui se donne.

C’est la deuxième étape de la reconnaissance au cœur de foi chrétienne. Elle est une grâce. Elle est un don de l’Esprit Saint à l’œuvre dans le cœur des hommes. Elle est finalement, comme nous en parlait Mgr Dufour ce matin, un fruit de la Pentecôte. A la Pentecôte, l’Esprit est donné en surabondance et les douze, d’apeurés qu’ils étaient, deviennent fermes dans la foi, annonçant les merveilles de Dieu. Au cœur de cette annonce de la Pentecôte, il y a Pierre qui prend la parole pour dire que ce Jésus qui a été livré, ce Jésus qui a été crucifié par la main des impies, ce Jésus, dit Pierre, Dieu l’a ressuscité. Et il le fait en ces termes : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié. » Permettez-moi de traduire, de manière peut-être un peu triviale, cette séquence des Actes des Apôtres. « Vous connaissiez Jésus, reconnaissez maintenant le Christ et le Seigneur, recevez l’Esprit de reconnaissance. » Nous entrons cependant dans la difficulté de la reconnaissance au cœur de la foi. Car il va en plus nous falloir reconnaître l’Esprit à l’œuvre, reconnaître cette dynamique dont nous parle St Paul dans sa lettre aux Romains : « L’Esprit de Dieu habite en vous. » L’Esprit de Dieu en nous est une œuvre de révélation qui nous travaille au corps et au cœur, dans les gémissements d’un enfantement nouveau.

C’est la troisième étape de cette reconnaissance, l’œuvre de l’Esprit qui nous fait crier : « Abba, Père. » L’Esprit se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. L’Esprit donne donc la grâce de reconnaître Dieu comme Père. Et cet Esprit est le même que celui qui nous fait reconnaître Jésus comme Christ et Seigneur, puisque, nous dit St Paul nul ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n’est par l’Esprit Saint. L’Esprit est donc bien un Esprit de reconnaissance. Mais il faut prendre conscience que cela implique une invitation. Parce que, qu’est-ce que c’est qu’être croyant ? Eh bien, être croyant, c’est consentir à l’œuvre de l’Esprit. Mais en présentant les choses ainsi, il faut dire que, ne pas être croyant, ce n’est pas manquer de cet Esprit. St Paul nous le dit clairement dans le huitième chapitre de sa lettre aux Romains. « C’est la création tout entière qui gémit dans les douleurs de l’enfantement. » Il n’y a donc pas d’un côté les croyants qui vivent selon un Esprit reçu et de l’autre, les incroyants, ceux à qui manquent cet Esprit. Non, l’Esprit de reconnaissance est à l’œuvre en tous. Les croyants sont simplement ceux qui ont reconnu cette œuvre et qui y consentent. Ainsi, si notre foi, si notre adhésion au Christ est bien une grâce, elle ne nous sépare pas du reste des hommes. Vatican II nous le rappelle lorsqu’il affirme que Dieu s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis. Dieu s’adresse aux hommes, pas aux croyants comme à des amis. Et c’est ce que dit ce même concile, lorsqu’il parle du mystère de l’Eglise. Je cite la Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium dans son numéro 2. « Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté … Il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine » Elever les hommes, tous les hommes, depuis la création du monde qui les fait reconnaître tous comme étant à l’image de Dieu, élever tous les hommes à la communion, pas seulement les chrétiens.

Ayant parcouru ces trois étapes de la reconnaissance au cœur de l’acte de foi ; reconnaître Jésus comme Christ et Seigneur, consentir à l’œuvre de l’Esprit de reconnaissance et reconnaître Dieu comme Père, nous pouvons envisager comment tout cela nous fait entrer dans l’existence et l’expérience chrétienne.

2.
Croire c’est donc reconnaître. Mais cette reconnaissance n’est plus seulement une identification. Elle institue, elle est donc une renaissance. Et pour cette renaissance, il faut tout d’abord se reconnaître face à Dieu. Car reconnaître Dieu comme Père, c’est bien se reconnaître soi-même comme fils. Et cette reconnaissance nous fait bien accéder à un statu nouveau. C’est donc notre identité profonde qui est engagée. Et elle l’est selon plusieurs modalités. Il s’agit tout d’abord de se placer devant le Dieu créateur pour se reconnaître créature, une créature finie, limitée, pauvre. Il s’agit aussi de se placer devant le Dieu Sauveur pour se découvrir pécheur, un pécheur pardonné et justifié par le Christ. Et c’est se reconnaître créature et pécheur qui nous situe avec justesse face à Dieu, pas par misérabilisme, par grâce, la grâce d’être reconnu comme des fils par un Dieu qui nous attend, par un Dieu qui nous désire, la grâce d’être reconnu par le Père. Elle est une grâce inouïe et bouleversante. Elle nous est donnée gratuitement depuis la création du monde et nous sommes appelés à en vivre.

Dans ce cadre, la reconnaissance est également une reconnaissance de l’autre, pour qu’il puisse se réaliser pleinement comme autre, sous notre regard comme sous le regard du Père. Et c’est le reconnaître comme un frère à aimer. Reconnaître Dieu en l’autre c’est discerner en lui l’œuvre de l’Esprit des fils. Et ce discernement nous rend responsables, devant le Christ, de l’autre. C’est un peu comme au jugement décrit par Matthieu au chapitre 25e de son évangile. Nous sommes appelés à reconnaître l’Esprit des fils de Dieu dans celui qui a faim, dans celui qui a soif, dans celui qui est étranger, dans celui qui est nu, dans celui qui est malade, celui qui est en prison, dans tout homme dont nous découvrons de manière également bouleversante que sa responsabilité nous incombe. Nous sommes alors appelés devant tous au respect, à l’estime et à la révérence. C’est dans ce regard que nous portons, que nous pouvons honorer le légitime désir de l’autre d’être reconnu, car finalement, l’histoire de chacun se joue dans le besoin d’être reconnu sans limite et sans condition. Et cette reconnaissance est de notre responsabilité car c’est de nous seuls qu’elle dépend. Alors comment allons reconnaître l’autre ? Comme un inconnu ? Comme un étranger ? Comme un compagnon ? Comme un ami ? Comme un frère ?

Dans cette reconnaissance, il est finalement question de visitation. Parce l’Esprit parle à notre esprit pour faire de nous les témoins des merveilles de Dieu en l’autre, en tout autre et cela lui confère une dignité. Une visitation car c’est bien ce qui arrive à Marie et à Elisabeth au début de l’évangile de Luc. Deux cousines se retrouvent mais quand la rencontre a lieu, ce sont plus que des cousines qui se saluent. L’enfant qui grandit dans le ventre de la femme stérile tressaillit et Elisabeth se laisse alors guider par l’Esprit Saint pour reconnaître en Marie, une femme bénie entre toutes les femmes, pour reconnaître en Marie la mère du Sauveur. C’est en fait Jean-Baptiste qui reconnaît Jésus et qui entraîne sa mère avec lui. Mais c’est bien cela qui fait accéder Marie à un statu nouveau. Elle devient celle qui a cru. Et ce n’est pas au moment de la visite de l’ange que cela se passe. C’est par la reconnaissance d’Elisabeth que Marie peut laisser se déchaîner les grandes tempêtes de l’Esprit : « Magnificat ! » C’est par la reconnaissance d’Elisabeth que Marie peut chanter les merveilles de Dieu comme un jour de Pentecôte.

Et nous découvrons alors une troisième modalité de la reconnaissance dans notre vie chrétienne. Ce n’est plus seulement se reconnaître face à Dieu, ce n’est plus seulement reconnaître Dieu en l’autre, c’est se tenir dans l’action de grâce. Car la révérence due à l’autre en qui l’Esprit de Dieu est à l’œuvre, implique de ne pas se contenter d’admirer le don de Dieu mais de chanter la grâce du donateur. Nous sommes alors invités à nous tenir dans la gratitude. Il y a là un travail de discernement des merveilles de Dieu et une exaltation de ce Dieu qui se donne et la reconnaissance est d’ailleurs sans doute la meilleure traduction du terme eucharistie. Nous exprimons à celui qui se donne notre reconnaissance débordante pour le don qu’il nous fait, à nous, à chacun de nous et à nos frères. La grâce de la reconnaissance va jusque là. Elle nous traverse, elle nous transporte dans l’action de grâces. Et l’esprit Saint prie et chante en nous la gloire du Père. C’est lui qui nous rend capables de nous tenir face à Dieu pour chanter sa louange. Ce même Esprit, c’est lui qui rend toute gloire au Père dans le Christ. Et nous découvrons alors la dimension doxologique de la reconnaissance. Elle est par le Christ, avec lui et en lui, à lui, Dieu le Père tout-puissant dans l’unité du Saint Esprit auquel nous rendons tout honneur et toute gloire.

Cette dimension doxologique pourrait achever notre parcours. Je vous remercie déjà de m’avoir suivi sur ce chemin mais il nous reste à en recueillir les fruits.

3.
Ce parcours nous a permis de découvrir que l’accueil de l’autre, de celui qui frappe à la porte de l’Eglise n’est pas guidé par un souci d’efficacité mais que notre foi y est engagée. Dans la gratuité de cet accueil, nous ne sommes pas en train de brader la foi, nous sommes en train de la mettre en pratique. Encore faut-il que nous puissions vérifier que c’est bien la foi que nous sommes en train de mettre en pratique. La première vérification est nécessairement ecclésiale, puisqu’il y a un « nous » qui s’engage dans ce dialogue mais ce nous n’est pas le nôtre, nous qui serions des croyants accomplis face à eux qu’il conviendrait de faire advenir à la foi comme nous. Non, ce « nous » est celui de l’ensemble des fils de Dieu qui sont invités à consentir à l’œuvre de l’Esprit en eux. Dans ce dialogue, le « nous » ecclésial est engagé car c’est bien une communauté qui accueille. Mais il n’est jamais exclusif, car il implique la reconnaissance de l’autre comme frère. Et cette reconnaissance désigne un dialogue de grâce auquel nous sommes invités, un dialogue qui institue l’Eglise. Mais il nous faut remarquer que c’est un dialogue à trois. Il y a Dieu, il y a celui qui est reconnu comme frère et il y a l’Eglise. Et dans ce dialogue à trois, l’Eglise n’est pas un intermédiaire entre Dieu et l’homme. Elle est un double témoin. Elle est témoin devant les hommes de la grâce de Dieu. Elle est témoin du fait qu’il est possible et que c’est une source de joie de se tenir dans la foi comme des hommes et que cette foi nous fait vivre. Et l’Eglise est témoin devant Dieu de l’Esprit qui est à l’œuvre dans ce monde pour en rendre gloire. Et là encore, nous pourrions convoquer une dimension de l’Eucharistie pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

L’Eglise ne prie pas pour elle. Elle est celle qui prie face à ses deux interlocuteurs privilégiés. La reconnaissance à laquelle nous sommes appelés, nous convertit ainsi, en nous faisant découvrir que nous sommes précédés en l’autre par l’Esprit et cette reconnaissance c’est bien alors de chercher, comme le disent les évêques français dans le Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France, l’attente, le désir de Dieu qui a déjà été éveillé par l’Esprit Saint avant même que ne commence le travail catéchétique. Dans notre accueil, nous ne recevons pas une brebis perdue qu’il conviendrait de faire entrer dans le rang. Nous accueillons un frère et il frappe à la porte. Mais cette porte, elle possède des propriétés physiques insoupçonnées. Car cette porte, c’est le Christ. « Moi, je suis la porte, nous dit Jésus. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. » Une propriété physique un peu particulière, parce que cette porte-là n’implique pas qu’il y ait un dedans et un dehors. Cette porte qu’est le Christ, refuse même que l’Eglise soit un champ clos, une forteresse dressée face au monde pour nous en protéger. Car Jésus dit : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. Il entrera et il sortira et il trouvera un pâturage. » Le Christ est la porte et nous passons par lui, mais dans cette vie nouvelle inaugurée par le passage baptismal, nous ne sommes pas retirés du monde. Et ceux qui frappent à la porte sont déjà des hommes et des femmes qui répondent à l’appel de Dieu, quelles que soient les médiations parfois surprenantes que notre Seigneur peut prendre pour adresser son appel.

Ainsi l’enjeu de la rencontre et du dialogue n’est pas de faire rentrer quelqu’un qui serait éloigné. L’enjeu c’est que tous se disposent à l’œuvre de l’Esprit que le Christ nous envoie au nom du Père. Et celui qui frappe à la porte, nous le recevons comme un frère et nous entamons avec lui, un dialogue qui nous convertit tous, en nous faisant entrer dans un monde nouveau dont nous ne sommes pas les maîtres, mais qui traversent nos existences, un dialogue qui nous convertit parce que le premier à être accueilli, c’est l’Esprit qui est à l’œuvre. Ce dialogue, c’est le temps de la foi reçue, de l’appel de Dieu à partager sa propre vie. Et ce dialogue n’est qu’inaugural et il trouve sa pleine manifestation dans le dialogue liturgique qui nous fait reconnaître la présence du Seigneur. « Le Seigneur soit avant vous. »

Au terme de cette rencontre et au cœur de cet accueil, nous devons laisser notre frère chanter son magnificat, fut-il un gémissement ineffable. Nous, nous serons des Elisabeth, des stériles qui enfantent et nous nous réjouirons de la joie de Dieu, alors que monte le chant de celui qui est venu nous visiter.