Jeudi 9 février 2017

Retour sur la conférence de Grégoire Ahongbonon, au plus près des personnes en souffrance psychique

Grégoire Ahongbonon parcourt le Bénin et la Côte d’Ivoire à la recherche de personnes malades psychiques, condamnés à vivre enchaînés et souvent exclus de la société, loin de tous. A travers l’association Saint-Camille-de-Lellis qui’il a fondé en 1993, il réintègre ces malades à travers des centres d’accueil dont le premier a ouvert ses portes l’année suivante au CHU de Bouake (Côte d’Ivoire).

En 1998, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décerné à Grégoire Ahongbonon le Prix mondial de la lutte contre l’exclusion sociale. « Tant qu’un homme est enchaîné quelque part, c’est l’humanité toute entière qui est enchaînée », tel est son slogan.

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Grégoire Ahongbonon

Mercredi soir, de nombreuses personnes se sont déplacées pour écouter le témoignage de Grégoire Ahongbonon lycée du Sacré-Cœur à Saint-Brieuc. Mgr Denis Moutel, qui a eu la chance de se rendre au centre Camille de Lellis à Bouake, en Côte d’Ivoire, a introduit cette soirée en soulignant qu’il y avait « un récit à entendre et une expérience à recevoir ».

Pendant près de deux heures, Grégoire Ahongbonon est revenu sur son travail auprès des personnes en souffrance psychique. « Tout le monde passe à côté d’eux sans les voir. Moi-même je ne les voyais pas ! Les malades mentaux sont considérés comme des déchets au milieu de la société. Nous avons oublié l’accueil et le respect du patient. » Petit, Grégoire Ahongbonon raconte que Dieu était sa seule référence dans la vie. Mais à force de gagner trop d’argent par son activité professionnelle florissante, celui-ci a tourné le dos à l’Église. « Quand j’étais jeune, j’étais un des seuls de mon âge à pouvoir m’offrir une voiture ! Mais quand j’ai commencé à tomber dans la dépression (par la faillite de son entreprise, ndlr) , j’ai tout perdu et j’ai commencé à avoir une vie misérable. Tout le monde m’a tourné le dos. » Cette souffrance lui a permis de retrouver le chemin de l’Église où un prêtre l’a écouté et soutenu dans son épreuve. « Aujourd’hui, mon souhait est de vivre l’Évangile. Comment mettre l’Évangile en pratique ? »

Grégoire avec les prêtres béninois du diocèse et Mgr Denis Moutel -  voir en grand cette image
Grégoire avec les prêtres béninois du diocèse et Mgr Denis Moutel

Aller à la rencontre des malades mentaux

La création du premier centre d’accueil et de réinsertion a été « un miracle » pour Grégoire Ahongbonon. « Ce n’est pas la faute des familles de les enchaîner. Elles ne savent pas quoi faire. En Côte d’Ivoire, il n’y a que deux hôpitaux psychiatriques et au Bénin, il n’y en a qu’un ! Nous sommes allés jusque devant les tribunaux pour dénoncer [ce système] mais à chaque fois, on nous a répondu : ’Mais ils sont fous ! Qu’est-ce qu’on peut faire ?’ La maladie mentale est le dernier des soucis des autorités. » Généralement considérés comme possédés par le Diable ou subissant une forme de sorcellerie, la population a peur des malades mentaux. « On nous dit que les malades mentaux sont dangereux mais ils ne le font pas exprès, ils ne savent pas ce qu’ils font. On leur prête tous les maux pour mieux les abandonner. J’ai compris que c’était des hommes, des femmes et des enfants qui cherchaient à être aimés. Le vrai bonheur, c’est quand vous arrivez à vous tourner vers l’autre », explique Grégoire Ahongbonon.

Ce dernier a souligné avec force l’implication de l’Église auprès des personnes en souffrance psychique, rappelant que l’Esprit Saint l’accompagnait au quotidien et lui donnait la force d’agir. « Heureusement que l’Église réagit et nous donne les moyens d’avancer. Les évêques du Bénin ont su se mobiliser. Nous vivons quelque chose qui nous dépasse tous. Priez pour moi parce que ce que je vis me dépasse. Si Dieu ne m’insufflait pas ces actes, je ne pourrai pas le faire. Dieu s’occupe des êtres les plus pauvres. » Mgr Denis Moutel a conclu l’intervention de Grégoire Ahongbonon en le remerciant d’avoir « brisé ces chaînes de bien des manières ». « Merci de nous avoir bougés, vous avez sollicité l’engagement de notre prière. »

Reportage sur « ces oubliés » - partie 1

Reportage sur « ces oubliés » - partie 2

Le hasard du calendrier veut que la conférence de Grégoire Ahongbonon coïncide avec le Dimanche de la santé, le 02 février, en lien avec la Journée mondiale du malade.

Dans le diocèse de Saint-Brieuc :

  • Mouvement Amitié Espérance : pour les personnes en souffrance psychique.
    Responsable  : Sophie Bahé au 02 96 15 45 14
  • Association Relais Lumière Espérance : pour la famille des personnes malades.
    Responsable  : Roland Allouis au 02 96 72 51 72

* N’hésitez pas à les contacter si vous désirez intégrer un groupe de parole ou devenir bénévole auprès de ces pôles.