Jeudi 1er janvier 2009 — Dernier ajout mardi 30 décembre 2008

Roues à carillon et autres roues de rencontre

Les registres paroissiaux qui consignaient baptêmes, mariages et sépultures, servaient parfois aux rédacteurs de recueils de sentences morales, de pages test de calligraphie ou d’éphémérides. Ils y notaient à l’occasion les événements graves ou singuliers de la paroisse (épidémies, guerres, baptêmes de cloches ou de chapelles…), ils y consignaient quelquefois les cantiques ou les usages liturgiques locaux, plus rarement ils y faisaient figurer des relevés de plans de bâtiments où des dessins divers. Dans ceux de Trévérec ( Archives 22, année 1763, mariages), le recteur L. Jégou nous a de la sorte conservé, par le croquis, le souvenir d’une roue à carillon, d’une roue de rencontre et d’une lampe pneumatique aujourd’hui disparues des inventaires de l’église paroissiale.

On a déjà beaucoup disserté sur les roues à clochettes des églises (Je renvoie le lecteur aux études parues dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1835, tome IX ; le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1892, p 117 ; le Bulletin de la Société Archéologique de Bordeaux, t. XVII, 1892, p. lxxvii ; la Revue de Bretagne, 1909, t. 41, 1er semestre, p.70 ; etc. ). On les appelle aussi, selon les régions, roues à carillon, roues de fortune ou roues de gloire. Elles sont de diamètre divers et comportent le plus souvent douze cloches. Elles étaient utilisées lors des baptêmes, mariages, pardons et moments festifs. Pour obtenir une guérison, les fidèles venaient parfois l’actionner : en l’église de Confort-Meilars (Finistère), on la faisait tourner au-dessus de la tête des enfants qui tardaient à parler.

Beaucoup veulent y voir la perpétuation d’un culte solaire, celtique, germanique ou scandinave. La répartition géographique de cet instrument rend cependant la théorie problématique. Une soixantaine de roues de ce type sont répertoriées en France, dont une vingtaine dans les Pyrénées orientales. On en trouve aussi en Savoie, en Bourgogne, dans le Roussillon, mais également en Allemagne, en Espagne, au Portugal et jusqu’en Sicile.

Roue à carillon, Trévérec, 1763 -  voir en grand cette image
Roue à carillon, Trévérec, 1763

L’explication liturgique est plus probable. Ces roues à carillon avaient une fonction équivalente aux sonnettes ordinaires de l’autel que l’on actionne au moment de l’élévation et que l’on agitait aussi autrefois pour annoncer une bénédiction ou le début de l’office. D’ailleurs, en certaines régions, on les appelait « rouets liturgiques ». Bien entendu, localement un certain nombre d’entre-elles on pu faire l’objet de croyances et de pratiques particulières.

En Bretagne, selon Hervé du Halegouët (Revue de Bretagne, 1909), il en existait à Pouldavid (église Saint-Jacques), Landrévarzec (chapelle de Quilinen), La Forêt-Fouesnant, Plonevez-du-Faou (Saint-Herbot), Berhet (Notre-Dame de Confort), Quemperven (église), Bulat (Saint-Tugdual) Ploermel (chapelle Saint-Laurent), Quéven (chapelle de la Trinité). Sept autres sont toujours visibles en Côtes d’Armor à Locarn (diamètre 1,10, bois, bronze et fonte), Magoar (diamètre 80 cm), Kerrien (la plus petite roue conservée en Bretagne, 0,60), Saint-Nicolas-du-Pelem (chapelle Notre-Dame du Rouellou), Laniscat (diamètre 1 m) ; en Finistère à Confort-Meilars (église paroissiale, diamètre 1,75 m) ; en Morbihan à Priziac (Saint-Nicolas). Mais nul n’a jamais mentionné celle de Trévérec qui peut, après tout, être demeurée à l’état de projet. Elle mesurait 3 pieds 3 pouces de diamètre (soit un mètre environ). Elle comportait le nombre inhabituel de 15 cloches. Je laisse le soin aux cryptographes d’en découvrir le sens caché, et aux musicologues celui de déchiffrer les portées à quatre lignes.

Roue de rencontre, Trévérec, 1763 -  voir en grand cette image
Roue de rencontre, Trévérec, 1763

Pour ce qui est de la « roue de rencontre », mon ignorance est encore plus grande, malgré la description technique qui accompagne le croquis : « Roüe à 156 dents qui engrainant (avec ?) un pignon de douze ailes ne feroit qu’un tour par 24 heures et rendroit L’angelus mobile et d’accord avec le couché et levé du soleil pendant l’année ». Je fais appel aux liturgistes-mécaniciens-horlogers-cosmographes susceptibles de m’éclairer, comme à tous ceux qui voudront bien m’informer sur les traditions liées, jadis ou naguère, à ces singuliers objets du culte.

Vos témoignages

  • Le Goff, Hervé 7 janvier 2009 14:23

    Jef Philippe m’a fait remarquer que « rencontre » dans l’expression « roue de rencontre » signifiait probablement « engrenage dans le français de l’époque », et m’indique à ce propos un site fort éclairant :

  • Jean Paul Favreau 2 janvier 2009 09:05

    Bonjour et bonne année 2009.
    Merci pour votre intéressant article.
    Si vous voulez voir tourner la roue de Confort en Meilars, allez sur mon site http://www.porslanvers.eu
    JP Favreau

    • Roues à carillon et autres roues de rencontre 6 janvier 2009 19:59, par Le Goff, Hervé

      Merci pour la connaissance de votre site et votre carte postale sonore. Elle me conduit à vous poser deux questions : pensez vous que l’existence d’une roue de ce type à Confort (Berhet) en Trégor et Confort en Meilars soit un simple hasard ?
      D’autre part, la mélodie jouée à Meilars est-elle identifiable, connue, notable ? Je ne suis pas assez musicien pour pouvoir noter d’oreille. Mais l’air joué n’est probablement pas aléatoire. Vous avez remarqué sur le dessin de la roue (virtuelle !) que la note de chaque clochette est indiquée, ainsi que la mélodie (!) mais sur une portée à quatre ligne et une clef que je ne connais pas. Alors si vous étiez aussi historien de la musique…
      Je vous souhaite une heureuse et sainte année 2009.