Samedi 22 janvier 2005 — Dernier ajout jeudi 30 novembre 2006

Samson Garnier

Prêtre
1800-1827-1872
Fondateur et Directeur
de l’Institution des Sourds-Muets de Saint-Brieuc

L’œuvre de l’abbé Garnier fut tout entière consacrée à l’éducation des sourds-muets. Simple vicaire de campagne, le futur fondateur de l’Institution des Sourds-Muets de Saint-Brieuc ne s’aveuglait pas sur les difficultés de l’entreprise ; mais il alla, confiant, n’ayant pour toutes ressources que son ardente charité, grâce à laquelle il surmonta tous les obstacles. Durant toutes ces années, il eut, il est vrai et c’est justice de le dire, un précieux concours dans la communauté des Filles de Sainte-Marie de Broons.

Les prémices de l’œuvre, à Plestan puis Lamballe

Il semble que l’abbé Garnier sut très tôt la mission qu’il aurait à réaliser durant sa vie sacerdotale. Voici, relatés par lui, les prémices de son œuvre : « Dès 1828, je trouvai un vieux sourd-muet dans la paroisse où je fus placé vicaire, et sa vue me fit mal. J’avais appris que l’abbé de l’Epée avait fondé une école de sourds-muets, et je lui enviais non pas sa gloire, mais son bonheur de pouvoir être utile à ces infortunés. Mais tout se bornait encore à des désirs que je regardais comme inutiles, ne me croyant pas capable de pouvoir jamais apprendre une méthode qui devait être si difficile. Seulement, après avoir cherché plusieurs fois à lier avec lui quelque conversation, je me retirais affligé jusque dans le fond de l’âme de n’avoir pu rien comprendre ni probablement rien fait comprendre ».

En 1837, l’abbé Garnier fut nommé dans la commune de Plestan, comme vicaire chargé du gouvernement de la paroisse. L’une de ses sœurs, entrée dans la communauté du Bon Sauveur de Caen, qui se vouait à l’instruction des sourds-muets, faisait sa profession religieuse au mois de juin de cette année. Il fut invité à prêcher cette profession et se rendit à Caen. Là, il visita l’établissement des sourds-muets, poussé par le désir d’acquérir quelques notions lui permettant d’instruire de la religion un jeune sourd-muet de Plestan.

A son retour de Caen, l’abbé Garnier eut l’occasion d’aller à Broons chercher des religieuses de Sainte-Marie qui devaient tenir une école à Plestan. Là, il parla de son récent voyage, de sa visite aux sourds-muets et de l’espérance qu’il en avait rapportée de pouvoir instruire son petit paroissien. Les religieuses lui dirent alors qu’à Broons aussi il y avait une petite sourde-muette et qu’il ferait une grande charité en l’instruisant. Il y consentit et emmena l’enfant avec les religieuses à Plestan. Cette jeune fille fit, en cinq ou six mois, des progrès tellement rapides, que l’abbé Garnier ne crut pas devoir abandonner son œuvre. C’est alors qu’il forma le projet de fonder à Plestan même, une école de sourds-muets. Il fit part de son dessein à Mgr l’Evêque et à M. le Préfet, qui l’assurèrent de leur bienveillant concours, puis il ouvrit cette école le 1er janvier 1839. Il n’eût tout d’abord que deux élèves puis, au mois de mai suivant, il en avait douze, dont six aux frais du département. Le Conseil général lui avait alloué une somme de 1500 francs.

Occupé tout à la fois du ministère pastoral et de l’instruction des sourds-muets, l’abbé Garnier mit dans cette institution naissante tout ce qui ne lui était pas indispensablement nécessaire de son traitement et de ses autres honoraires. Il résolut d’abandonner tout le reste, toutes ses chances d’avenir, et de s’occuper exclusivement de ces infirmes qu’il avait adoptés et qu’il appelait ses enfants.

Les rapides accroissements de cette école étonnèrent même son fondateur. Le local qu’il occupait à Plestan ne lui permettant pas d’admettre tous les élèves qu’on lui présentait, l’abbé Garnier prit le parti de transférer son établissement à Lamballe. Il y trouva un logement tout à fait convenable : le Vieux-Château ; maison assez vaste, bâtie sur les ruines de l’ancienne demeure des ducs de Penthièvre, ayant une cour très spacieuse et un beau jardin, située au milieu des promenades de la ville, à quelques pas de l’antique église Notre-Dame.

C’est là que l’œuvre prospéra. Samson Garnier, en 1844, s’adjoignit pour l’aider, un jeune prêtre, M. l’abbé Quémar, et se réserva la surveillance et l’administration de sa maison. En même temps, il s’appliquait à la composition d’une méthode d’enseignement et d’un cours méthodique de langage figuré.

1855 : l’installation à Saint-Brieuc

En 1850, l’établissement de Lamballe était devenu notoirement insuffisant. Il fallut donc songer à bâtir : mais les ressources manquaient.

Il fut alors envisagé de déplacer l’institution à Saint-Brieuc, grâce à la concession d’un terrain offerte par M. Auffret de Guélambert (terrain situé boulevard Carnot, près du chemin de fer et de la future rue Abbé Garnier). Mais cette concession, quelqu’avantageuse qu’elle fut, ne fournit pas les moyens de construire les bâtiments indispensables. L’établissement, malgré le désintéressement de ses maîtres, ne permettait pas, non plus, de faire, sur son maigre budget, des économies. C’est pourquoi ne pouvant à lui seul exécuter tout le bien qui restait à faire, l’abbé Garnier s’adressa avec confiance à tous ceux qui s’intéressaient à la réhabilitation d’êtres que la nature avait déshérités. Il n’eut pas à s’en repentir, car la presque totalité des habitants le dédommagèrent, par l’intérêt qu’ils prirent à son œuvre et à ses fatigues.

Monsieur Chevalier, entrepreneur à St-Brieuc, voulut bien se charger -sans autre caution que la charité publique- d’exécuter le plan de construction donné par Monsieur Guépin, architecte du département. Les travaux commencèrent aussitôt et le lundi 8 novembre 1852, Mgr Le Mée, évêque de St-Brieuc et Tréguier, accompagné de ses grands-vicaires et de nombreux ecclésiastiques, bénit la première pierre de l’édifice.

Les besoins de l’œuvre ne demandant pas à ce moment et ne devant pas de longtemps demander l’exécution entière du plan établi, le généreux entrepreneur se borna à environner de murs les 2/3 du terrain, à y construire un des corps de bâtiments, séparé au milieu en deux parties, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, et la chapelle, dont l’intérieur resta inachevé.

Par arrêté du 8 avril 1854, le préfet autorisa l’abbé Garnier à organiser dans tout l’Empire, une loterie de bienfaisance au capital de 100.000 francs, à réaliser au moyen de cent mille billets à un franc, le résultat du produit devant être annexé à la construction de l’établissement des sourds-muets de Saint-Brieuc.

Au mois de septembre de la même année, une nouvelle circulaire du préfet fut adressée à tous les maires du département pour leur recommander tout spécialement l’œuvre des Sourds-Muets.

Enfin, les constructions s’élevèrent rapidement et permirent à l’abbé Garnier avec tous ses élèves, de venir s’installer dans la maison neuve de St-Brieuc au mois d’août 1855, même si l’établissement n’était pas encore terminé.

Malgré les efforts de l’abbé Garnier, les difficultés financières l’empêchaient de développer son œuvre comme il le souhaitait. En 1858, cinquante élèves fréquentaient cette maison ; elle eut pu facilement en contenir le double ; malheureusement le budget ne permettait pas de répondre aux demandes d’admission de nouveaux élèves qui ne pouvaient payer entièrement le prix de la pension. Les aides gouvernementales étaient donc toujours les biens venues. Le 25 août de la même année, le conseil général vota 9900 francs pour l’entretien de 30 bourses à l’institut des Sourds-Muets et appela toute la sollicitude du gouvernement sur cet établissement « qui éprouvait des embarras financiers qu’il lui serait bien difficile de surmonter sans son secours ».

D’après un compte-rendu d’inspection fait en 1863, l’institution des Sourds-Muets de Saint-Brieuc était signalée comme un des meilleurs établissements spéciaux qui existaient en France. « Cette situation, disait le ministre de l’Intérieur, est due en très grande partie au dévouement et aux lumières du directeur, l’abbé Garnier, qui n’a épargné ni ses ressources, ni son crédit personnel, pour assurer l’avenir de l’école qu’il a fondée. La persévérance de ce respectable ecclésiastique, ajoutait-il, trouve maintenant sa récompense dans les sympathies que son œuvre s’est acquise de toutes parts et dans les résultats qu’elle a produits ».

En récompense de son dévouement, Mgr David le nomma, le 12 août 1865, chanoine honoraire de sa Cathédrale ; de son côté, le gouvernement lui décerna la croix de la Légion d’honneur, à l’occasion de la fête nationale du 15 août 1867.

L’abbé Garnier succomba le vendredi 27 décembre 1872, à une attaque d’apoplexie, qui l’avait frappé la veille à son lever. On lui fit des obsèques solennelles. A l’issue du service funèbre, le convoi reprit le chemin de l’établissement des Sourds-Muets, où l’inhumation eut lieu dans la chapelle.

Durant les années qui suivirent le décès de l’abbé Garnier, l’Institution des Sourds-Muets de Saint-Brieuc prospéra de plus en plus, les départements des Côtes-du-Nord et du Morbihan y entretenant de nombreux élèves des deux sexes.

Cependant, les événements politiques qui marquèrent le début du 20e siècle furent beaucoup moins favorables à l’institution. A la suite de la loi de séparation, l’établissement fut mis sous séquestre comme faisant partie de la mense épiscopale. Un décret de dévolution fut publié par le Conseil général des Côtes du Nord le 20 août 1911. Cela signifiait la spoliation et la laïcisation de l’établissement.