Samedi 23 octobre 2004 — Dernier ajout jeudi 30 novembre 2006

Sœur Celina-Joseph

Sœur Célina-Joseph (Jeanne Le Bouffo) 1854-1934

Supérieure Générale de la congrégation des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition Missionnaire à travers le monde.

Sœur Célina-Joseph
(Jeanne Le Bouffo)
1854-1934

Supérieure Générale
de la congrégation des sœurs de
Saint-Joseph de l’Apparition
Missionnaire à travers le monde

« Allez dans toutes les parties du monde au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, instruire et élever la jeunesse, soigner les malades, assister les pauvres, consoler les affligés et, pour réussir cette immense tâche, restez unies ».
Sœur Célina-Joseph, 1932

Le dimanche 20 juin 2004, en présence de Mgr Fruchaud, les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ont célébré les 150 ans de la naissance de Mère Célina Le Bouffo.

La figure de cette religieuse originaire des Côtes d’Armor a marqué plusieurs générations de sœurs de la congrégation. Elle a été la quatrième supérieure générale après la fondatrice (Sainte Emilie de Vialar) et a assuré cette fonction pendant 29 ans (de 1898 à 1927).

En famille

Jeanne Le Bouffo naît à Trévé, dans le diocèse de Saint-Brieuc, le 6 mars 1854.

Perrine et Yves l’avaient précédée dans la cellule familiale, mais Perrine meurt peu après et très tôt, Jeanne devient l’aînée d’une fratrie de onze : six garçons et cinq filles. A cette école, elle fait très vite l’apprentissage des responsabilités et celui du renoncement ; l’aînée ne peut penser à soi que lorsque tous les autres ont été servis…

Jeanne grandit également au sein d’une famille où la foi est reçue comme un précieux héritage. Très tôt, elle se sent attirée par la vocation religieuse. Mais comment y répondre ?

Elle a connaissance de la congrégation des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, dont la première implantation dans la région est Trémorel, et la seconde Plouguenast, où est ouvert un noviciat.

Sa décision met du temps à mûrir, mais lorsqu’elle en parle à ses parents, le refus de son père est catégorique. De plus, madame Le Bouffo tombe malade et pendant plusieurs mois, le départ est impensable…

Enfin, à 22 ans, dans une confiance totale en Celui qui l’appelle à le suivre, elle peut commencer à écrire une page toute neuve de son histoire.

Jeanne a-t-elle été attirée par l’idéal de vie religieuse des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ? Elle ne le dit pas mais ce qui est sûr, c’est qu’elle y est entrée à plein et que son amour de la congrégation ne s’est jamais démenti.

Le noviciat

En décembre 1876, Jeanne Le Bouffo quitte sa famille, les frères et sœurs pour qui elle comptait beaucoup et entre au noviciat de Plouguenast avec d’autres compagnes.

Après une année de postulat, elle revêt l’habit religieux et reçoit le nom qui fera d’elle Sœur Célina-Joseph. Commence alors pour elle un temps d’approfondissement pour découvrir davantage le Christ.

Puis, le 21 janvier 1879, Jeanne prononce ses premiers vœux à Plouguenast, avant le vrai départ…

L’étape bulgare

Appelée par la supérieure générale, Sœur Célina-Joseph se rend à la Maison-Mère de la congrégation, à Marseille. Elle séjournera une année scolaire dans le diocèse, proche de Fréjus, à s’occuper des enfants.

Puis c’est le départ pour la Bulgarie.

Dès 1865, les sœurs de St-Joseph de l’Apparition avaient commencé une mission d’enseignement et de soins aux plus pauvres à Philippopoli. En 1878, Mgr Renaudi, évêque capucin, souhaitait établir une communauté à Sofia, devenue la capitale du nouvel état balkanique. La supérieure générale désigna alors quatre sœurs pour cette nouvelle fondation.

Lorsque sœur Célina-Joseph y arrive, en 1880, les classes sont fournies. Des adolescentes de plusieurs religions ou de confessions chrétiennes différentes (israélites, mulsumanes, orthodoxes, catholiques) fraternisent dans l’apprentissage des langues étrangères, français et allemand, en plus du bulgare. Elles reçoivent également des notions de culture générale, dans un climat où le respect des valeurs humaines permet de vivre ensemble. L’apprentissage de la foi se fait dans la discrétion et le sérieux qui en favorisent l’épanouissement. Mais en cette région d’Europe centrale, la paix est souvent menacée par des intérêts complexes qui, sous couvert de religion, dressent les communautés les unes contre les autres.

En 1885, la guerre éclate entre les Serbes et les Bulgares. C’est l’occasion pour les sœurs de Saint-Joseph de « soulager l’humanité souffrante ». Sœur Célina-Joseph seconde la supérieure et les salles de classe se transforment en salles d’ambulance internationales, pour accueillir les blessés. « Il ne faut prendre parti pour aucun, respecter chacun des deux camps et les soigner tous ».

La personnalité de sœur Célina-Joseph va faire d’elle la femme de la situation. Elle soutient sa supérieure, tisse des liens avec les autorités civiles, militaires et religieuses. Elle est estimée et respectée.

La paix revenue, les classes prospèrent. Les élèves affluent. Il faut agrandir les locaux.

En secondant la supérieure de Sofia, sœur Célina-Joseph a fait preuve d’une grande capacité d’organisation, d’adaptation, de maîtrise d’une situation difficile. Mais elle est appelée à aller plus loin.

En quittant à regret cette première mission, elle apprend aussi à se détacher pour aller travailler à une autre partie de « la Vigne du Père ».

L’étape grecque

Au milieu du 19e siècle, en cette période d’expansion missionnaire, les fondations de la congrégation se multiplient sur le pourtour du Bassin méditeranéen ; d’abord sur les rives africaines de l’Algérie, la Tunisie, la Tripolitaine, l’Egypte. Puis la Crète, Chypre, le Liban, la Palestine…

Mais pour aborder la péninsule grecque, où les chrétiens sont divisés et ont du mal à fraterniser, il aura fallu, en 1885, un appel de Mgr Alberti, évêque de Syra et d’Athènes, nouvellement nommé. Beaucoup de tact et d’abnégation auront été également nécessaires pour faire tomber les barrières.

Lorsque sœur Célina-Joseph arrive, le 7 janvier 1891, l’école compte 400 élèves : 100 catholiques, 200 orthodoxes et quelques israélites. Au dire de la visitatrice de l’époque, « il faut donner un nouveau départ à la communauté ». L’école, le pensionnat reprennent leurs activités et l’orphelinat qui y est rattaché, sera l’objet de ses sollicitudes.

Par son calme et sa bonté, sœur Célina-Joseph savait venir à bout de bien des difficultés. Elle aura passé vingt années au service de deux missions différentes et exigeantes, en s’engageant sur tous les fronts où l’humain est en danger et en participant à tout ce qui peut faire reculer l’injustice, la haine, la misère.

Au service de toute la congrégation

Si les deux premières étapes de la vie religieuse de sœur Célina-Joseph exigent un enracinement en un lieu précis, l’étape qui va suivre l’orientera vers une vie de pérégrination à travers les continents. De plus, au cours des années, elle devra faire face, avec courage et intelligence, à des événements qui ont marqué l’histoire de la fin du 19e siècle et le premier quart du 20e.

Le 29 août 1890, sœur Célina-Joseph est élue supérieure de la congrégation.

Dès lors, elle a à cœur de connaître, par une présence même passagère, ce que les sœurs vivent à travers le monde. Ses voyages sont pour elle des moments de découverte et d’émerveillement.

En janvier 1899, elle visite la Tunisie, Tripoli, Malte.

En septembre de la même année, la Bulgarie : Bourgas, Philippopoli et Sofia.

En 1901, elle a la joie de passer les fêtes de Noël et d’Epiphanie à Bethléem. De là, elle rayonne vers toute la Palestine, le Liban, la Syrie.

En 1902, elle effectue un autre périple de neuf mois à travers les îles de la Méditerranée orientale. Bien sûr, le passage en Grèce a dû réveiller de vieux souvenirs. On devine l’émotion de la voyageuse et des sœurs qui l’accueillent. Quelle action de grâces !

En 1906, elle entreprend un long périple vers la Birmanie et l’Australie, deux pays sous mandat britannique à l’époque. Les traversées d’un pays à l’autre durent parfois des semaines mais tout est pour elle objet de contemplation, d’abandon, d’action de grâces. Rien ne la distrait de son intimité avec le Christ.

En 1914, lorsque l’Autriche déclare la guerre à la Serbie, sœur Célina-Joseph se trouve en Grèce, visitant les îles de Chio et de Chypre. Très vite, elle rentre à Marseille, et met deux grandes salles de la Maison-Mère à la disposition des soldats. La proposition est acceptée avec gratitude et le 1er septembre, les premiers blessés arrivés du front y sont hospitalisés. Sœur Célina-Joseph visite les malades. En traversant les salles, elle sait trouver un mot de réconfort, une parole d’encouragement, une parole de Foi.

Au mois de septembre 1927, la congrégation fête les 25 ans de généralat de celle que tout le monde estime. Mais le fardeau devient trop lourd pour ses épaules affaiblies par l’âge. Aussi, sœur Célina-Joseph est déchargée de ses fonctions de supérieure générale. Elle aura désormais le temps de prier, de lire, de correspondre avec les sœurs les plus éloignées…

Les années s’écoulent, paisibles, mais la santé décline. Les derniers mois deviennent pénibles. Début septembre 1934, elle doit s’aliter. Et au soir du 16 novembre, dans sa 80e année, la 55e de sa profession religieuse, elle entre « dans la grande maison », celle de la Trinité bienheureuse dont elle avait déjà entrevu les lueurs !

Sœur Célina-Joseph était dotée d’une autorité naturelle hors du commun. Plusieurs épisodes de sa vie nous ont permis de le constater. Mais force est de reconnaître qu’elle a exercé ce service avec art, pendant de longues années, à la tête de la congrégation. Elle ne s’est jamais départie de cette aisance qui faisait l’unanimité parmi les sœurs comme auprès des personnalités ecclésiastiques et civiles auxquelles elle avait à faire.

Son long généralat fut une sorte de gouvernance claire où se conjuguent confiance et amour, fermeté et bonté, justice et sagesse, attention à la personne et souci de l’unité du corps apostolique. Jamais elle n’a été cause de mécontentement. Pour elle la suite du Christ était source de bonheur et elle voulait qu’il en soit ainsi pour ses sœurs.

La congrégation Saint-Joseph de l'Apparition
La congrégation Saint-Joseph de l’Apparition

La congrégation Saint-Joseph de l’Apparition

3Fondatrice3

Sœur Emilie de Vialar, née à Gaillac (Tarn) en 1797.
1832 Ouverture d’une Maison à Gaillac (école + soin des malades). Les sœurs apportent leurs soins aux victimes du choléra en Algérie. 1852 Sœur Emilie, encouragée par Mgr de Mazenod (Marseille), quitte Toulouse et établit sa maison-mère au port de Marseille.
† 1856 Lorsqu’elle meurt à 59 ans, 42 maisons ont déjà été ouvertes en grande majorité sur le pourtour du bassin méditerranéen. Emilie de Vialar sera béatifiée en 1939 et canonisée en 1951.

3L’école et le noviciat de Plouguenast3

1853 Le recteur de Trémorel, avec l’accord de Mgr Le Mée, demande et obtient des sœurs pour l’école communale de sa paroisse. Des vocations se présentent ; Marseille étant très éloignée, Rome autorise un noviciat à Trémorel. Mais les abbés Ruello et Moisan font valoir que Plouguenast est un centre plus important. 1860 Quelques sœurs et une douzaine de postulantes se fixent donc près de l’église neuve et du presbytère neuf de ce chef-lieu du canton dont le bourg vient d’être déplacé. (Bilan missionnaire 19è/20è s. dans J. Michel, pages 176/178)

3S.R.3

p. 438 *1982. Lors du 150è anniversaire de la fondation de la congrégation, on notera que la Bretagne a fourni 440 sœurs depuis 1853, et une Supérieure générale, Mère Célina Le Bouffo (1854-1934). Outre Trémorel et Plouguenast, les sœurs auront encore des écoles à Plessala, St-Gouëno, Trédaniel, Gausson et Plumaugat (22), Crec’h et Guéhenno (56) et une communauté à Saint-Brieuc.

*En 1997, la congrégation comptait un millier de sœurs de 32 nationalités, en 168 communautés (en particulier au Moyen-Orient et en Asie).

« La congrégation est appelée à s’étendre aux différentes parties du monde. Elle est ouverte à toutes les formes d’apostolat qu’inspire la charité… Annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du Royaume, luttant dans l’esprit de l’Evangile, contre la misère et toute forme d’injustice, la congrégation est particulièrement attentive aux appels venant de pays non chrétiens, de régions déchristianisées, de peuples dont les droits essentiels sont méconnus ou méprisés » .
(Article 5 des Constitutions)