Le chiffre de quarante nous parle : Pour Israël , et pendant trois générations de nomades, ce fut le temps de l’exode dans le désert ; pour Jésus, un temps de retraite au désert avant de débuter la vie apostolique ; pour nos marins, il évoque les 40es rugissants avec leurs vagues de 30 mètres de haut ; pour le jeune adulte, l’âge d’un sommet d’où l’on contemple ce que l’on a réalisé… et surtout l’écart avec ses objectifs fixés ! La quarantaine fut longtemps la durée d’isolement, permettant de lutter contre les maladies infectieuses, simple mesure de prévention. L’ordinateur, quand il est protégé, classe avec sûreté les virus en quarantaine. Au Moyen-Age, Philippe Auguste inventa la « quarantaine le roy », période obligatoire d’attente avant de lancer les hostilités, pour permettre aux civils de se préparer aux dégâts « collatéraux » des guerres.
Nos frères de rite oriental qualifient la préparation à Pâques de « sainte quarantaine ». Voilà qui donne un sens plus attractif, plus positif à notre quadragésima dies, notre carême. Nous sommes entrés ce mois-ci dans « la sainte quarantaine », non pas à reculons, mais comme les Hébreux dans le désert, le regard tourné vers la ligne d’horizon, vers l’objectif de Pâques. C’est à une marche vers Pâques, l’événement fondateur de notre Foi, que nous sommes invités. Autrefois c’était surtout l’entraînement « sportif » des catéchumènes vers le baptême ; désormais c’est notre parcours initiatique, notre immersion (baptizein en grec) dans le mystère pascal. Les récents travaux d’Ecclesia 2007 ont bien mis en exergue que nous sommes tous des catéchumènes. Grâce à la « convivialité » avec la Parole dans la lectio divina, tous les chrétiens seront prêts à la proposer aux autres.
Le premier signe sensible de cette entrée en sainte quarantaine a été l’imposition des cendres. Aujourd’hui quand on parle de cendres tout le monde pense à l’urne funéraire, mais les cendres c’est autre chose : cendres-soude pour la fabrication du savon (d’Alep à Marseille), cendres répandues par le jardinier, écobuage dans les Pyrénées, cendres des habitants de Ninive ; elles ne sont donc pas qu’un simple résidu, mais aussi un symbolisme de ressource productive, évoquant certes notre finitude et notre « insignifiance » mais aussi la progression vers une vie nouvelle, par la conversion.
Les athlètes ont mis les bouchées doubles pour se préparer aux Jeux Olympiques, entraînement intensif de toutes les forces physiques et psychologiques, mens sana in corpore sano, pour une médaille. Comme St Paul, nous aussi nous aspirons à une couronne, pour cela la Liturgie de la sainte quarantaine va nous présenter deux évangiles de Mathieu et deux de Jean. Ils seront les phares de notre itinéraire. Redisons comme les Samaritains : "ce n’est plus à cause de ce que tu nous a dit ( Mère Eglise) que nous croyons maintenant nous l’avons entendu par nous-mêmes (par notre adhésion personnelle).
Car notre entraînement-cheminement est communautaire et personnel.
Voici que l’hiver touche à sa fin, la végétation se réveille, la Nature va s’épanouir en sursaut, notre sainte quarantaine va se poursuivre le mois prochain, déjà nous entrevoyons la sortie du tunnel, la sortie fulgurante du Ressuscité.
Sommes-nous en quarantaine ?