Les fêtes juives
Lundi 14 janvier 2013 — Dernier ajout mercredi 2 janvier 2013

Souccot

Émission du 26 novembre 2012

Parlez-nous aujourd’hui de la fête de Souccot

Souccot est une des trois fêtes de pèlerinage (avec Pâque et Chavouot) qui, au temps du Temple, rassemblaient à Jérusalem tous les juifs dispersés.
Encore aujourd’hui ces fêtes attirent vers Jérusalem de nombreux juifs de la diaspora.
En hébreu une cabane et (par extension une tente) se dit souccah : au pluriel souccot. Souccot veut donc dire les cabanes.
La fête de Souccot, la fête des cabanes ou des tentes, se nomme ainsi plus particulièrement pour deux raisons :

  • à cette fête, les juifs sont appelés à vivre pendant 7 jours dans des cabanes ;
  • ces cabanes rappellent les 40 ans de traversée du désert à la sortie de l’esclavage en Égypte.

Souccot a aussi une dimension de fête de la nature où l’on faisait des offrandes à Dieu issues des récoltes qui viennent de s’achever.
Au Temple, on pratiquait aussi des sacrifices pour demander à Dieu de protéger les 70 nations (chiffre symbolique qui englobe tous les peuples du monde connus en ce temps).
En 2012 Souccot commence la veille du 1er Octobre et se termine une semaine plus tard.

Avant d’aborder directement cette fête, je vous invite à réfléchir sur le fait que, Dieu lui-même, a vécu dans un abri provisoire, une tente : la tente d’assignation, c’est à dire la tente où Dieu convoque son peuple.
Pendant 40 ans, c’est dans cette demeure précaire, que Dieu a accompagné son peuple, nomade dans le désert puis redevenu sédentaire à Silo lors de l’entrée en terre promise.
Il a fallu attendre le roi Salomon (950 av JC) pour qu’il soit construit, pour Dieu, une demeure digne de Lui : le Temple.
Au début, la Chérinah, la présence de Dieu, au milieu de son peuple se situait dans le tabernacle du désert qui était dans la tente d’assignation dite aussi tente de la rencontre ou tabernacle du désert ! Cette présence de Dieu se manifestait aussi par une nuée protectrice qui, après avoir accompagné les hébreux depuis la sortie d’Égypte, stationnait au-dessus de « la tente d’assignation » contenant un lieu particulier, le Saint des Saints, lieu de la présence de Dieu nommée la Cherinah.
Dans un livre, « Moïse raconté par les sages », un midrach (commentaire biblique), s’adressant à Moïse, Dieu dit :
« Qu’Il n’impose rien à l’homme qu’il ne se soit déjà imposé à lui-même ! »
Nous venons de le démontrer, Dieu pérégrine avec son peuple pendant les 40 ans au désert.

Autre introduction avant d’aborder la fête elle-même, en Exode 12, verset 37 il est mentionné : « Les fils d’Israël partirent de Ramses pour Souccot »
Ici souccot est un lieu déjà significatif du mode de vie dans les tentes que connaîtront, pendant 40 ans, les fils d’Israël, passant ainsi des 430 ans de la vie sédentaire en Égypte à une vie de nomade.
C’est une forme symbolique du nomadisme que vont permettre de vivre, aux juifs, les 7 jours de la fête de Souccot.
En Exode 12, au verset 42, il est dit à propos de ce lieu nommé Souccot :
« Ce fut là une nuit de veille (protectrice) du Seigneur quand il les fit sortir du pays d’Égypte. Cette nuit-là appartient au Seigneur, c’est une veille pour tous les fils d’Israël »

Au-delà de ces rappels La fête de Souccot en tant que telle prendra son origine dans une parole de Dieu qui s’exprime sur le ton d’un commandement.
Il est bon de préciser ici, que les commandements de Dieu sont en fait plutôt des recommandations, car même si le ton paraît autoritaire, Dieu cherche par ses injonctions à donner des paroles de guide pour aider les hommes à mieux vivre.

Voici le texte qui institue la Fête de Souccot en Lévitique 23,33 :
« Le Seigneur adressa la parole à Moïse ;
Parle aux fils d’Israël : le 15 de ce 7e mois c’est la fête des tentes, qui dure 7 jours, en l’honneur du Seigneur ; le premier jour on tiendra une réunion sacrée, vous ne ferez aucun travail pénible. Chacun des 7 jours, vous présenterez un met consumé au Seigneur. Le 8éme jour vous tiendrez une réunion sacrée et vous présenterez un met consumé au Seigneur
c’est la clôture de la fête, vous ne ferez aucun travail pénible. En outre le Quinze du septième mois, après avoir récolté les produits de la terre vous irez en pèlerinage fêter le Seigneur pendant 7 jours. Vous fêterez ce pèlerinage pour fêter le Seigneur sept jours par an, c’est une loi immuable pour vous d’âge en âge, le 7e mois vous ferez ce pèlerinage ;
vous habiterez sous la tente (souccah) pendant sept jours ; tout indigène en Israël doit habiter sous la tente pour que d’âge en âge vous sachiez que j’ai fait habiter sous la tente les fils d’Israël lorsque je les ai fait sortir d’Égypte. C’est moi le Seigneur votre Dieu »

(Pour réunion sacrée, l’hébreu dit une convocation sainte, car elle est demandée par Dieu)

Nous allons reprendre certains éléments de ces paroles de Dieu adressées à Moïse.
La fête doit durer 7 jours plus un ce qui correspond à un cycle complet du temps. La fête commence et se termine (même si c’est un temps de semaine) par un temps de repos équivalent à celui d’un Chabbat avec réunion sacrée au Temple et l’offrande d’un holocauste.
Pour Souccot, les pratiquants à l’époque du Temple, sont appelés à faire un pèlerinage vers Jérusalem, c’est à dire à se déplacer dans leur vie, pas seulement au niveau spatial, mais aussi dans leur vie spirituelle.
Depuis cette époque, et encore aujourd’hui, ils sont aussi appelés à un autre déplacement, quitter le plus de temps possible leur lieu de vie habituel pour aller vivre dans la souccah, sorte de cabane construite chez eux (balcon cour, jardins, ou édifiée à la synagogue).
Ici, en Côtes d’Armor, il n’y a pas assez de juifs pratiquants pour voir des souccot. Mais à Paris c’est possible. Dans le 19e, du10ème étage d’un immeuble, chez un ami, je peux voir, sur des toits ou les balcons des souccot construites par les habitants.

Le texte rappelle aussi que cette fête se situe dans un temps agricole particulier, car on doit apporter en offrandes au Temple, des produits des récoltes qui viennent de s’achever. Pour faire leurs récoltes les paysans avaient l’habitude de résider dans des cabanes près de leurs champs.
Les fêtes religieuses ont toujours, en plus d’évènements marquant de l’histoire d’Israël, un lien avec la vie agraire. Ceci met l’accent sur le Dieu créateur qui nourrit l’homme.
On est en automne, période où sont engrangées les récoltes, par leurs offrandes, il est donc, demandé aux hommes de reconnaître que c’est Dieu qui pourvoit à leurs besoins car c’est lui qui est le maître de la nature mais aussi Dieu confie, dès l’origine, la terre à Adam et lui demande « de la cultiver et la garder ».

Enfin, dans le texte, Dieu rappelle l’évènement fondateur du peuple d’Israël qu’est la sortie d’Égypte. C’est Lui qui a délivré son peuple, qui a veillé sur lui pendant les 40 ans au désert et lui a permis de subsister, (souvenons-nous de la manne) Ex 16,16.
Ce peuple, après avoir été sédentaire pendant 430 ans en Égypte, est devenu nomade. Il a pèleriné pendant 40 ans dans le désert en habitant dans des tentes.
C’est en raison de tout cela qu’il est proposé aux hommes du peuple d’Israël, jusqu’à nos jours, de vivre 7 jours de façon précaire, en revivant le plus concrètement possible, ce temps de la pérégrination au désert pour leur permettre d’éprouver leur confiance en ce Dieu qui veille continuellement sur eux.
Dans la tradition juive, chaque fête importante remet en scène un événement fondateur ou important, mais on ne se contente pas de le remémorer par les textes et récits, mais aussi, parallèlement, par des gestes concrets et symboliques qui sont là pour actualiser cet épisode et faire en sorte que chacun puisse le revivre.
De plus, cette fête comme toutes les fêtes juives a une fonction éminemment pédagogique dans la transmission auprès des enfants qui ont toujours une place active dans ces ré-actualisations.

Dans la religion chrétienne nous avons aussi la pratique de ces ré-actualisations.
L’eucharistie en est la vivante expression car nous y sommes invités à revivre la Cène, ce repas pascal de Jésus entouré de ses disciples, où il donne sa vie sous la forme du pain et du vin.

Est-ce que Jésus a connu cette fête ?

Dans les Évangiles nous trouvons aussi des traces de cette fête de souccot. Dans le récit de la transfiguration de Jésus, (Mat 17, 1-8 ; Mc 9, 2-9 ; Lc 9, 28-36) on peut penser que la fête de Souccot est sous-jacente à ce récit, plutôt sur un mode eschatologique.
Dans ce passage, les disciples veulent faire des tentes pour le Christ et les personnages bibliques, Élie et Moïse qui figurent avec lui (évoquant l’histoire, en ce qui concerne Moïse, et les temps messianiques en ce qui concerne Élie qui lors de son retour, selon la tradition juive, annoncera la venue du Messie).
De même, lors de Souccot des grandes figures de la bible sont aussi honorées.

Autre passage qui peut nous faire penser à Souccot : celui de la montée de Jésus à Jérusalem, avant la Pâque, où il est accueilli par la foule brandissant des rameaux et, comme à Souccot, chantant le hallel prière de louange composé de psaumes et passages de psaumes (113 à117).
Au niveau temporel, ce temps se situe, dans les évangiles avant Pâques, alors qu’à Souccot, c’est dans les fêtes d’automne que seront brandis des rameaux appelés loulav. Ce qui pourrait paraître anachronique, ne l’est pas forcément car, au niveau biblique, le temps historique n’est pas chronologique, et peut donc subir des variations car il s’agit plus de donner du sens à l’histoire que d’en rendre compte de façon concrète.
Enfin, en Jean 7,2 il est dit :
« Cependant la fête juive des tentes était proche »,
Ce qui prouve qu’elle existait bien au temps de Jésus et qu’il a donc pu y participer comme tout juif pratiquant.

Maintenant dites-nous comment cette fête de Souccot va concrètement se dérouler

Il faut tout d’abord souligner qu’après la sévérité des jours qui ont précédé, de Roch Hachana jusqu’à Kippour, la joie qui a toujours existé, de façon plutôt intériorisée, va maintenant exploser à partir de la fin du jeun de Kippour.
Dieu dit en Lévitique 23,40 :
« 40 - Le premier jour vous prendrez de beaux fruits, des rameaux de palmier, des branches d’arbres touffus de saules, et vous vous réjouirez pendant sept jours en présence de Yahvé votre Dieu.
41 - Vous célébrerez ainsi une fête pour Yahvé sept jours par an. C’est une loi perpétuelle pour vos descendants. C’est au septième mois que vous ferez cette fête.
42 - Vous habiterez sept jours sous des huttes. Tous les citoyens d’Israël habiteront sous des huttes,
43 - afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des huttes les Israélites quand je les ai fait sortir du pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu.
Ce temps est donc un temps de joie sacrée ! (trad. Bible de Jérusalem)

Dès le lendemain de Souccot on va se mettre joyeusement à construire la souccah !
Cet abri provisoire, la souccah, doit posséder au moins trois murs, non en dur, mais pouvant se défaire rapidement, elle doit rester de dimensions modestes.
Cependant il faut qu’on puisse s’y tenir debout, pour que ceux qui y pénètrent ne s’y sentent pas humiliés en étant obligé de se courber.
Ce qui est aussi très important, il faut que son toit soit fait de végétaux, pour signifier qu’on se met sous la protection de ce Dieu qui est le maître de la nature et veille sur tous.
De plus ce toit fragile, fait de branchages, il doit permettre d’entrevoir le ciel, où siège Dieu, et l’ombre au sol ne doit pas être plus importante que la lumière qui parvient du toit. La souccah sera décorée, les murs seront couverts de tentures et il y aura des tapis au sol. On y allumera des bougies rappelant que Dieu est lumière pour l’homme.
Et surtout, on vit le plus possible dans la souccah, on y mange, et si les conditions le permettent on y couche. On prie, on étudie la Torah dans cette maison provisoire et on y reçoit amis et famille. On y fête Chabbat.
Et de façon symbolique, on y reçoit sept personnages importants de l’histoire de la bible : les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, Joseph, et le prophète Moïse, le prêtre Aaron ainsi que le roi David.

Que voulez-vous dire Michèle par « recevoir des personnages de la bible » ?

Chaque jour dans la souccah on racontera les anecdotes bibliques et midrashiques les concernant, les uns après les autres.
Par ailleurs, ce lieu, la souccah rappelle que la vie de chacun doit essentiellement être en lien avec les autres, en particulier avec les plus démunis qui doivent être un souci permanent pour le juif et la souccah doit leur être ouverte.
La tzedaka, l’aumône, est aussi importante dans la vie juive que la prière et l’étude de la bible.

Parallèlement à la vie joyeuse et conviviale dans la souccah où on expérimente la confiance en Dieu protecteur de tous, il y a une vie de prière importante à la synagogue, non seulement avec les deux jours (inaugural et de clôture), mais chaque jour on se rend à la synagogue avec en main un ensemble de végétaux formant un sorte de rameau que l’on appelle le loulav.

Vous parlez du loulav mais de quoi est-il composé exactement ?

D’une palme de palmier dattier, de 2 branches de saule, de 3 brins de myrte et d’un étrog, sorte de gros citron qui, en français est appelé un cédrat.
L’étrog sera tenu dans la main droite appuyé sur la main gauche qui porte le reste des éléments du loulav. Pendant la prière du hallel, le loulav sera agité dans les 6 directions de l’espace : les 4 points cardinaux, plus en haut et en bas pour signifier le ciel et la terre, faisant ainsi appel à la bénédiction de Dieu et à son pardon définitif pour tous les hommes.
En même temps, à la fin de Souccot, on demande à Dieu de façon plus prosaïque de conjurer le mauvais temps et de faire tomber la pluie pour assurer les récoltes futures.

Et, c’est au dernier jour de Souccot que Dieu refermera jusqu’à l’année suivante, le livre de vie.

Curieux ce loulav, que veut-il au juste symboliser ?

Il a plusieurs significations possibles, par ces quatre composants, il peut symboliser les 4 patriarches, les 4 matriarches mais aussi 4 types de juifs comme nous allons le voir.
Les végétaux qui le composent ont effectivement un sens symbolique suivant qu’ils ont du goût ou une odeur.
Le palmier dattier n’a pas d’odeur mais il a du goût ; le saule n’a ni goût ni odeur ; le myrte a de l’odeur mais pas de goût ; l’étrog a du goût et de l’odeur.

Mais que signifient ces caractéristiques, d’odeur ou de goût ?

En hébreu il y a un mot Taam qui veut dire le « goût » mais aussi le « sens d’un mot ». Ainsi le goût symbolise l’étude par laquelle on cherche à découvrir le sens caché du texte biblique.
En ce qui concerne l’odeur, souvenez-vous de Noé qui, à la sortie de l’arche, offre à Dieu un holocauste dont la fumée exhale une odeur « qui apaisa » Dieu. Ce dernier agréa alors le sacrifice de Noé, et promit de ne plus jamais anéantir la création Gn. 8, 21.
Ainsi l’odeur symbolise la prière qui monte vers Dieu, il en est de même de l’encens qui est utilisé au Temple dans la partie appelé « le Saint », située avant le « Saint des Saints », où se trouve la Présence de Dieu.
Dans les cérémonies chrétiennes l’encens a ce même sens de prière, de demande ou de louange, qui monte vers Dieu.

Revenons au loulav.
Ainsi chaque végétal le composant va symboliser un type de pratiquant.
Il y a ceux, symbolisés par le palmier, qui a du goût mais pas d’odeur, ce sont les pratiquants qui étudient la torah mais qui ne prient pas.
Il y ceux, symbolisés par le saule, qui est sans odeur ni goût, eux, n’étudient pas et ne prient pas. Il y a ceux, que symbolise le myrte, qui sent mais n’as pas de goût, ce sont ceux qui prient mais n’étudient pas.
Enfin il y a ceux, symbolisés par l’étrog, qui a du goût et de l’odeur,
ce sont ceux qui prient et qui étudient la torah.
Selon le talmud, ceux-là, ces derniers méritent d’être appelés des sages.
L’ensemble du loulav symbolise donc tous les hommes. Même celui qui n’est pas pratiquant, a sa place au milieu des autres. Le loulav exprime donc une dimension communautaire et donne à la fête de Souccot une forme de préfiguration d’une possible paix universelle (personne n’est exclus), il symbolise le peuple entier.

Le pentateuque (les 5 premiers livres de la bible) appelé Torah, ce qui veut dire, non pas loi, mais enseignement. Ce premier ensemble de textes bibliques est lu, en entier, au cours de l’année, il est, découpé en sections (appelée paracha) chacune d’entre elles est lue à chaque chabbat.
Cette lecture se termine et se commence le dernier jour de Souccot, appelé le jour de Simrah Torah, on finit les derniers versets du Deutéronome et on commence les premiers versets de la Genèse de façon à montrer que la Torah doit être une lecture continue qui ne s’arrête jamais.