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Commémorations du 75ème anniversaire des martyrs de la Butte Rouge

Samedi 13 juillet au matin, de nombreux anonymes, représentants de l’État et anciens combattants étaient présents à L’Hermitage-Lorge (rattaché à la commune de Ploeuc–L’Hermitage) pour rendre hommage aux 55 victimes du massacre de la Butte-Rouge. Après une eucharistie présidée par Mgr Denis Moutel, des allocutions poignantes des élus et des lettres des Martyrs ont été lues.

Homélie de Mgr Denis Moutel

Les lectures du jour n’ont pas été choisies particulièrement pour cette circonstance mais permettez-moi de revenir sur les paroles que nous avons entendues parce qu’elles résonnent en relation avec ce qu’il s’est passé ici, à la Butte Rouge. Nous avons entendu au livre de la Genèse l’évocation de la sépulture des patriarches, des glorieux défunts : Abraham, Isaac et Jacob. Ici, comme Joseph vendu par ses frères, des hommes ont été trahis par leurs frères ou ceux qu’ils croyaient être leurs frères. Au moment où nous vivons mémoire du 75ème anniversaire de leur martyr, l’important pour nous est de comprendre que la Bible est aussi un Livre de mémoire puisqu’on se souvient d’Abraham, Isaac et Jacob. On sait où on a déposé leurs corps, on se souvient de ce qu’ils ont fait. On se rappelle le projet de Dieu pour que son peuple soit libre de toute servitude. On se rappelle la promesse de Dieu faite à Israël, et à travers Israël à toute la Terre, que chaque homme, chaque femme, chaque enfant puisse vivre en paix. Dans l’Évangile de Saint Matthieu, trois points me viennent à l’esprit :

  • Le premier, c’est cette parole de Jésus quand il sent une lourde menace fondre sur lui, venant de ceux qui s’en tiennent à des choses anciennes, qui n’acceptent pas l’amour radical de celui qui vient de la part du Seigneur Dieu, son Père et notre Père qui fait toute chose nouvelle. A ceux qui se sentent menacés pas la servitude, la privation de liberté, Jésus dit : « Ne craignez pas ce qui tue le corps car ils ne peuvent tuer l’âme. » Ici, les corps des résistants ont été martyrisés. À Morlaix, à Ploufragan, à Uzel. Puis, on leur a pris la vie. Les nazis mais aussi les miliciens se sont déchaînés pour les torturer. Le corps, c’est-à-dire notre manière à être au monde, d’être aux autres. Des corps ont été réduits à rien par la volonté et la main des hommes. Mais l’âme, la foi, les convictions profondes, l’engagement des uns et des autres, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, cela ne peut pas être pris. Ce qui est donné par amour de la liberté, pour le bien des autres, pour le sacrifice, cela ne peut pas être enlevé. « Ne craignez pas ce qui tue le corps. » La défaite des barbares est déjà inscrite dans leurs actes, terrifiants, étrangers à ce qui est simplement humain.
  • Le deuxième, c’est quand Jésus compare chacune et chacun de nous aux oiseaux du ciel. Bien sûr, c’est une image qui dit que Dieu veille à ce que personne ne se perde. « Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » Ce qui est affirmé là est une conviction profonde, portée par Jésus le Christ, celui que prient les chrétiens. Mais cette conviction est aussi inscrite dans les valeurs universelles de l’humanité, dans les droits et les devoirs de l’Homme qui posent la valeur inaliénable et la dignité profonde de chacune et de chacun. C’est pour cela aussi que notre hommage est continué fidèlement : nous sommes saisis d’émotion devant l’immense valeur de ces hommes et de ces femmes qui ont donné leur vie, et qui vivaient pourtant si simplement au pays. On pourrait en citer beaucoup : je pense aux frères Urvois dont on m’a parlé tout à l’heure. J’ai été touché particulièrement par l’histoire de Mireille Chrysostome qui porte ce magnifique nom, qui signifie « bouche d’or », comme  Saint Jean Chrysostome, connu aux origines du christianisme comme « celui qui parlait si bien bien »… Oui, nous nous rappelons le sacrifice de Mireille, jeune femme de 20 ans, agent de liaison pour tout le réseau Bretagne, qui comme tous les autres, n’a pas parlé. Quel courage, quelle valeur, quelle immense dignité ! Même dans la terrible épreuve leur dignité s’est affirmée. Leur honneur est immense.
  • Enfin, une question demeure : comment pouvons-nous faire confiance quand nous voyons des trahisons, quand nous comprenons comment la barbarie s’est déchaînée ici, tandis que progressait les armées de libération et la liberté en Normandie, en juillet 1944 ? Nous sommes toujours et encore appelés à la confiance. C’est irremplaçable. On ne peut pas vivre autrement. Confiance les uns dans les autres, confiance dans ce qui fait notre lien, dans l’avenir de notre pays, en Europe, confiance pour les chrétiens dans l’Évangile. Curieusement, on fait confiance à son garagiste qui a bien réparé la voiture qu’on lui a amenée, on fait confiance à son boulanger pensant qu’il a mis la juste quantité de sel, on fait confiance au médecin en se fiant à son diagnostic et à son savoir. Mais on a de la peine à se faire confiance les uns aux autres, on peine à mettre sa confiance en Dieu. Nous ne pouvons pas construire la paix sans confiance. C’est-à-dire non pas par l’assurance ou la certitude, mais par la foi, la confiance justement ! – Notre confiance, c’est que la beauté est déposée dans le cœur de chacun, quoiqu’il en soit, et que le mal n’a pas le dernier mot, Le mal et la division, nous entament, nous blessent profondément. La violence nous défait et nous détruit mais ce n’est pas le dernier mot de l’Homme et de l’humanité. Accueillons cette confiance, chacun selon ses convictions.

+ Denis Moutel
Évêque de Saint-Brieuc et Tréguier
Le 13 juillet 2019, à L’Hermitage-Lorge

Photos des commémorations

Les élus ont rappelé quant à eux l'importance de se souvenir et de collecter les témoignages de ceux qui représentent encore la mémoire vivante de ces événements. Se souvenir pour ne pas oublier la barbarie, se souvenir pour ne pas oublier, se souvenir pour commémorer ceux qui ont donner leur vie pour la liberté. Les jeunes générations ont également été interpellés sur l'histoire de ce lieu et de ce qu'a représenté la Résistance dans l'histoire de leur pays afin que les heures sombres du passé puissent ne plus se reproduire.

Retour sur l'histoire du lieu

Au printemps et à l’été 1944, 55 personnes issues de la Résistance costarmoricaine ont été victimes de la répression nazie et inhumée à L’Hermitage-Lorge. Ces hommes et ces femmes ont subi les rafles, les arrestations, la torture et l’exécution sommaire. Leurs corps ont été découverts à l’été et à l’automne de 1944, ainsi qu’en 1947. L’exposition sur place rend hommage à toutes les victimes des exécutions du printemps et de l’été 1944. 48 photographies les concernant sont présentées mais 7 sont manquantes. Le choix de la sobriété de la présentation est volontaire. L’association de la Butte rouge, désireuse de reconstituer cette mémoire, recherche des documents et des clichés, remercie toute personne pouvant apporter leur aide et leur éclairage.

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