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Retour sur la « Démarche de renouveau presbytéral pour la mission » à Pontmain

Prêtres, managers ou missionnaires ? Soixante-dix prêtres et quelques observateurs laïcs des Côtes-d’Armor et du Finistère se sont retrouvés pendant deux jours, les 19 et 20 octobre 2021, au sanctuaire de Pontmain pour réfléchir et phosphorer afin d’imaginer ce que pourrait être le ministère de prêtre demain. Un article et des photos d’Yvon Gargam.

C’est en 2018 qu’a été initiée cette démarche à deux diocèses pour chercher quelle vision imaginer pour le ministère des prêtres demain au service de la mission et de l’annonce de l’Évangile. Les constats sont simples. La manière d’exercer le ministère a vite évolué ces dernières années, avec notamment des paroisses devenues plus grandes géographiquement, des fidèles vieillissants, une pratique religieuse qui s’est totalement effondrée, une transmission de la foi qui ne se fait plus, un climat d’indifférence religieuse.

Été 2019, les porteurs de ce parcours ont tout d’abord fait appel à des écoutants laïcs, hommes et femmes, qui sont allés à la rencontre de 75 prêtres pour leur permettre de parler librement de leur vie et de leur ministère, de leurs joies et de leurs espoirs, de leurs inquiétudes et difficultés. Toutes ces paroles ont nourri la préparation de rencontres diocésaines entre prêtres à l’automne 2020. Puis les prêtres se sont aussi retrouvés en équipes brassées des deux diocèses pour une journée d’approfondissement. Une idée forte s’est dégagée de ces rencontres : l’importance de la relation et de la fraternité dans la proximité qui pourrait devenir terreau d’un renouveau de joie pastorale et missionnaire.

Avancer au large

À Pontmain, pendant deux jours, les prêtres des Côtes-d’Armor et du Finistère ont pris le temps des échanges, de l’écoute de témoins, d’experts, le temps de la prière et de la célébration pour dégager une vision du ministère presbytéral à l’horizon dix ans avec des axes pour la concrétiser. Brigitte Midon, une coach qui a accompagné la démarche depuis son origine, le résumait ainsi  : « Il s’agit de partager et discerner à deux diocèses pour construire un renouveau dans le souffle de l’Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle ». Par leurs témoignages, deux prêtres ont planté le décor en exprimant la manière dont ils vivent leur ministère.

Le père Corentin Sanson a exprimé un désir : « Celui d’être prêtre, tout simplement. On peut penser que c’est maigre, banal, que ça ne vaut pas le coup de faire une session pour ça. En réalité, je pense que l’expression de ce désir est absolument fondamentale et extrêmement précieuse, et doit être prise à sa juste mesure spirituelle et humaine ». Il a aussi exprimé trois convictions fortes : « Rien de fidèle à l’Évangile ne sortira de notre vie et de notre ministère s’il nous manque la joie. Je prends très au sérieux le titre de l’encyclique programmatique du Pape François : La joie de l’Évangile. Rien de fidèle à l’Évangile ne sortira de notre vie et de notre ministère s’il nous manque la fraternité. L’enjeu fondamental de notre ministère est de travailler à former des communautés fraternelles, chaleureuses, ferventes, rayonnantes. Ce qui nous tue, dans notre Église catholique, c’est l’anonymat à la messe, la froideur, les cloisonnements, les critiques, les chasses gardées. Et pour faire rayonner la joie, je pense qu’il faut commencer par la vivre entre nous. Je pense que rien de fidèle à l’Évangile ne sortira de notre vie et de notre ministère si nous ne sommes pas capables d’avoir besoin des autres, du ‘monde’. »

De son côté, le Père Mickaël Levacher a insisté sur la nécessité de conversion des relations entre prêtres et entre prêtres et laïcs. « Entre nous, prêtres, je constate qu’il y a des verrous fermés qui empêchent les choses d’évoluer : notre manque de simplicité, de vécu fraternel, de réflexion et de travail pastoral entre nous, notre manque d’ouverture à d’autres façons de penser, de voir, de travailler. Ayons la simplicité de reconnaître que nous ne savons pas faire seuls, osons faire appel à des ressources extérieures. » Il a aussi invité à reconsidérer la place accordée aux femmes en Église. Il a ensuite lancé comme un cri d’alarme à partir de son expérience : « En tant que prêtre, je porte le désir d’avancer au large à la suite du Christ et de contribuer à ce que l’Église avance elle aussi au large. Sauf qu’en étant nommé curé, j’ai l’impression d’être mis à la barre d’un gros paquebot dont l’ancre est jetée et la barre verrouillée. Ça laisse peu de place pour l’aventure ! ».

« De la cloche à la sonnette »

Le père Arnaud Tourry du diocèse de Reims est venu raconter l’expérience qui se vit sur un territoire qui compte 26 prêtres de moins de 75 ans. Leur évêque a initié une réflexion intitulée : « Passons sur l’autre rive ». Il s’agissait de repenser le rapport au territoire en gardant les paroisses mais en arrêtant le quadrillage. Et donc de se recentrer sur l’essentiel : accueillir le don de Dieu pour ce temps en vivant la fraternité en proximité dans une dynamique missionnaire. Il n’y a plus de curé dans ce diocèse (sauf celui de la cathédrale) mais des espaces missionnaires. Ils sont conduits par une équipe pastorale qui mène vraiment le projet et aussi un conseil d’animation missionnaire qui propose à des groupes de personnes à aller rencontrer, à rejoindre comme les acteurs du tourisme ou du monde agricole…

Soutenus par une fraternité diocésaine missionnaire, les chrétiens sont donc invités à vivre des missions itinérantes. « Il s’agit d’abord de se laisser accueillir (de se rendre ‘accueillable’), de vivre la proximité, d’accueillir les personnes comme si elles nous étaient envoyées par Dieu, de les aimer car dans la mission, le moteur c’est l’amour. Il faut aussi bien réfléchir à ce qu’on va faire avant de le faire et se poser des questions comme : de quoi les gens ont-ils besoin d’être guéris ? Et puis passer à l’action concrète et surtout ne pas oublier de relire et rendre grâce. » Une formule pour résumer cette manière de vivre comme disciple missionnaire : « Passer de la pastorale de la cloche à la pastorale de la sonnette ».

Session des prêtres en activité du 22 et 29 à Pontmain

« Le changement, c’est maintenant »

Les temps d’échanges entre prêtres et les différents témoignages de prêtres, de laïcs, d’une supérieure générale de congrégation religieuse, à Pontmain, ont permis de commencer à dégager une vision commune pour le ministère des prêtres dans les années qui viennent. Quelques confirmations ont émergé. Dans les deux diocèses, l’heure doit être au changement dans la manière de vivre la vie chrétienne comme prêtres bien-sûr mais cette vision doit être partagée avec tous les baptisés et la synodalité doit se vivre à tous les niveaux car la disparité et la diversité de points de vue font la richesse. Tous, évêques, prêtres, diacres et laïcs, ont à se convertir au service de la croissance du Peuple de Dieu (c’est-à-dire de tous nos contemporains). Pour y parvenir, la Parole de Dieu doit être sans cesse remise au cœur de la mission. Des déplacements sont aussi à opérer. Il s’agit de passer d’un ministère de prêtre pensé comme un administrateur à un ministère de prêtre missionnaire. La parole doit être plus libre entre prêtres et évêques, entre prêtres eux-mêmes et aussi entre prêtres et laïcs dans la bienveillance car chacun cherche en définitive le bien de l’autre. C’est ce type de parole, qui pourra bien sûr être vive et vraie, qui tissera des liens, qui en tisse déjà. Il s’agit de favoriser sans cesse une ouverture aux questionnements qui mettent en mouvement pour annoncer l’Évangile de manière pertinente et ajustée aux personnes à qui les disciples du Christ sont envoyés. Des chantiers concrets sont à ouvrir et le premier d’entre eux consiste à poser un cadre de référence souple pour la vie et la mission des prêtres dans les deux diocèses. La proximité a été présentée comme le lieu où doit se vivre relation et fraternité pour annoncer l’Évangile. Mais de quoi parle-t-on ? Comment se vit-elle ?

La réflexion entamée à deux diocèses va se poursuivre dans les prochaines semaines et les prochains mois dans chacun des diocèses. Des calendriers sont fixés pour que les prêtres, en y associant les laïcs, écrivent ensemble des axes concrets pour un renouveau du ministère presbytéral pour la mission. Le chemin parcouru par le Christ avec les deux disciples d’Emmaüs pourrait être un modèle d’itinéraire pour passer sur d’autres rives, rives des visitations pour écouter, se laisser accueillir et annoncer la joie de l’Évangile.

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