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Pastorale rurale. Les agriculteurs invités à échanger sur leur quotidien.

Mercredi 12 février 2020, s’est tenu un après-midi rencontre entre agriculteurs à l’invitation de la Pastorale rurale du diocèse de Saint-Brieuc à la Maison Saint-Yves (Saint-Brieuc). Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, et les abbés Henri Cocheril et Laurent Le Meilleur étaient également présents ; l’occasion d’écouter les diverses réalités de l’agriculture en Côtes d’Armor, mais aussi pour échanger avec les professionnels présents.

Des installations mieux accompagnées

« Au mois d’avril 2020, va se tenir à Châteauneuf-de-Galaure (26) un rassemblement national Terres d’espérance sur la question de la ruralité en France, à l’initiative des évêques de France. 700 participants sont attendus, dont une délégation de neuf personnes du diocèse de Saint-Brieuc », a introduit le père Francis Morcel la rencontre.

Deux intervenants ont pris la parole durant cet après-midi à la Maison diocésaine Saint-Yves : Jean-Jacques René, issu de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor ; et Joseph Argouac’h, membre de Solidarité Paysans. « Le profil des installations a changé, elle est plus tardive, autour des 30 ans. Les agriculteurs d’aujourd’hui se forment davantage et s’inscrivent dans un parcours plus sécurisé. Nous tenons à nos centres de formation qualifiantes, de surcroit pour les personnes hors milieu agricole », observe Jean-Jacques René. « Nous avons un devoir d’accompagnement des candidats à l’installation. Il faut être vigilants sur les projets, notre crainte est l’erreur de parcours qui mènerait à l’échec ». Soucieux de suivre des projets économiques viables, celui-ci souhaite que « les agriculteurs puissent également s’épanouir dans leur vie personnelle ». « Parfois, le conjoint a un emploi extérieur à l’exploitation, c’est une problématique à prendre en compte au moment de l’installation », explique-t-il. « De plus en plus aussi, les agriculteurs sont également confrontés à des problématiques morales, telle que l’intrusion dans les élevages. C’est ce qu’on appelle l’agribashing ».

Aujourd’hui avec plus de 3350 fermes bio en Bretagne, soit 10% des fermes bio, l’agriculture biologique a quitté son statut de « niche ». Lors de ces derniers mois, les conversions en bio concernent majoritairement les productions de légumes, de lait et de grandes cultures. De plus en plus de producteurs franchissent le pas et de nombreux témoignages montrent des producteurs « bio » heureux et satisfaits de leur choix. Cependant pour réussir « son » passage en bio, il est important de ne pas bruler les étapes et de se faire accompagner tout au long de son parcours.

Source : Chambre d’agriculture de Bretagne

Éviter l'épuisement professionnel

Pour Joseph Argouac’h, membre de Solidarité Paysans, celui-ci fait le constat du nombre d’agriculteurs en grande difficulté lié à l’évolution du métier. « Trop sont laissés sur le bord de la route ! » ; soulignant cependant que Solidarités Paysans n’intervenait qu’à la demande expresse des agriculteurs, ne prenant jamais les devants. « Si ce n’est pas eux qui nous sollicitent, cela ne peut pas marcher… », déplore-t-il. « Un groupe de parole a été mis en place il y a trois-quatre ans animé par un psychologue. Cela permet de libérer la parole. » Appelés pour résoudre des crises économiques, les membres de Solidarités Paysans se confrontent parfois à l’absence de comptabilité sur l’exploitation. « Les agriculteurs qui demandent le RSA doivent pouvoir justifier de leur faible revenue, mais en l’absence de documents officiels… », témoigne-t-il. « La solitude dans le monde agricole est croissante, sans parler de l’excès de travail. On ne peut pas enchaîner 60, 70 ou 80 heures par semaine ! Cela mène à l’épuisement », pointe du doigt Joseph Argouac’h ; mettant en exergue également le comportement des consommateurs. « Pourquoi 30 à 40 % de ce qui est produit part au gaspillage ? C’est insupportable ! Aujourd’hui, il y a un problème de saisonnalité non respectée et d’un manque d’éducation ».

Nourrir la population, un beau métier

Pour François, jeune agriculteur, celui-ci fait le net constat d’« évolution des tailles des exploitations depuis dix ans. Elles sont devenues démesurées alors que les journées ne font toujours que 24 heures ». François y voit des charges de plus en plus lourdes mais aussi une concurrence étrangère plus féroce. « Mais ceux qui nous font le plus mal, ce sont les Français eux-mêmes » déplore-t-il. « On parle du bio, que c’est l’avenir, mais les consommateurs ne sont pas prêts à mettre la main au portefeuille ! Oui pour acheter le dernier portable à 1000 euros mais pas pour mieux manger… » Pour un de ses confrères, un autre François lui aussi jeune agriculteur, il s’agit essentiellement de « prendre du recul et de relativiser » les évolutions de la société, « rester à l’écoute, savoir gérer la pression et surtout ne pas sombrer dans le pessimisme », notamment face à la gestion chronophage de l’administratif. « En France, quand on en a fini avec une mise aux normes [des bâtiments d’élevage], de nouvelles normes apparaissent. Ce sont des coûts supplémentaires à chaque fois ! » En conclusion de ces échanges, tous les agriculteurs présents à la Maison Saint-Yves avaient à cœur de souligner autour de la table qu’« ils faisaient un beau métier », soulignant leur mission valorisante de nourrir la population. « Faisons-nous confiance et faîtes-nous confiance ! Nourrir les gens, c’est un métier qui a de l’avenir », a conclu Patrice Drillet, président de la COOPERL à Lamballe.

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