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Retour sur la marche fraternelle pour la paix, à Saint-Brieuc

A l'occasion du quarantième anniversaire de la rencontre interreligieuse d’Assise, en 1986 en présence du pape Jean-Paul II, une marche fraternelle pour la paix a été co-organisée, dimanche 18 octobre 2026, par le diocèse de Saint-Brieuc, la mosquée de Saint-Brieuc et l’Église protestante Unie des Côtes d'Armor. Des haltes dans trois lieux de culte (la mosquée, le temps protestant et la cathédrale), haltes qui ont offert des temps de rencontre, de découverte et de partage. La marche s'est achevée autour d'un verre de l'amitié sur le parvis de la cathédrale de Saint-Brieuc. Environ 300 personnes ont répondu à ce temps fort soutenu par le Service diocésain du dialogue interreligieux.
Marche Fraternelle Pour La Paix 2026 (3)

Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, reprenant les mots du pape Léon XIV à Metz, le 28 septembre 2026 : « Dialoguer ne diminue pas notre identité, mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. » Durant sa rencontre avec les représentants des différentes traditions religieuses en septembre dernier en Moselle, le Saint Père avait insisté sur l’amitié et le dialogue, qui loin de gommer les identités, nous ouvrent à la différence et à la richesse de chacun. En écho à ses précédentes prises de parole, le pape Léon XIV a mis en avant la nécessité que chacun puisse prendre part au service de la paix, mais également à la défense inconditionnelle de la vie et de la dignité de toute personne humaine.

Retour sur trois témoignages vibrants

M. Mehand Iheddadene, imam de Lannion | Extraits

C’est avec beaucoup d’émotion et de fraternité que je prends la parole aujourd’hui, au nom de la communauté musulmane, à l’occasion de cette marche pour la paix.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous croyons tous de la même manière, mais parce que nous partageons une conviction essentielle : malgré nos différences, nous appartenons à une seule et même humanité. Dans l’islam, la paix occupe une place fondamentale.

Et Dieu nous rappelle également que la diversité des peuples et des nations est une invitation à nous connaître, et non à nous combattre. La véritable foi ne devrait jamais nous conduire à mépriser l’autre, à humilier notre voisin ou à justifier l’injustice. Elle devrait nous apprendre à respecter la dignité humaine, à maîtriser notre colère, à pardonner et à tendre la main à celui qui souffre.

Car la paix ne commence pas seulement entre les nations ; elle commence dans nos cœurs, dans nos familles, dans nos quartiers et dans notre manière de traiter les autres. Il est facile de parler de paix lorsque tout va bien. Le véritable défi est de préserver la fraternité lorsque nous ne sommes pas d’accord, lorsque nos croyances diffèrent ou lorsque la peur et les préjugés nous éloignent les uns des autres.

Aujourd’hui, notre présence côte à côte est un message fort : aucune religion ne devrait être utilisée pour semer la haine, et aucune différence ne devrait nous faire oublier notre humanité commune. Nous ne sommes pas obligés de penser de la même manière pour nous respecter. Nous ne sommes pas obligés de partager la même foi pour nous entraider. Et nous n’avons pas besoin d’être identiques pour marcher ensemble.

Chers amis, faisons de cette marche bien plus qu’un événement d’un jour. Faisons-en un engagement quotidien : écouter plutôt que condamner, comprendre plutôt que suspecter, construire plutôt que détruire, et transmettre à nos enfants le goût de la paix plutôt que la peur de l’autre.

Que Dieu protège nos villes, apaise les cœurs, soulage les victimes de la violence et nous donne la force de bâtir un monde plus juste, plus fraternel et plus humain. Et que chacun, selon sa foi ou sa conscience, devienne un artisan de paix. La paix sera notre victoire lorsque la différence ne sera plus une menace, mais une richesse.

M. Jigmé Puntsok, moine du Centre bouddhiste de Plouray | Extraits

Plus que jamais, notre monde a besoin de paix, de respect, d’amour et de bienveillance. La haine et la violence qu’elles soient physiques ou verbales sont cause de grandes souffrances. Répondre à la haine par la haine et à la violence par la violence est un engrenage sans fin duquel il est difficile de sortir.

À l’inverse, cultiver l’amour bienveillant est source de bonheur. Cet amour et cette bienveillance nous devons donc les faire grandir et les développer en nous. Les différentes traditions religieuses ont pour vocation de nous aider à développer ces qualités intérieures, source de bonheur pour autrui et pour soi-même.

Pour illustrer mon propos, permettez-moi de vous raconter une petite anecdote un peu personnelle. Un jour, en déambulant dans le village de mon enfance, je devais avoir 7 ou 8 ans, je pris la direction du cimetière où se trouve une petite chapelle. Je pénétrais dans cette chapelle et je fus intrigué par l’autel. Avait été peints sur cet autel en bois, un œil et une oreille avec dessous les inscriptions suivantes, Dieu voit tout. Dieu entend tout. Je fus interpellé par ces inscriptions qui me laissaient perplexe. Quelques jours plus tard je demandai à sœur Cécile, une religieuse qui, dans notre paroisse, nous enseignait la catéchèse, de m’éclairer. Je lui demandais : « Est-ce que c’est vrai que dieu voit tout et que dieu entend tout ? » Sœur Cécile, en qui j’avais une grande confiance me répondit : « Oui c’est vrai, Dieu voit tout et Dieu entend tout. » Je lui demandais alors : « Mais alors, Dieu est partout ? » Elle me répondit : « Oui Dieu est partout » puis elle ajouta : « Dieu est partout mais il est surtout dans ton cœur et il se trouve aussi dans le cœur de tous tes camarades. » Je n’ai jamais oublié les paroles de sœur Cécile.

Aujourd’hui, je suis convaincu qu’à l’intérieur de chacun de nous est présente une petite lumière sacrée. Si les religions existent, c’est pour nous aider à faire rayonner cette lumière, ce potentiel d’amour et de compassion que nous possédons tous. Pour le dire plus simplement pour celles et ceux qui croient en l’existence de Dieu, plus nous développons le bon cœur, plus nous nous rapprochons de Dieu. Malheureusement le risque existe, d’oublier que Dieu est amour. Au nom d’un Dieu qui ne serait plus amour on peut vite dévier de l’essentiel et s’enfermer dans un dogmatisme stérile et dangereux.

Quel que soit notre religion, et même pour celles et ceux qui ne suivent aucune tradition spirituelle, nous devons absolument éviter d’être cause de souffrance pour autrui. Les traditions spirituelles ont toutes vocation à nous aider à être plus heureux dans la vie. Et pour être heureux et vivre en paix, il n’y a pas d’autre alternative que d’ouvrir son cœur. La diversité des religions est une richesse. Mais une religion ne doit jamais être exclusive. Nous devons comprendre que l’essentiel dans la vie pour être heureux est de développer l’amour bienveillant et la compassion pour tous les êtres quel que soit leur appartenance religieuse, leur race, leur milieu social ou leur mode de vie.

Pour vivre en paix dans notre monde mais aussi dans notre beau pays, dans nos villages, dans nos villes et nos quartiers, en plus de l’amour bienveillant, nous devons développer la tolérance et le respect envers les autres. Le dénominateur commun à toutes les religions, c’est la bienveillance.

Permettez-moi pour conclure de citer Sa Sainteté le Dalaï Lama à qui, il y a quelques années un journaliste demandait : « Pouvez-vous nous expliquer votre religion ? » Le Dalaï Lama répondit : « Ma religion, c’est l’amour ; son temple, c’est le cœur ; et sa doctrine, c’est la tolérance et le respect des autres. »

M. Serge Hannoun, représentant de la communauté juive à Saint-Brieuc | Extraits

On m’a demandé de dire, au terme de votre marche fraternelle pour la paix, quelques mots au nom de la communauté juive de Saint-Brieuc. La Paix, aspiration humaine universelle et de tous les temps, paix intérieure, paix au sein des familles ou dans la société, paix entre les peuples et entre les nations, paix se dit SHALOM en hébreu, ce qui signifie harmonie, plénitude, sérénité, et c’est l’un des noms de D.ieu.

Nos Sages disent que « le monde repose sur 3 choses : la justice, la vérité et la paix », et que la paix est la plus grande de toutes les bénédictions. Heureux de partager ce moment de fraternité avec vous tous, je terminerai par ce verset du psaume 33 : « Ah ! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères de vivre dans une étroite union ! »

Marche Fraternelle Pour La Paix 2026 (1)
Marche Fraternelle Pour La Paix 2026 (2)