Le Service national de la catéchèse et du catéchuménat propose un document pour réfléchir à l’accompagnement des néophytes. Fruit d’une session intitulée « Cheminer avec les néophytes » en mars 2023, ce document présente sept pistes de réflexion et quelques exemples pour progresser dans l’accompagnement et l’incorporation des néophytes dans les communautés et développer le soutien à apporter à ces nouveaux chrétiens.

Comment pouvons-nous être disponibles à ces nouveaux venus qui vont enrichir la mission de l’Église ? La question de l’après-baptême est une question récurrente. Le terme « néophyte », c’est-à-dire « nouvelle pousse » évoque la fragilité de la foi, comme la fragilité d’une jeune plante qui a besoin de terreau et de nourriture pour sa croissance et de tuteur pour guider son évolution.
Saint Paul nous donne quelques indications quant à l’incorporation : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien […] Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 4-7. 25-27).
« Après la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne, la communauté tout entière avec les nouveaux baptisés médite l’Évangile, participe à l’eucharistie et exerce la charité pour progresser dans l’approfondissement du mystère pascal et le traduire toujours plus dans leur vie » (Rituel de l’initiation chrétienne des adultes n° 236).
L’enjeu est certes l’incorporation des néophytes dans nos communautés (pas uniquement paroissiales réunies pour célébrer le dimanche), c’est également le soutien des néophytes dans leur toute nouvelle vie chrétienne à travers la reconnaissance de leurs charismes et l’accompagnement de leur vocation propre pour une vie chrétienne pleinement déployée. « Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’ » – Pape François, Amoris Laetitia n° 297
Ce dossier souhaite aider les catéchistes, les responsables de communautés paroissiales, à prendre en compte les difficultés des néophytes et réfléchir à la mise en œuvre de propositions concrètes pour soutenir leur incorporation dans les communautés. Les propositions sont aussi diverses que la mise en place d’équipes de fraternités en paroisse, en mouvement, une formation ou un accompagnement des parrains et marraines, des invitations à une participation particulière à la vie liturgique, à la vie d’une paroisse selon leurs charismes… Il s’agit de porter une attention particulière aux néophytes en continuant à soutenir leur conversion personnelle et de les aider à discerner leur vocation baptismale.

Intégrer pendant le catéchuménat
La préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne est un chemin de liberté et de discernement. La première évangélisation reste un moment discret, sur mesure. Accompagnée à son rythme, la personne goûte à la Parole de Dieu, à la prière, à la vie en Église, en restant ouverte au souffle de l’Esprit Saint pour sa conversion. Par l’entrée en catéchuménat, le candidat devient visible dans sa paroisse. Par l’appel décisif et l’inscription du nom, l’élu est reconnu par l’évêque à l’échelle du diocèse. Chaque catéchumène a donc déjà une place et rencontre d’autres chrétiens avec lesquels il noue des liens.
Cette conversion progressive est un temps pour s’initier à la vie d’une paroisse, rencontrer des chrétiens actifs, se forger des relations en Église. C’est le sens des trois questions posées par l’évêque, au début de l’appel décisif. La nuit où l’adulte reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie), il y a un aboutissement. Mais il y a, encore plus, un commencement : c’est celui de la vie chrétienne.
Conforter les parrains et marraines
Le parrain et/ou la marraine est choisi par le catéchumène à cause de son exemple, de ses qualités et par amitié. Il accompagne le candidat le jour de l’appel décisif, dans la célébration des sacrements… Il montre amicalement au catéchumène comment vivre de l’Évangile dans sa vie sociale, il l’aide dans ses doutes, il lui apporte l’appui de son témoignage et veille à la croissance de sa vie baptismale. Choisi avant l’appel décisif, il exerce sa charge en rendant témoignage devant la communauté ; son rôle reste important quand le néophyte a reçu les sacrements et doit être aidé pour demeurer fidèle à son baptême.
Les futurs baptisés et confirmés n’ont pas toujours un réseau très étendu de relations au sein de l’Église catholique. Or, il leur faut assez tôt un parrain ou une marraine, au plus tard à l’appel décisif en début de Carême. Il est possible d’identifier d’éventuels parrains et marraines à l’échelle de la paroisse. C’est une belle mission d’être ainsi repéré comme frère ou sœur « aîné » dans la foi, participant à un épanouissement de filleuls dans la vie chrétienne.
Ménager le temps de la mystagogie avec la communauté tout entière
Après la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne, la communauté tout entière avec les nouveaux baptisés médite l’Évangile, participe à l’eucharistie et exerce la charité pour progresser dans l’approfondissement du mystère pascal et le traduire toujours plus dans leur vie. Avant la réception des sacrements de l’initiation chrétienne, le temps du Carême est jalonné en particulier par les scrutins pour les catéchumènes. Après la Vigile pascale et les sacrements de l’initiation chrétienne, tout a changé dans la vie en Dieu.
Pourtant, le monde est toujours le même pour le néophyte au quotidien. Tous éprouvent surtout cette impression de redescendre de la « montagne » pour retrouver la « plaine ». Ils passent d’un moment fort à la vie de tous les jours. Nous sommes en pèlerinage sur terre. Le Christ est le chemin. Aussi le pèlerinage est-il une forme très appréciée d’avancée dans la vie chrétienne. Une expérience à vivre pour les néophytes ?
Faciliter l’expression des charismes des néophytes : à quoi Dieu m’appelle-t-il ?
Chaque baptisé est « prêtre, prophète et roi ». En outre, un confirmé est envoyé en mission. Aller en mission, annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile et témoigner de sa foi, voilà déjà ce que le nouveau confirmé a comme inspiration. Chacun ayant reçu le même baptême, le même Esprit, le même Corps, chacun a égal liberté et dignité pour cheminer en Église. Le tout nouveau n’a ni plus, ni moins de grâce que les plus anciens. Aussi, c’est à chacun de se mettre à l’écoute et en chemin avec les autres, sans particulière préséance d’ancienneté ou de nouveauté.
L’intégration est une « marche ensemble » qui conduit tous et chacun par l’Esprit. C’est d’ailleurs ce que l’on nomme synodalité. Chacun s’efforce avant tout d’imiter le Christ, dans l’état de vie qui est le sien : laïc, vie consacrée, ministre ordonné. La vocation consiste à répondre à Son appel en faisant sa volonté. Les premiers temps de la vie des néophytes constituent une étape décisive. C’est un moment privilégié de discernement. Puisque les sacrements de l’initiation sont un commencement plus qu’un aboutissement, il importe de continuer à se former. Cela est vrai pour tout baptisé, tout au long de sa vie chrétienne.
Favoriser la prise de responsabilité des néophytes
Les nouveaux ont souvent une certaine retenue, laissant parler les anciens. Cette réserve prive cependant la communauté de la richesse d’étonnement de l’oeil neuf. Il importe donc de donner explicitement la parole aux néophytes. En paroisse, il est fructueux de saisir les multiples occasions qui permettent de demander l’avis des néophytes : réunions, groupes de partage ou de prière, voire conseils où ils sont invités ou dont ils sont membres. La diversité des talents et des parcours de néophytes constitue une grande richesse.
L’Église est en fonctionnement mais aussi en transformation permanente, des diocèses aux paroisses. À cet égard, l’arrivée des nouveaux constitue une chance de renouvellement. Ainsi, on peut faire appel à la créativité des néophytes. Tout baptisé a pleinement sa place à prendre. « Du disciple au missionnaire », cette expression qui caractérise le pontificat du pape François est une invitation pressante, adressée à chaque baptisé, pour qu’il partage sa « joie de l’Évangile », partout où l’Esprit le conduit.
Renouveler les communautés, par cette fraternité qui s’ouvre
Dans certaines paroisses (ou doyennés), il peut y avoir jusqu’à une dizaine de néophytes par an. De tels nombres donnent la possibilité de créer des fraternités de néophytes. Ils ont vécu des événements forts ensemble : appel décisif en diocèse, entrée en catéchuménat et Vigile pascale en paroisse. Ils peuvent avoir le désir d’en faire mémoire et de vivre de nouvelles aventures ensemble. Élargir éventuellement ces fraternités aux catéchumènes, à condition de bien distinguer ceux qui se préparent à recevoir les sacrements de ceux qui les ont reçus : les néophytes ont alors un rôle de témoins, voire de tuteurs. L’Église est en chemin, ensemble, fraternelle.
Cette dimension « synodale » se décline dans les diocèses, puis dans les paroisses et mouvements. Les néophytes bénéficient de cette dynamique. Bien plus, ils l’alimentent à leur tour. La présence de néophytes, ou plus généralement de chercheurs de Dieu, renouvelle les communautés chrétiennes. C’est à l’amour que l’on se porte les uns aux autres que l’on voit que nous sommes disciples du Christ (Jn 13, 35). C’est cette fraternité qu’attendent en premier lieu les néophytes.
Valoriser l’Église, qui s’enrichit de chaque nouveau membre
On dit souvent que l’Église est une grande « famille », qui réunit des frères et sœurs autour du même Père. De ce point de vue, comme dans toute famille, le dernier arrivé revêt une importance toute particulière, signe de transmission et promesse d’avenir. On retrouve, à plus vaste échelle, le fait que tout néophyte renouvelle le visage des communautés et mouvements mais aussi celui de l’Église dans son ensemble. Vivre avec les néophytes de telle sorte que chacun se sente membre à part entière d’une même « grande famille » : celle de Dieu, en Église. Indiquer aussi aux néophytes que leurs familles ont vocation à devenir de « petites églises ». Cela conduit à aborder leur projet de mariage, le baptême et l’éducation de leurs enfants, au fur et à mesure que leurs situations évoluent.
Le but de la vie chrétienne, c’est d’être « heureux » auprès de Dieu, comme l’indique le Christ dans son grand sermon sur la montagne. Pour y parvenir, Il nous donne aussi son commandement qui est d’aimer Dieu et son prochain. Ce retour au fondamental donne une grande joie à ceux qui suivent le Christ, « chemin, vérité et vie ». À chaque génération, de nouveaux chrétiens se lèvent pour porter la joie de l’Évangile.
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