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Actualité

Session des conseils épiscopaux de la Province ecclésiastique de Rennes

Les 9 et 10 février 2026, les conseils épiscopaux des diocèses de la Province ecclésiastique de Rennes se sont réunis à l’occasion de leur session annuelle de travail. Cette année, cette session s’est tenue au Foyer de charité de Tressaint, à Lanvallay, près de Dinan, sur le thème de la démocratie. Les évêques et leurs vicaires généraux ont continué sur une troisième journée de travail le mercredi 11 février.

Quelques photos de l'édition 2026

Comme tous les membres des Foyers de Charité du monde, les membres du Foyer de Charité de Tressaint ont choisi de consacrer leur vie au Christ. Par leur travail, leur prière, leur vie fraternelle, leur accueil, ils veulent vivre et témoigner ensemble de l’amour de Dieu. Les membres du Foyer partagent une vie simple. Ils mettent en commun leurs biens et leurs compétences pour faire du Foyer de Charité un lieu propice au ressourcement spirituel de leurs contemporains. La vocation des Foyers de Charité est de permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver une oasis fraternelle pour se ressourcer, être fortifié, affermi, consolé. Ils sont enracinés dans l’Église catholique et leur charisme reconnu est la prédication de retraites spirituelles ouvertes à tous. | www.tressaint.com

Lundi 9 février 2026

Intervention d'Emmanuel Brochier, doyen de l’Institut de philosophie comparée à Paris sur la « pensée des Anciens »

Aristote, Platon, Périclès, Pythagore, Thalès, Protagoras, Gorgias… autant de philosophes grecs mis en valeur par Emmanuel Brochier afin de décrypter le monde d’aujourd’hui. « Le problème n’est pas le débat, le problème est la conception de la vérité. Est-ce que la vérité coïncide dans le consensus ? », a-t-il questionné la salle à la lumière des textes anciens. « Le discours a une fonction qui est extraordinaire : c’est qu’il permet d’apaiser. Le discours joue un rôle sur les émotions. Gorgias a inventé ainsi la rhétorique, l’art du discours pour persuader. »

Emmanuel Brochier est également revenu sur « la découverte » de Socrate. « Connaître la nature de chaque chose revient à connaître sa finalité. Pour le bonheur de l’Occident, Socrate va créer une nouvelle discipline : l’éthique. Il va réfléchir sur les actes humains, donc sur l’agir en société. » Ce dernier a clôturé son intervention par les propos du philosophe français Pierre Pellegrin. « Alors que la cité était présente à tous les niveaux de la vie quotidienne des Grecs et dans les textes qu’ils nous ont laissés, Aristote est le premier à définir ce qu’est la cité : la communauté parfaite dans laquelle les citoyens, en partageant le pouvoir, parvenait à un épanouissement psychologique et affectif qu’Aristote, comme tous les Grecs appelaient le bonheur. »

Intervention du Professeur Frédéric Lambert, de l'Université de Rennes sur la « crise de la démocratie représentative »

Frédéric Lambert a souligné « le dysfonctionnement profond des régimes démocratiques contemporains », marquant ainsi « la déconnexion, le divorce entre les gouvernants et les citoyens » ; « les gouvernants étant perçus comme éloignés des électeurs ». Frédéric Lambert a rebondi en citant les propos du philosophe Jean-Jacques Rousseau : « À l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre ; il n’est plus. »

Frédéric Lambert a rappelé que les sociétés sont confrontées à une triple crise : crise de confiance, crise de représentativité, et crise de légitimité. « Cela suppose ainsi l’existence d’une norme de bon fonctionnement de la démocratie », a-t-il insisté. « La politique est là pour organiser la coexistence des singularités des volontés. » Cependant, celui-ci constate que « l’accélération sociale affecte les conditions de représentation. Nos sociétés contemporaines sont marquées par l’urgence et l’instantanéité. On pense au numérique, aux médias. Il y a une inadéquation entre le rythme des institutions et les attentes de la population, ce qui accentue l’idée d’une démocratie lente et inefficace. »

Frédéric Lambert s’est questionné sur « comment rendre la représentation plus démocratique [sans basculer dans] la tyrannie de la majorité tout comme celle de la minorité. Il s’agit de garder un certain équilibre et l’inscrire dans l’intérêt général et le bien commun ». Ce dernier a rappelé que « l’intérêt commun n’est pas l’addition d’intérêts particuliers », mais aussi que « l’intérêt commun va au-delà de l’intérêt collectif ». Il est question ici « d’ordre public et de libertés fondamentales ».

Intervention de Frère Bernard Bourdin, enseignant à l’Institut Catholique de Paris sur « l’Église catholique et la démocratie libérale »

Le Frère Bernard Bourdin a commencé par rappeler l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » « Nous sommes passés des droits de l’Homme à des droits à l’homme », sourit-il. « Nous sommes passés d’une philosophie à une idéologie. C’est l’un des nœuds de la crise démocratique. »

Transmission générationnelle, accueil de l’autre, accompagnement à la fin de vie, respect de la dignité, encyclique Laudato si’, déclin démocratique… Autant de sujets que le Frère Bernard Bourdin met en lumière et en perspective. « A travers la question de l’intelligence artificielle, comment transmettre le savoir sans que les jeunes ne soient objets de la technique ? Nous ne pouvons pas nous limiter à une transmission de compétences, la transmission des savoirs fondamentaux est primordiale : d’où venons-nous ? qui sommes-nous ? »

Le Frère Bernard Bourdin a martelé que « l’Eglise est une autorité spirituelle et non un leader d’opinion ou un influenceur. L’Eglise propose une vision de l’homme en société, elle n’est pas tributaire des opinions majoritaires. L’Eglise est porteuse d’un message de vérité ». Ce dernier a conclu son propos en soulignant que « pour un chrétien, l’universel s’incarne dans des communautés particulières qui permet ainsi de faire communauté ».

Mardi 10 février 2026

Intervention de Denis Rapinel, maire de Dol-de-Bretagne et président de la Communauté de communes

« Etre élue est une formidable aventure humaine. Il s’agit de toujours avoir l’humilité de nos certitudes, qui doivent sans cesse être remises en cause. Nous avons une lourde responsabilité au nom de l’intérêt commun, qui n’est pas la somme des intérêts privés. Parfois, certaines décisions peuvent être compliquées – voire douloureuses – à prendre. La première des sécurités est de ne jamais prendre une décision seule.

« Nous voyons que la société a évolué, a changé. Cependant, on voit toujours de la solidarité au quotidien. On voit la capacité de nos concitoyens à se mettre en mouvement. Parfois, cela se fait de manière discrète mais je le perçois toujours autour de moi. Les citoyens sont toujours engagés, peut-être différemment. Nous comptons plus de douze millions de bénévoles en France ! »

Intervention de Marie-Hélène Herry, conseillère départementale dans le Morbihan

« La démocratie n’est pas une évidence, ni une fatalité. C’est une conquête. Nous ne voulons pas le moins pire mais le meilleur pour nos sociétés. Les extrêmes progressent comme si la démocratie n’avait plus de sens. La démocratie n’est pas un héritage figé mais un programme vivant, c’est ça la magie de la démocratie ! C’est de transformer un conflit en progrès. La démocratie offre un débat, une participation citoyenne, un vote, un engagement…

« Le plus grand danger est l’indifférence. L’absentéisme, ce désengagement, est une bombe à retardement. Il s’agit d’inventer aujourd’hui la démocratie de demain. La démocratie ne nous demande pas d’être parfait mais d’être présent. »

Intervention de Loïc Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne

« Nous avons la conviction que nous pouvons encore servir. Nous sommes dans une démocratie bien vivante, mais bousculée. Cet espoir d’avenir doit montrer qu’il existe des chemins communs. On ne se rend pas compte de l’impact de la non-démocratie sur un peuple. Croyons en notre capacité à faire vivre la démocratie ! Le silence est un poison mortel. Voici trois recettes de réussite :

  • la clarté des mots : ne pas travailler dans l’émotion mais sur les convictions.
  • la proximité : pour être en capacité d’être en conversation avec la population.
  • la cohérence dans le temps : il est insupportable pour les citoyens que le politique évolue dans ses positions.

Nous avons à assumer chacun notre part de responsabilité pour faire tenir la société ensemble. La Bretagne fait partie des territoires modérés pour insuffler de nouvelles idées.

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