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Journée nationale de commémoration du génocide arménien de 1915

Vendredi 24 avril 2026 a eu lieu une cérémonie officielle de commémoration du génocide arménien de 1915 sur le site de la Maison diocésaine Saint-Yves, à Saint-Brieuc, à proximité du Khatchkar. Un hommage, en présence de Mgr Denis Moutel, des représentants de l’État et des collectivités territoriales, salué par de nombreux citoyens d’origine arménienne présents sur place. La France a fait de cette date une journée de commémoration annuelle du génocide arménien, par décret du 10 avril 2019.

Extraits des prises de parole

Je veux simplement rappeler ce qu’il s’est passé ici l’année dernière, le 5 juillet 2025, puisque c’est ce jour où nous avons inauguré et béni un Khatchkar sur le site de la Maison diocésaine. C’est une joie profonde et une grande émotion que de vous accueillir sur le lieu de la Maison Saint-Yves, que nous voulons ouverte pour :

  • – marquer le souvenir de ce moment si dramatique et douloureux du génocide arménien,
  • – et en même temps, marquer la grande dignité et la foi de ce peuple qui a été marqué par tant d’épreuves et habiter par une espérance inébranlable.

Cette stèle pour nous, ici, dans le jardin de la Maison diocésaine n’est pas seulement un très beau monument, elle est aussi un signe de mémoire, un signe de fraternité et un signe d’unité entre chrétiens de notre volonté de vivre la paix et de marcher sur les chemins de la communion.

Que notre mémoire, chaque année renouvelée, soit source de paix, de reconnaissance mutuelle. Que notre mémoire soit semence d’unité et d’amitié pour les peuples.

Aujourd’hui, nous célébrons ce 111ème anniversaire du génocide arménien. Notre association a vu le jour en 2015 lors du centenaire de ce terrible massacre. Depuis plusieurs années, la Mairie de Saint-Brieuc nous rejoint le 24 avril. Mais aujourd’hui, ce triste anniversaire revêt une toute autre importance grâce à la présence de Monsieur le Préfet et de tous les officiels qui nous accompagnent. Grâce aussi à la présence de Mgr Moutel qui nous a permis d’installer ici cette croix de pierre. Pour la première fois, nous honorons la mémoire des victimes de 1915, victimes au nombre d’1.500.000 devant cette stèle hautement symbolique et spécifique de l’art arménien.

Cette croix de pierre, en arménien « Khatchkar »,  incarne la christologie de l’Eglise apostololique arménienne, la foi et la résistance du peuple arménien, et concrétise le lien entre les chrétiens d’Orient et d’Occident. Notre communauté nourrissait ce projet depuis longtemps et notre rencontre avec Mgr Moutel nous a permis de le réaliser. Nous lui serons éternellement reconnaissants.

Le 24 avril 2026 est aussi un jour mémorable car Monsieur le Préfet nous accompagne en ce moment solennel. Sa présence nous rappelle que le génocide arménien fait aussi partie de l’histoire de France, qui est devenue la patrie de nombreux survivants de ce génocide. Eparpillés aux quatre coins du monde, les Arméniens ont développé un processus de survie reposant sur une solidarité familiale indéfectible, le goût du travail et de l’intégration dans le pays d’accueil, et bien sûr sur leur foi chrétienne devenue foi nationale arménienne au IIIème siècle après Jésus-Christ.

Je ne dirai que quelques mots car la mémoire s’honore par le silence, et surtout par le silence. Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer le génocide arménien de 1915 dans le cadre de la journée nationale voulue par la République Française. Rappelons les faits dans la nuit du 24 au 25 avril 1915. Le travail des historiens nous permet de dire que commence le génocide, décidé et planifié par le Gouvernement nationaliste des Jeunes Turcs qui gouvernent alors l’Empire. En cette nuit d’avril, ce sont les élites intellectuels arméniennes de Constantinople qui sont visées. Des écrivains, des avocats, des artistes, des prêtres et des professeurs sont arrêtés, emprisonnés.

A partir du printemps 1915, l’arrestation et l’exécution des hommes arméniens valides s’organise. Puis ce sont les femmes, les enfants, les aînés qui sont sortis de force de leur village pour être jetés sur les routes, dans un périple forcé qui les emmène jusque dans les déserts de Syrie. Des centaines de milliers d’entres eux ne reviendront pas.

La tragédie vécue par les Arméniens est unique, incomparable à aucune autre. Elle porte un nom précis, bien à elle, au milieu du foisonnement d’horreur qui l’entoure. Ce nom, c’est celui de « génocide ». Heureusement, la mémoire du peuple arménien a été transmise de génération en génération. Des voix se sont élevés en Arménie et en Turquie aussi, et dans bien des pays pour briser ce silence qui empêche le passé de passer. Sa culture, par exemple, continue d’exister et sa résistance est un exemple.

La Ville de Saint-Brieuc rend hommage, bien sûr, à celles et ceux qui sont morts mais elle salue aussi la responsabilité des vivants, c’est-à-dire de nous tous, car ce sont les vivants qui doivent mener maintenant la lutte pour la mémoire, pour la liberté, pour la vérité, pour la justice contre la haine, contre la violence, contre l’intolérance.

Nous sommes réunis aujourd’hui, en ce 24 avril, pour commémorer le génocide arménien et honorer la mémoire de plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants. Ce crime de masse planifié et exécuté en 1915 par l’Empire Ottoman demeure l’une des pages les plus sombres de l’Histoire contemporaine. Cette date n’est pas qu’un simple repère dans le calendrier, elle est une blessure profonde, persistante, inscrite dans la conscience universelle. Elle nous oblige à ne jamais considérer la mémoire comme acquise, elle se défend, elle se transmet, elle engage chacune et chacun d’entre nous.

Commémorer ne consiste pas seulement à se souvenir. C’est refuser l’oubli, le silence et l’indifférence. C’est rappeler avec gravité ce dont l’humanité est capable lorsqu’elle renonce à ses principes et rétablir une vérité historique qui ne peut être ni relativisée ni effacée. C’est pourquoi nous condamnons avec fermeté toute forme de négationnisme où qu’il s’exprime, et en particulier lorsqu’il est porté au niveau le plus haut d’un Etat. Car, en niant un génocide, c’est prolonger la violence, c’est porter atteinte à la dignité des victimes et fragiliser la sécurité des peuples qui en portent encore la mémoire. La mémoire n’est pas tournée vers le passé par nostalgie. Elle éclaire le présent et nous place face à nos responsabilités. Il ne peut y avoir de paix durable sans reconnaissance pleine de la vérité, ni de fraternité sans justice.

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