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Retour sur la 2ème édition du festival de l'écologie à l'abbaye Saint-Jacut

« Faut-il être radical pour sauver la planète ? , tel était le thème de la deuxième édition du festival de l’écologie à l’abbaye Saint-Jacut, qui s’est déroulé du 13 au 15 octobre 2023. L’événement a mobilisé près de 250 participants, dont une vingtaine du mouvement Chrétiens en Monde Rural (CMR). Un article d’Annie Le Mercier, responsable diocésaine du CMR 22, et des participants du mouvement.

« Et vous, quelles sont vos actions pour la planète ? »

Les participants ont pu chercher leur inspiration pour agir, qui dans les tables rondes, conférence, et ateliers multiples, qui dans les rencontres informelles, ou bien encore dans les moments de respiration : balades sur les chemins de la presqu’île de Saint-Jacut et propositions plus spirituelles comme la prière matinale et la célébration de la création en clôture du week-end.

Le CMR, s’est engagé pour la deuxième fois comme partenaire dans l’organisation. Nous avons animé sur les temps de pauses un mur d’expression : « et vous, quelles sont vos actions pour la planète ? ». Les participants ont contribué très volontiers, montrant des domaines d’engagements au service de l’écologie très étendus : énergie, transports, banque, habitat, consommation, alimentation, déchets…

Notre deuxième investissement était l’animation d’un atelier « inventons nos vies bas carbone », en utilisant un outil créé par une association du même nom, qui permet de visualiser notre impact carbone individuel et collectif, dans différents domaines du quotidien, de situer l’urgence d’agir et de se projeter dans des solutions viables, et enviables… Le CMR national et les CMR bretons ont fait ces choix qui visaient l’implication de chacun, en adéquation avec les démarches d’éducation populaire portées par notre mouvement.

Revenons à la conférence d’ouverture de Camille Étienne, jeune activiste de 25 ans pour la justice sociale et climatique, auteur de « Pour un soulèvement écologique : dépasser notre impuissance collective » (éd. Seuil, mai 2023). Elle rappelle qu’étymologiquement, « être radical, c’est aller à la racine ». Elle invite à disséquer ce qu’on appelle violences, à savoir reconnaître toutes celles qu’on ne nomme pas, mais qui en sont (usage des pesticides). Sa ligne rouge « pas de violence envers les personnes ». « Les sabotages de biens : doivent rester une stratégie de dernier recours pour arrêter un projet avancé, car souvent les rapports de force arrivent trop tard ». Il faut être stratégique :

  • Ne pas se laisser épuiser par les urgences (qui sont bien réelles), mais entrer dans le temps long. Ne pas courir sur de fausses bonnes solutions (l’état est devenu un gestionnaire d’urgences !), mais mettre en place des stratégies collaboratives, chacun selon ses compétences: agir en justice, agir sur les financeurs des projets écocides…
  • Dépasser la peur : sur les plateaux TV, elle dit qu’on lui demande de ne pas faire peur… Mais elle exige de maintenir ses sujets à l’agenda, persuadée que la peur peut nous sauver si on en fait un objet politique qui nous fait sortir de nous-mêmes, nous poussant dans des actions collectives.  Elle prône de faire exister les conflits dans le cadre démocratique, d’arrêter les consensus mous, car « une minorité qui arrive à convaincre un flan modéré permet de renverser les choses ».

« Quels modes d'action face à l'urgence climatique ? »

La table ronde du samedi matin « quels modes d’action face à l’urgence climatique ? » croisait les engagements de trois acteurs :

  • Cécile Renouard a mis en place en 2017 le campus de la transition, partant de ses constats d’enseignante dans les grandes écoles : comment faire bouger les multinationales (les gros mammouths !) ? Comment déformater l’enseignement supérieur ? Sa congrégation religieuse dispose d’un lieu en Seine et Marne. Le projet sera non confessionnel, laïc, mais inspiré spirituellement ; radical, mais non marginal. Il enracine dans le terrestre ( jusque dans le froid des locaux !) et le territoire (liens avec les entreprises locales). Le parcours a été agréé par la ministre : « vous êtes hors système, mais un bel écosystème », « formez des têtes de ponts, écrivez un programme ». Celui-ci invite à circuler entre les 6 portes (complémentaires)du manuel : oïkos (la maison commune) diagnostic en terme de climat et conséquences, éthos discernement éthique, bien vivre c’est quoi, comment, injustices, nomos règles du jeu et lois. Comment les changer, faire évoluer les mentalités ? logos : mots, récits imaginaires, fiction des futurs probables et possibles, praxis modes d’actions et apprentissages en équipes, collaboratifs, dynamis reconnexion à soi, à la nature, à Dieu
  • Louis Cofflard est avocat au barreau de Paris, militant aux Amis de la Terre. Il s’est engagé dans le procès sur la qualité de l’air à Paris, et nous montre le long parcours de lutte de l’association pour que l’état respecte la loi sur la qualité de l’air. « La radicalité est confondue avec l’extrémisme ! Mais non, c’est très positif ! C’est une démarche, une méthode ; naviguer dans le système de la justice de notre pays, dans le but de refuser l’inaction de l’état »
  • Roustache (nom d’emprunt) est militant à Extinction Rébellion, passé d’abord à Alternatiba, puis à Youth for climate. « On ne veut pas sauver le monde, juste arrêter de le détruire ; cesser de brûler l’énergie fossile, faire fermer les mines de charbon. Pas de craintes pour les pertes d’emploi car on en crée de façon nette en fonctionnant autrement ». « J’assume la conflictualité ; la démocratie est un moyen de débattre. Il y a des positions antagonistes au sujet de l’écologie : les capitalistes luttent pour gagner de l’argent, alors que d’autres luttent pour vivre. »

« Les chemins de la transformation intérieure »

Autre table ronde le dimanche matin : « les chemins de la transformation intérieure ».

  • Un psychologue Pierre Eric De Sutter, co-auteur de « bien vivre son écoanxiété – prendre soin de soi en prenant soin du monde » (éd Gereso, juin 2023) explique comment l’éco-anxiété, encore non répertoriée il y a peu, est venue s’imposer comme mal-être. Ce n’est pas une maladie mentale. Cependant, non pris en compte, cela peut basculer vers une psycho-pathologie. Il précise les symptômes : ruminations, colère, dégoût, partant souvent des informations dans les médias, peurs qui empêchent les projections dans l’avenir (hors, c’est un besoin existentiel), sommeil perturbé, tristesse, sentiment d’être incompris. Des troubles anxieux (la peur de la peur) surviennent. Passer par un chemin de transformation en retrouvant la paix intérieure (paix/la mort, la mort du vivant…) permet de sortir de la peur, en entrant en action, une action juste, basée sur une passion harmonieuse, à la bonne distance, à petits pas (pour ne pas tomber non plus dans le burn-out des militants).
  • Mathilde Gimelli, jeune responsable RH (ressources humaines) d’une grande entreprise, est aujourd’hui paysanne dans une communauté de l’Arche de Lanza del Vasto près de Quimper. Son cheminement commence par une indignation devant les externalisations de postes fragiles en entreprise : « c’est injuste ! ». Elle hésite longuement à quitter sa situation « escarpins et attaché-case »…, retrouve le chemin de l’église et se soumet au « parcours d’intégration du Seigneur » : petits boulots divers, peu rémunérés, horaires hachés… Échec aussi d’un projet d’écohabitat. Avec son mari, elle pose une candidature pour entrer à l’Arche de Lanza del Vasto : communauté familiale, rurale, avec des réalités de travail et de vie (yourte, toilettes sèches…). « J’ai voulu apprendre à tout faire… pour ne pas imposer ces tâches à d’autres ». « Reprendre la terre aux machines, recourir le moins possible à la technologie, vivre de peu », « moins de biens, plus de liens ! ». Mais prendre le temps de prier à deux plusieurs fois par jour.
  • William Clapier, théologien, auteur de « Effondrements ou révolution ? Un appel au sursaut spirituel »(éd Le Passeur, 2020). « La cupidité est lovée en nous, le capitalisme l’a fait flamber ». « Descendre d’abord en nous-mêmes, pour retrouver le lien, d’abord à nous-mêmes, au vivant, aux autres ». « Savoir écouter, discerner ». Le Christ nous a dit : « Je suis avec vous ». L’espérance, c’est la peur transfigurée. « Cette société technocratique nous met hors sol. La technologie est divinisée. Le souffle de l’Esprit nous ré-enterrestre »…

Outre conférence et tables rondes, chaque participant n’avait que l’embarras du choix  pour choisir deux ateliers parmi la douzaine proposée le samedi après-midi… Bel enthousiasme aussi le samedi soir lors du cabaret d’improvisation théâtrale animé par l’association Maldoror de Lannion. Quelques photos jointes compléteront ces quelques mots, en particulier celles de la célébration de la création qui a clôturé le festival.

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